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Tirailleurs sénégalais, témoignages épistolaires 1914-1919

Texte du verso d'une carte-photo expédiée de Saint Raphaël le 20 octobre 1915.
© Collection privée
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

L'Ambassade de France au Dakar propose pour le Centenaire un cycle commémoratif autour de la figure du tirailleur sénégalais. À cette occasion sera publié, avec d'autres documents d'archives, un ensemble de correspondances constituant un témoignage rarissime sur les tirailleurs sénégalais dans la Grande Guerre.

La guerre de 1914-1918 - la Grande Guerre - a été une guerre mondiale, la première. Mondiale par les théâtres d’opérations, avec des combats sur terre et en mer en divers points du globe. Mondiale aussi par les troupes participantes. S’il s’agit à l’origine d’un conflit purement européen, des hommes venus des cinq continents y ont pris part du fait des alliances et des empires coloniaux existant à l’époque.

C’est le cas de la France qui a fait appel aux troupes d’outre-mer, et en particulier celles d’Afrique noire connue sous le nom de Tirailleurs sénégalais bien que provenant de toutes les colonies d’Afrique occidentale et équatoriale. Que savons-nous de ces combattants venus défendre ce qui était alors leur mère-patrie ? En général peu de choses. Ces soldats étaient pour la plupart illettrés et si des courriers parvenaient aux familles, ils étaient rédigés par des « écrivains publics » et ne donnaient que des informations élémentaires sur la santé et le moral. Quand ils sont revenus au pays, il est rare que l’on ait transcrit ou enregistré les souvenirs qu’ils ne manquaient pas d’évoquer.

À toute règle, il y a heureusement des exceptions ; le cas des lettres présentées ici en est une. Il s’agit d’un ensemble de correspondances adressées par des instituteurs, anciens élèves de l’Ecole Normale de Saint-Louis du Sénégal, à l’un des leurs, Diawar Sar, qui - réformé - n’avait pas été mobilisé. On doit à Guy Thilmans d’avoir recueilli en 1985 ce paquet de lettres et d’avoir consciencieusement transcrit leur contenu (certaines feuilles étant déchirées ou détériorées, il n’a pu qu’en recopier des bribes). Cela en vue d’une publication qu’il n’a pas eu le temps de mener à bien.

Passionné par le sujet des troupes noires, Guy Thilmans a entamé des recherches approfondies sur leur création au XIXe siècle. Concernant plus précisément les tirailleurs originaires du Sénégal ayant participé à la Grande Guerre, il a dépouillé les archives pour mieux comprendre les problèmes qu’avait posés leur recrutement – et qui est plusieurs fois évoqué dans les lettres – résultant de l’existence de deux statuts : celui de citoyen pour les recrues nées dans une des quatre « communes de plein exercice » (Saint-Louis, Gorée, Rufisque et Dakar) et celui d’indigène pour les autres.
De 2006 à 2012, Pierre Rosière et l’association des amis du musée historique du Sénégal à Gorée (AAMHIS) ont publié sept ouvrages posthumes de Guy Thilmans sur l’histoire militaire du Sénégal, le dernier concernant précisément ses recherches sur les Sénégalais dans la Grande Guerre1. La commémoration du Centenaire est l’occasion de présenter, avec le maximum de détails, ces lettres – qui constituent un témoignage rarissime – et d’autres documents comme l’engagement de Bouna Alboury, fils du dernier Bourba (roi) du Djolof dans cette guerre.

Le présent ouvrage comporte trois parties.

Dans la première est présenté Diawar Sar, le destinataire des lettres resté au pays, et ses cinq correspondants : quatre collègues, Amadou Cissé, Moctar Diallo, Moumar Diallo, Alioune Marius Ndoye et un cousin, Amadou Menoumbé Diop.

Dans la seconde figurent les lettres - regroupées non par auteur mais par année - en brossant chaque fois le panorama de l’époque en rappelant les principaux évènements militaires et la situation des recrues provenant du Sénégal. Pour une fois, nous pouvons nous mettre à l’écoute de tirailleurs exprimant - dans un langage souvent châtié - leur quotidien, leurs ambitions, leur nostalgie du pays.

Dans la troisième sont rassemblés des documents concernant en particulier l’engagement de Bouna Alboury et différents protagonistes civils et militaires : le député Blaise Diagne, le général Charles Mangin…

L’iconographie très riche de cet ouvrage comporte une grande part d’images et de photographies inédites ou peu connues, mais également les écrits d’époque des participants à la première guerre mondiale.

Le centenaire de la Grande Guerre est l’occasion de se mettre à l’écoute de ces « poilus sénégalais » qui n'ont pas eu souvent l’occasion de s’exprimer, et de rendre hommage à des hommes qui ont scellé dans le sang la fraternité d’armes franco-sénégalaise.

>> Voir le fonds d'archives de l'ouvrage Tirailleurs sénégalais, témoignages épistolaires 1914-1919

>> Ecouter l'interview de Pierre Rosière, historien, co-auteur du recueil de lettres de tirailleurs sur RFI

1 Histoire Militaire de Gorée (2006), La Grande Batterie de Gorée (2006), Les Spahis sénégalais (2007), Les Tirailleurs sénégalais (2008), Marsouins et Joyeux au Sénégal (2009), Les Sénégalais et la Grande Guerre (2012).