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Verdun, visions d’histoire, Léon Poirier, 1928.

La Cinémathèque du Centenaire

La Première Guerre mondiale, événement majeur du XXe siècle, a hanté les survivants avant de laisser une trace durable dans les mémoires collectives et individuelles. Elle n’a jamais cessé d’être présente, de se montrer, d’être figurée, même en dehors des périodes dites de commémorations. Comme le soulignent les historiens, l’onde de choc de ce cataclysme humain a traversé les générations. Le cinéma, aux côtés de la littérature, est sans doute le mode de représentation privilégié de la Grande Guerre. Il a contribué très largement à forger et transmettre des images de ce conflit majeur dont certaines ont joué et jouent encore un rôle essentiel pour sa connaissance. D’autant que la plupart des plus grands cinéastes s’y sont intéressés donnant naissance à des films aux styles différents.

Pour simplifier, nous pourrions dire que l’évolution de la représentation filmique de la Première Guerre mondiale, marquée par des étapes successives et des ruptures qui lui sont propres, se divise en quatre périodes distinctes. À une phase héroïque et patriotique, destinée à cimenter l’unité nationale en valorisant l’effort de guerre, de 1914 à 1918, succède une phase commémorative, plus réaliste et intrinsèquement pacifique. Après la Seconde Guerre mondiale, surgit une période critique, avec une tendance très affirmée à la transgression, voire à l’antimilitarisme. Enfin, une quatrième phase se développe aux débuts des années 1990. Elle est liée aux craintes contemporaines après la chute du communisme et le retour de la guerre en Europe, la résurgence des nationalismes, la mondialisation économique, le terrorisme. Aussi peut-on parler de mémoires cinématographiques nationales qui, d’un pays à l’autre, possèdent leurs propres spécificités. Cependant, dans presque tous les cas, les films sont révélateurs des préoccupations dominantes au moment de leur réalisation. On pourrait même dire que la Première Guerre mondiale, du fait de sa dimension paroxystique, est devenue à l’écran, par un déplacement du champ sémantique, la métaphore du siècle. Siècle, faut-il le rappeler, qui a apporté à la fois la modernité et des atrocités incommensurables dont la réalité, en quelque sorte, se condense dans cet événement traumatique. Tout se passe en effet comme si la mise en scène de la Grande Guerre au cinéma, en prenant parfois des libertés avec le discours historiographique, servait essentiellement de révélateur, permettant un transfert de sens d’une époque à l’autre.

La sélection des films de la Cinémathèque du Centenaire, structurée chronologiquement, n’est pas exhaustive. Elle repose surtout sur des choix qui permettent de dégager les originalités thématiques et esthétiques des films les plus importants des années 1910 à nos jours.

Laurent Véray