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Présentation de l’exposition « Fusillé pour l’Exemple 1914-2014. Les fantômes de la République »

Affiches de l'exposition Fusillés pour l'exemple 1914-2014. Les fantômes de la République.
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

L'écho médiatique donné aux victimes des tribunaux militaires est immense, presque disproportionné : depuis la fin du conflit, la presse, la littérature, le cinéma et la bande dessinée ont tour à tour raconté le calvaire des fusillés pour l'exemple que l'inconscient collectif a transformé en victimes emblématiques de l’incompétence présumée des chefs. Aboutissement de ce processus, les fusillés sont aujourd’hui assimilés aux mutins de 1917.

S'arrachant des polémiques et dépassant les enjeux d'une mémoire souvent douloureuse, conflictuelle, et de ce fait parfois instrumentalisée, source de blocages, l'historiographie contemporaine est aujourd'hui en mesure de porter un regard lucide sur le fonctionnement de la justice militaire au temps du conflit, en la replaçant dans le temps long de son évolution depuis la révolution française et en l'inscrivant dans le contexte de la gouvernance de la Grande Guerre.

Ne s’arrêtant pas, tout en la prenant en compte, à  cette omniprésence des quelques 650 fusillés sur la scène médiatique, surreprésentés dans la mémoire collective au regard des 1,4 millions de morts français de la Grande Guerre, l’exposition «  Fusillé pour l’Exemple 1914-2014.  Les fantômes de la République »  se propose de présenter au public citoyen un état de la recherche historique sur le sujet pour l’éclairer et lui permettre de se faire une opinion.

Aménagée dans les salons de l’Hôtel de Ville de Paris, elle ouvrira ses portes pour trois mois au premier trimestre de l’année 2014.

Pour atteindre le but fixé qui est de donner aux citoyens les moyens de s’approprier l’histoire afin de leur permettre de réfléchir sereinement sur la justice de temps de guerre et des résultats de son application, décision a été prise de combiner une présentation rationnelle, rigoureuse de l’ensemble des faits, du travail explicatif mené par les historiens depuis surtout une quinzaine d’années avec une autre, de l’ordre du sensible qui permet d’approcher un vécu, une souffrance, une incompréhension, une étrangeté routinière de la guerre, difficile à imaginer de nos jours.

La solution a été de concevoir une scénographie pour servir ce projet fondamentalement pédagogique. Très logiquement, le commissaire de l’exposition, Laurent Loiseau, s’est entouré d’une direction scientifique composée des meilleurs spécialistes français de la question et d’une équipe artistique chargée de déployer une scénographie sensible et contemporaine au service d’un public en quête de connaissances mais également de participation.

Le projet est ambitieux, encore en montée en puissance, et surprend d’ores et déjà les organisateurs par la puissance d’évocation qu’il dégage.

L’émotion qui sourd du fait des prestations d’artistes associés est contrebalancée tout au long du parcours par le rappel des faits, appuyé sur l’exploitation des archives.

L’exposition ne se borne ensuite pas à décrire le fonctionnement de la justice militaire en 14-18 mais elle analyse ce qui s’est passé après le conflit, dans l’entre-deux guerre et dans la période actuelle, alors que la société civile et l’historiographie contemporaine a du mal à se positionner face à l'empathie suscitée par le calvaire des « poilus ». Au delà des faits, l'exposition questionne alors le rôle de l'historien dans la Cité : comment passer du temps d’une mémoire conflictuelle, douloureuse pour les descendants de fusillés, au temps d'une histoire apaisée ?

Loin de donner des réponses, cette exposition se veut éveilleuse de questions en faisant appel à la rationalité et à la sensibilité de chacun. Cette approche qui fait donc appel à l’intelligence, à l’esprit critique et à la sensibilité  nous a paru un moyen de sortir d’un risque de discours clivant, a priori. Elle met  à disposition les connaissances les plus récentes tout en donnant au  visiteur citoyen l’occasion de se faire une opinion sur un débat déjà ouvert en ce prélude des commémorations  de 1914 : Quid des fusillés morts «  Par la France ? » ? Y a t-il eu des injustices ? Peut-on, doit-on les réparer symboliquement ? Dans quelle mesure ? Le débat est on ne peut plus contemporain. L’exposition veut contribuer à ce débat sensible.

Ses concepteurs ont œuvré en ayant en tête cette réflexion de Paul Ricoeur évoquée dans son maître livre La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli : « C’est sur le chemin de la critique historique que la mémoire rencontre le sens de la justice. Que serait une mémoire heureuse qui ne serait pas une mémoire équitable ? »

Historiens et artistes se sont attaqués à cette question, avec leurs sensibilités, avec humilité. Ils présenteront ainsi leur approche historique et artistique de cette mémoire particulière au sein de l’immense mémoire douloureuse de la grande Guerre.