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Marie-Galante : une petite « dépendance » guadeloupéenne à l’épreuve de la Grande Guerre (1914-1918)

Monument aux morts de Saint-Louis
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Les commémorations et autres manifestations du centenaire de la Première Guerre mondiale, présentes et à venir, sont de nouveau l’occasion de s’interroger quant à la part prise par les colonies des Antilles françaises dans ce conflit du XXe siècle. En effet, on peut  légitimement se demander quelles ont pu être les résonnances de cet évènement majeur dans ces îles, et singulièrement les plus petites, comme Marie-Galante. Car, reléguée depuis déjà fort longtemps au rang de dépendance de la Guadeloupe, cette dernière n’allait  pas pour autant rester en marge de ces turbulences en dépit de son exiguïté et de « sa prodigieuse solitude »1  pour reprendre les mots du poète Saint-John Perse. Et pour cause. Au final, la guerre terminée, nombre de ses fils figuraient parmi les centaines voire le millier de Guadeloupéens « morts pour la France ».

De ce constat, trois axes d’étude structurent cet article :

  • Avant tout, quels ont été les échos de la mobilisation décrétée  à la Guadeloupe le 4 août 1914 dans la petite  île  de Marie-Galante ?
  • En second lieu,  quels peuvent être les impacts de la guerre quand on vit dans une île, de surcroît une petite « île abandonnée »2 située à des milliers de kilomètres des zones de combats  et de ses enjeux ?  En clair, en quoi  la guerre pouvait-elle influer sur le quotidien des gens de Marie-Galante ?
  • Enfin, l’après-guerre est tout aussi intéressant à scruter. En effet, comment la population allait-elle appréhender la fin des hostilités, le retour des rescapés et le deuil des disparus dans « une dolente île trainant une misérable existence »3 et gangrénée de mille maux au début des années 1920 ?

Premiers départs sous les drapeaux et mobilisation à Marie-Galante de 1913 à juin 1918

L’historien Jacques Dumont a suffisamment rappelé combien cette présence antillaise était voulue, et même ardemment souhaitée comme un gage d’amour et de fidélité de ces colonies à leur métropole et avec au bout l’espoir d’une reconnaissance définitivement acquise4. Car, l’application de la conscription dans les colonies ne pouvait être qu’un premier pas vers cette citoyenneté française pleine et entière qui restait à conquérir. Du coup, dès 1913 et le départ des premiers conscrits guadeloupéens vers la France, plusieurs jeunes Marie-Galantais étaient déjà du nombre.

Mais comme pour annoncer de mauvais présages, les premiers mois de l’année 1914 étaient porteurs de mauvaises nouvelles. Suite aux rigueurs d’un hiver particulièrement rude, plusieurs de ces jeunes gens partis au service militaire étaient décédés en métropole, victimes du froid. Parmi eux Bruno Décimus, un jeune de Saint-Louis, incorporé le 20 octobre 1913 et décédé le 3 janvier 1914 à Marseille5. Entretemps, on avait encore vu partir de nombreux jeunes, tout au plus âgés d’une vingtaine d’années, eux-aussi appelés à accomplir leur service militaire. Le 1re mai 1914, Emmanuel Nordé6, Antonin Brunchaut7 et Brice Boecasse8 avaient quitté Capesterre en direction de la métropole. Ce même jour, Marcel Décordé et Simplice Bade laissaient Grand-Bourg pour les mêmes motifs. Le 14 mai, c’était au tour de Joseph Jackson. Précisons toutefois, que c’est surtout à compter de 1915, c’est-à-dire au moment où la guerre est déjà bien enclenchée et aussi devant les besoins pressants de l’envoi de troupes vers la métropole, que la mobilisation et les départs allaient s’enchaîner et même s’accélérer à la Guadeloupe et par la même occasion dans ses petites dépendances et donc à Marie-Galante. On était désormais entré de plain-pied dans la guerre. On l’a vu, certains avaient déjà rejoints la France, beaucoup d’autres allaient bientôt le faire.

Le dimanche 23 mai 1915, un tirage au sort avait fait de Marie-Galante le premier canton de la colonie toute entière où on allait procéder à la révision des classes 1907 à 18939. Les opérations prévues du 7 au 11 juin allaient se dérouler à l’hôtel de ville de Grand-Bourg. Dès lors, dans les semaines et les mois qui allaient suivre, les départs allaient se succéder aussi bien à Capesterre, Grand-Bourg et Saint-Louis. Qui étaient ces hommes ? Leur âge pour commencer. 34 de ces 47 appelés étaient âgés entre 20 et 30 ans, autrement dit, c’est le plus gros de l’effectif observé. Cinq d’entre eux avaient tout juste 19 ans. Ce sont également des hommes de la terre, beaucoup d’entre eux se présentaient comme des cultivateurs. Pour mémoire, en 1913, l’île ne comptait pas moins de 9 distilleries et quatre usines à sucre. Sa production totale de sucre s’élevait alors à 33179 quintaux10.

Mais les hommes à peine partis, la bataille tout juste engagée, que les mauvaises nouvelles parvenaient à Marie-Galante. En effet, dès le 23 août 1914, à peine une vingtaine de jours après le début de la guerre, une des toutes premières victimes marie-galantaises était annoncée. Il s’agissait de Cordule Bambuck sergent, au 57e régiment d’infanterie, qui succombait à ses blessures à Lobbes en Belgique11. Né le 22 octobre 1892 à Grand-Bourg, il avait 22 ans et était le fils de François, Emile Bambuck, le maire de Grand-Bourg12. Bien avant le début de la guerre, il était un de ces jeunes marie-galantais engagé dans l’armée. Cordule Bambuck s’était effectivement engagé pour quatre ans le 1er octobre 1911 devant le maire de la ville de Bordeaux13. C’est donc tout naturellement, qu’il avait été un de ces tous premiers partis sur le front. Dans la commune de Saint-Louis, les nouvelles n’étaient guère meilleures. Incorporé à la compagnie de la Martinique le 16 avril 1914, embarqué le 1er mai suivant vers la France, Sylvestre Ajax était tombé le 12 juillet 1915 en Turquie14. Incorporé le 14 mai 1914, Paul Auroque allait, à son tour, succomber à ses blessures le 16 juillet 1915 à bord du navire hôpital « La Bretagne » au large de la ville de La Valette dans l’île de Malte. Il avait 22 ans15. Un autre Saint-Louisien, Eucher, incorporé le 15 mai 1915, dirigé vers la France le 27 juin suivant, décédait moins d’un mois plus tard à l’hôpital de Bordeaux16. La commune de Capesterre n’avait pas été plus épargnée. Plusieurs de ses fils étaient également tombés au combat : Emmanuel Nordé était décédé le 23 août 1914 à l’hôpital militaire de Philiperville17. Un autre en la personne de Vitam Victor tombait à Seddul-Bahr en Turquie le 22 mai 191518. Ce même jour Andoche Duverceau avait connu un sort identique19. Quant à Antonin Brunchaut20 et Carmélien Nicoleau21, partis tous deux en mai 1914 et comme liés par un destin commun, ils étaient tués le 12 juillet 1915 sur la presqu’île de Gallipoli, tout comme dix-sept autres Guadeloupéens lors de ces deux jours de bataille.22 L’observation de ce groupe de combattants de Marie-Galante permet de mettre à nu plusieurs autres facettes de la guerre comme les actes de bravoure mais aussi son extrême violence et l’impact des maladies parmi les belligérants.

Mais la Première Guerre mondiale est connue surtout comme étant un conflit particulièrement destructeur, fait d’une grande brutalité et d’une violence jusqu’alors inconnues avec l’utilisation d’armes nouvelles comme les mitrailleuses, l’artillerie, les grenades, les gaz et les chars rivalisant presque d’efficacité dans leur œuvre de destruction massive.23 L’historien Nicolas Beaupré, évalue de 70 à 80 % les blessures infligées par l’artillerie aux combattants de la guerre.24 C’est cela la Grande Guerre. C’est tout cela 1914-1918. Une Grande Guerre, où quatre ans durant, on a tué et fait du meurtre une vertu.25 A tout ceci, il convient aussi d’ajouter l’inexpérience de ces hommes, ces jeunes hommes venus de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Martinique ou encore de ces îles malheureuses26 comme la Désirade, les petites îles des Saintes, Terre-de-Haut et Terre-de-Bas ou encore Saint-Barthélémy et Saint-Martin, en somme, les dépendances guadeloupéennes et jetés sans ménagement ou presque dans la bataille.

Ajoutons encore la boue, le froid, la peur, l’humidité, le bruit et les cadavres quand ce n’était pas un autre adversaire aussi redoutable et impitoyable qu’il fallait affronter : la maladie. Comme le souligne Nicolas Beaupré : « Les entérites, les fièvres, infections et maladies de toutes sortes, les fatigues des membres soumis à des conditions extrêmes, notamment les engelures, étaient en effet monnaies courantes et certains hôpitaux de l’arrière en particulier étaient remplis de soldats en convalescence. »27

Ainsi, bien de ces jeunes hommes allaient décéder de maladies infectieuses comme la pneumonie et la tuberculose. Des pathologies encore bien vivaces en Guadeloupe et à fortiori dans les plus petites îles et presque à coup sûr aggravées par le froid et les conditions sanitaires exécrables dans lesquelles se retrouvaient très vite les combattants. À la vérité, certains n’auront même pas quitté les Antilles. C’est le cas de Frumence Eschylle. Arrivé au bataillon d’infanterie de la Martinique le 11 juin 1918, il décédait le décédait le 17 juin28.Autre cas, celui d’Aristide Pépro. Arrivé à la Martinique le 11 juin 1918, il y décédait neuf jours plus tard29. Le 28 octobre 1918, on enregistrait également la disparition d’Alexis Falla30, originaire de Grand-Bourg tout comme Eschylle et Pépro. En un mot, décimés par les maladies ils étaient tous trois décédés à la Martinique, lieu d’affectation de nombreux appelés guadeloupéens avant leur départ vers la France. Assurément, loin du tumulte de la guerre et des champs de bataille, nombreux sont les « Poilus » de Marie-Galante qui allaient également succomber à la maladie. À son tour, la localisation  des décès révèle au moins une chose : elle met en lumière la présence et l’implication des  hommes venus  de la petite île de Marie-Galante  sur différents fronts et autres lieux de la guerre.

Mais admettons que la guerre ne soit pas qu’une affaire d’hommes, de combattants, de batailles. Bien plus que tout cela, elle s’invite au cœur des familles, dans leur quotidien, dans leur intimité et induit de nouveaux comportements. Dorénavant, Marie-Galante est une île en guerre, une île dans la guerre.

Marie-Galante pendant la guerre

Aux difficultés du quotidien comme le ravitaillement et l’isolement de l’île qui s’étaient beaucoup accrues, nombreux sont les hommes des classes d’incorporation 1916, 1917,1918 qui, permissionnaires, malades, ou réformés étaient renvoyés dans leurs foyers.31 Pour ne citer qu’un seul exemple mais qui vaut pour beaucoup, c’est le cas du soldat Sylvain Bernard Ambroise, né le 20 février 1897 à Grand Bourg, de la classe 1917. Réformé temporaire, en janvier 1916, il était cependant enrôlé le 1er mai 1917. Dirigé vers la Martinique le 9 mai suivant, puis vers la France le 4 juin. Un an plus tard, déclaré inapte à servir en France, l’homme était de retour en Guadeloupe.32

D’autres fois la réalité s’avérait encore plus douloureuse avec la disparition d’un fils, d’un mari, d’un frère, d’un ami, d’une connaissance rappelant à chaque fois le prix du sacrifice à endurer. Les funérailles du jeune Saint Clair Marivat célébrées le 3 septembre 1916 dans la commune de Grand-Bourg était de ces évènements.

Né le 2 mai 1893 à Capesterre mais domicilié à Grand-Bourg, ce jeune forgeron était une de ces  recrues parties assez tôt à la guerre. Incorporé à la compagnie de la Martinique le 16 avril 1914, embarqué le 1er mai suivant, il aura survécu à la terrible bataille des Dardanelles33. Le 8 janvier 1916, il était cependant réformé pour des raisons médicales. Malade, il revenait aux Antilles quelques semaines plus tard, soit le  29 février. Soutenu et recueilli par Hubert Rousseau, figure locale de premier plan dont il était un proche, c’est pourtant  dans le plus grand dénuement qu’il allait s’éteindre à Marie-Galante. Pour Le Nouvelliste, ce n’était qu’une victime abandonnée de la guerre.34

A l’image de l’implication des hommes sur les différents fronts ouverts pendant les hostilités, à l’arrière aussi, la mobilisation était réelle. A Marie-Galante, elle s’activait, s’organisait et prenait corps en de multiples occasions comme les souscriptions et autres fêtes patriotiques.

Les souscriptions

Les souscriptions lancées dans l’île trouvaient un certain écho auprès des habitants. Celle organisée, en tout début d’année 1915, lors de la fête des fleurs et la vente des drapeaux belges était de celle-ci. Elle avait permis de récolter la somme de 73 francs et 30 centimes.35 Somme conséquente si l’on en juge aux prix des denrées de première nécessité alors en cours dans la colonie comme le litre de lait fixé à 55 centimes ou la farine de manioc vendu 1 franc le pot.36 Presque dans le même temps, une autre souscription lancée cette fois par la société de secours mutuel « Les Amis de l’Epargne » fondée à Marie-Galante en mars 1913, avait également permis de collecter quelque argent.37

D’autre fois, la mobilisation pouvait également prendre une forme plus contrainte pour certains, comme le personnel  civil et militaire des différents services en poste à Marie-Galante. Un arrêté du gouverneur Merwart, en date du 12 septembre 1915, en stipulait très précisément les modalités d’exécution. En d’autres termes, il s’agissait de retenues volontaires faites mensuellement  sur le traitement de ces employés à raison de 1% pour tout traitement inférieur à 1500 francs.38 Au total, à la fin du mois de septembre 1915, la contribution marie-galantaise s’élevait à 173 francs et 56 centimes.39 L’année d’après, cette même somme était de nouveau prélevée.40

Au fil du temps et au gré des besoins de la guerre ou des difficultés qu’elle avait pu engendrer, les initiatives se succédaient, se multipliaient même à Marie-Galante. En fin d’année 1915, la commune de Grand-Bourg réunissait et versait la somme de 315 francs et O5 centimes aux œuvres du soldat au front.41 Début mai 1916, chacune des trois communes de la dépendance portait 315 francs à la collecte organisée au profit des orphelins de la guerre.42

Les fêtes patriotiques

La guerre n’avait pas toujours  que des accents douloureux. Elle pouvait aussi, çà et là, même un court instant être le prétexte à des évènements festifs. Courant 1915, 1916, 1917, plusieurs communes de la colonie étaient le théâtre de ces fêtes dites patriotiques. Souvent la fête patronale de ces dernières était l’occasion d’associer pareille initiative. D’ailleurs en  juillet 1915, un comité chargé, entre autres, de prêter son concours aux municipalités pour l’organisation de telles manifestations avait vu le jour à la Guadeloupe. Du coup, tour à tour les différentes communes de la colonie organisaient ces fêtes. Le 5 mars 1916, la municipalité de Port-Louis prévoyait la sienne.43Pour celle de Sainte-Rose, le 19 mars était la date retenue.44

A Marie-Galante, le dimanche 18 février 1917, c’était au tour de la commune de Grand-Bourg d’organiser « sa » fête patriotique. Cette manifestation avait été initiée par la municipalité conduite par François Bambuck, plus connu sous le prénom d’Emile. Commerçant de son état, Emile Bambuck était proclamé maire de Grand-Bourg le 19 mai 191245. Une véritable consécration pour le fils d’Orphèle Bambuck, une jeune affranchie de 184846. Retenons encore que l’homme avait personnellement été meurtri par la guerre et toutes ses vicissitudes. Nous l’avons déjà vu, en août 1914, Cordule Bambuck, son fils avait été mortellement blessé à Lobbes en Belgique.

Mais à quoi pouvait bien ressembler une fête patriotique ? A Grand-Bourg, après la célébration de la messe ce dimanche matin, 18 février 1917, l’après-midi et la soirée avaient été réservées aux prestations musicales, représentations théâtrales ainsi que des chants, le tout entrecoupé d’allocutions de différentes personnalités jeunes et moins jeunes de la commune. A l’évidence, la guerre, prétexte à la manifestation, en était le fil conducteur, tant le choix des œuvres musicales et théâtrales s’en inspiraient profondément : « Le loup et l’agneau ou le Boche et le Belge », « Lettre d’un officier ». 47 De plus, la foule ainsi réunie, l’occasion était toute trouvée pour de nouveau solliciter le concours financier de la population. Tous les comptes faits, la somme de 100 francs avait pu être expédiée au « Foyer du Retour » à ses deux adresses de Basse-Terre et de Pointe-à-Pitre. Mieux encore, la somme de 715 francs et 55 centimes avait également pu être adressée au « Foyer Colonial » à Paris par l’intermédiaire du gouverneur de la colonie.48

C’est dire que la manifestation avait été un vrai succès et que les Marie-Galantais se sentaient bel et bien concernés par la guerre et des acteurs à part entière de ce conflit.

Dans la vie de tous les jours

1916, 1917, 1918, la guerre s’inscrivant dans la durée, ce sont les îles les plus petites qui apparaissaient comme les plus marquées en la circonstance. D’une petite île à une autre, l’état de guerre accentuait la dépendance et l’isolement de ces territoires.

En 1916, à Marie-Galante, on apprenait que la dépendance pouvait rester privée de nouvelles pendant plus de huit jours.49 En février 1917, à son tour, l’île de la Désirade apparaissait comme « une île isolée ne pouvant communiquer avec son continent ».50 L’île de Saint-Martin n’était guère mieux lotie : « Depuis le dernier voyage du Monte Doro, nous ne recevons de la Guadeloupe ni correspondance, ni marchandises, nous sommes complètement isolés et nous manquons de tout. »51 Début 1918, quelques nouvelles parvenaient des îles des Saintes : « Il n’y a plus de farine aux Saintes et la population se plaint de manquer de pain ».52

En somme, la guerre et ses aléas n’étaient jamais trop éloignés ces années durant, sauf quand, venu de  Pointe-à-Pitre, en  mai 1915, le passage du cirque de la Guadeloupe à Marie-Galante après de brillants succès attestait, par exemple, d’une vie qui bon gré mal gré se poursuivait agrémentée de quelques distractions.53 Assez paradoxalement, la période de 1914-1918 s’apparente à un moment de prospérité  économique dont bénéficie l’ensemble de ces colonies antillaises essentiellement tournées vers l’économie sucrière. Le tableau dressé de vive voix ce 11 juin 1917 par le conseiller général et maire de la ville de Basse-Terre Armand Lignières, lors de l’arrivée du gouverneur Gourbeil dans le chef-lieu de la colonie reflétait une image assez fidèle de la réalité du moment : «  La colonie jusqu’ici n’a pas souffert, à proprement parler de la guerre ; au contraire, ses denrées principales, le sucre, le rhum ont atteint des prix inespérés et il en est résulté avec une intense circulation d’argent, un mouvement d’affaires que l’on avait pas connu de longtemps. »54

Depuis, le regard porté par différents historiens sur cette période confirme globalement cette bonne santé économique : pour Lucien Abénon, dans le cas de la Guadeloupe en particulier, la guerre n’avait pas eu de conséquences économiques négatives avec la forte augmentation des exportations de sucre et de rhum.55 Paul Butel, pour sa part, évoque la fièvre du rhum aux Antilles françaises pour signifier cette forte croissance de la production entre 1914-1918 et plus encore à la Martinique.56 Quant à Christian Schnakenbourg, il ne fait aucun doute des retombées économiques positives, il parle de « boom » de la production de rhum.57

Or, à Marie-Galante, usines à sucre et distilleries ne témoignaient que d’une relative prospérité. À bien y regarder, c’est surtout à la production de rhum que la guerre faisait la part belle au point de susciter des initiatives comme celle d’Edouard Rameaux, industriel demeurant à Grand-Bourg qui n’hésita pas à fonder une société « E.Rameaux et Cie » pour l’exploitation d’une distillerie implantée dans le chef-lieu de la dépendance, sur les 50 pas géométriques58.

Loin des champs de bataille, ces frictions entre ouvriers agricoles et petits planteurs d’une part et les usiniers d’autre part autour de la campagne sucrière allaient provoquer bien des remous et quelques agitations dans l’île dès la fin de l’année 1916. Le 16 mars 1917, le gouverneur de la colonie lançait dans le Journal officiel un appel aux trois maires quant au maintien de la tranquillité publique.59 Dans la foulée, le 18 mars, depuis Pointe-à-Pitre, 14 gendarmes étaient dépêchés par la barge Gambetta à Marie-Galante, vraisemblablement pour parer à toute éventualité au cas où la situation viendrait à s’envenimer60.

Mais, ce sont les tribunaux qui allaient trancher le différend61. En définitive, s’il est difficile d’imputer directement tous ces évènements à la guerre, elle n’en restait pas moins un facteur aggravant dans un contexte de précarité social avéré depuis déjà bon nombre d’années dans cette petite dépendance sucrière.

Des fois, survenaient quelques faits ou autres péripéties qui ramenaient brutalement, les hommes à ces petites choses et préoccupations de la vie quotidienne comme ces disparitions qui sans lien direct avec la guerre restent tout de même attachées à la période « antan lagè ». L’année 1918 avait été marquée par le décès presque coup sur coup de deux figures politiques marie-galantaises de tout premier plan de ces dernières années : Hubert Rousseau et Mézance Bambuck. Tour à tour maire de Grand-Bourg de 1900 à 1904 puis conseiller général de 1901 à 1904 et de 1913 à 1918, Hubert Rousseau était notaire de profession. Diminué et affaibli par la maladie, il se retirait en France en juillet 1918 où il allait décéder le 7 octobre 1918, au numéro 18 de la rue du Cherche-Midi dans le sixième arrondissement de la capitale62. En fin d’année 1919 ses cendres étaient inhumées au cimetière de Grand-Bourg, sa commune natale63. L’autre décès était celui de Mézance Bambuck. Lui aussi successivement, maire de Grand-Bourg de 1890 à 1900 et conseiller général de ce même canton, il était l’auteur d’un parcours assez bref dans le temps mais bien intense cependant. Il décédait le 24 juillet 1918 à l’âge de 63 ans à Grand-Bourg64.

Par ailleurs, les conséquences de la guerre se manifestaient aussi sur d’autres terrains. Un autre de ses impacts dans l’île aura été d’influer sur la nuptialité et la natalité.

L’observation menée sur les trois communes de l’île ne laisse aucun doute : l’état de guerre stimule l’augmentation des mariages. Le cas le plus flagrant demeure l’exemple de la commune de Saint-Louis où, en 1915, la nuptialité connaîtra un pic jusqu’alors jamais atteint dans la paroisse. De fait, on aura célébré 56 mariages65. Autrement dit, civils et militaires se mariaient en plus grand nombre par temps de guerre. Pour ces derniers, le retour en permission dans leur commune d’origine semblait être le moment privilégié pour célébrer ces unions. En 1917, par exemple, 7 soldats venus en permission se mariaient66. D’ailleurs, en la circonstance, pour les faciliter, une dispense était accordée aux mariés. La publication des bancs en était réduite de trois à une.

1915, c’est l’accélération de la mobilisation aux Antilles, synonyme des premiers départs en grand nombre et aussi des premières incertitudes. D’autre part, les faits semblaient suffisamment significatifs pour susciter chez le curé Le Floch une réaction. Pour lui, à cette recrudescence des mariages, l’explication était toute trouvée. Elle reposait, à ses yeux, sur deux choses : « Depuis la fondation de la paroisse de Saint-Louis en 1848, le chiffre de 56 mariages n’a été dépassé que deux fois en 1852 et 1854. On trouvera l’explication de ce fait dans l’application de la mobilisation à la Guadeloupe. Beaucoup de ceux qui devaient partir ont voulu se mettre en règle avec le bon Dieu. D’autres ont écouté les conseils de la sagesse humaine, en se mariant ils obtiendraient plus facilement une allocation pour leurs femmes et leurs enfants. »67

L’autre conséquence  de la guerre sur la démographie marie-galantaise,  effet moins inattendu  mais bien réel, c’est la baisse de la natalité. Le départ des hommes avait laissé des traces. C’est la commune de Capesterre qui cette fois, semblait la plus affectée par ce ralentissement des naissances. Bien que ne portant pas sur l’ensemble de l’île, les chiffres des célébrations de baptêmes dans la commune de Capesterre  plaidaient en ce sens : dans les deux autres communes et paroisses de l’île, la tendance devait être la même. Plus loin, à la Martinique par exemple, les naissances et mariages subissaient  également les contrecoups de la guerre.68 En métropole, pour parler de ces mêmes conséquences de la guerre sur la démographie, Nicolas Beaupré n’hésitait pas à employer l’expression de « coup de hache » porté à la population française.69

La quête du détail conduirait assurément à d’autres trouvailles  mais voilà en résumé les effets les plus saillants et perceptibles de la Grande Guerre à Marie-Galante : une société qui apparait mobilisée et concernée par le conflit, une nuptialité qui s’accroît comme conséquence de l’accélération de la mobilisation aux Antilles et dans le même temps une natalité qui fléchit.

Les lendemains de la guerre à Marie-Galante

Comme partout ailleurs, la victoire avait été  dignement célébrée  à Marie-Galante70. C’est très précisément la commune de Saint-Louis qui en ce mois de décembre 1918 allait être le théâtre de ces manifestations organisées par  la municipalité  avec à sa  tête Michel Sanctussy,  figure politique de tout premier plan de l’île. En effet, élu maire de la commune en 1892, réélu sans discontinuer depuis,  élu conseiller général du canton le 6 octobre 1895 et ce jusqu’en 1901, le 29 septembre 1912, il accédait à une autre fonction, celle de président de la caisse régionale du crédit agricole de Marie-Galante fraîchement fondée.71 A la veille de la guerre,  nouvelle distinction, Michel Sanctussy était décoré de la croix de chevalier  de la légion d’honneur par le gouverneur de la colonie, le mercredi 11 mars 1914 à l’hôtel de ville de la commune dont il était l’édile depuis déjà vingt-deux ans.72 C’est une personnalité qui compte alors à Marie-Galante.

Après la célébration de la victoire, la création des associations d’anciens combattants, l’érection de monuments aux morts et la rédaction des « livres d’or » sont  les actes les plus communs  de l’après-guerre en métropole comme dans les colonies et  à Marie-Galante aussi.

Les premières associations des Anciens Combattants de Marie-Galante

L’armistice signé le 11 novembre 1918,  la paix  définitivement conclue en 1919, le retour des hommes amorçait véritablement la période de l’après-guerre. Nous avons pu identifier un peu plus de quatre-vingt d’entre eux, qui de façon échelonnée de novembre 1918 à la fin 1919,  reviennent d’abord vers la Guadeloupe puis vers leur île d’origine, Marie-Galante. Voici une brève présentation de quelques-uns  de ceux qu’il convient désormais d’appeler les Anciens Combattants de Marie-Galante.

Ces hommes pouvaient à eux seuls, conter toutes les turpitudes de la guerre : la violence  et brutalité des combats livrés lors de la bataille des Dardanelles en 1915 pour Ernest Belmont73, tout comme Camille Heldire74 lui aussi présent, la captivité puisque fait prisonnier en juillet 1916 puis de son rapatriement d’Allemagne pour Victor Cimon75, originaire de Capesterre. Ces rescapés étaient  tous de  grands témoins  de la Grande Guerre. Leur séjour émaillé de fortunes diverses avait été plus ou moins long et tumultueux hors de leur île. Robert Colonneaux76 et Ambroise Ténéba77, respectivement de Capesterre et de Saint-Louis, enrôlés comme conscrits en mai 1914, auront séjourné un peu plus de cinq ans sous les drapeaux. Plus chanceux Concilius Dubrouillon78,  parti le 26 août 1918 à destination de la Martinique, son passage sous l’uniforme aura été de fait de bien plus courte durée. L’armistice étant scellé le 11 novembre suivant, il revenait à la Guadeloupe le 26 janvier 1919.

Mais, au final, la guerre terminée, qu’allaient devenir tous ces hommes ?

À travers toute la France, ce ne sont pas moins de trois millions de ces soldats démobilisés qui allaient se constituer en associations d’Anciens Combattants.79 Spécialistes de la période et du sujet, les historiens Jean-Jacques Becker et Stéphane Audoin-Rouzeau croient pouvoir déceler une immense mouvance ancien combattant après la guerre.80 A la Guadeloupe, le 6 juillet 1919, un peu plus de 130 participants réunis dans le chef-lieu de la colonie donnaient naissance au groupe régional de l’union nationale des Anciens Combattants avec comme président-fondateur Joseph Chatelard.81 Le dimanche 13 juillet suivant, l’autre grande ville de la colonie, Pointe-à-Pitre, accueillait au Théâtre des variétés l’assemblée générale de la section guadeloupéenne de l’union nationale des mutilés et réformés. L’invitation lancée à tous les combattants de la Grande Guerre prévoyait l’éventualité de créer une vaste association.82

Marie-Galante n’était pas en reste de toutes ces créations. Dès les tous premiers jours du mois d’août 1919, une soixantaine de ces « Poilus » réunis à l’hôtel de ville de Grand-Bourg donnaient naissance à la première section guadeloupéenne des Anciens combattants de Marie-Galante. L’association s’était, à l’occasion, dotée d’un bureau.

Pour ne parler que du président Justin Bon, il était né dans la commune de Port-Louis, le 14 avril 1883, très précisément dans le bourg de cette commune du nord de la Grande-Terre. Son père Jean-Baptiste Emmanuel Bon était un cordonnier de 26 ans. Sa mère Elisabeth Marc, une jeune femme de 26 ans, repasseuse de profession.83 En janvier 1909, Justin Bon, titulaire d’un certificat d’aptitude pédagogique, embrassait la carrière d’instituteur. En 1911, il était en poste à Marie-Galante. Pendant la guerre, affecté au 38ème régiment d’artillerie, à la 29ème batterie, il recevait les félicitations de ses supérieurs.84

 Dans la foulée, après Grand-Bourg, une section communale de l’union guadeloupéenne des Anciens Combattants (unis comme au front) était formée entre le 14 et 21 septembre de cette même année 1919, dans  la commune de Saint-Louis. Pour le détail, à ces mêmes dates, il en était de même pour deux autres communes de la colonie, celles de Capesterre (de Guadeloupe) et de Trois-Rivières.85

Le nouvel élu à la présidence de l’association naissante de Saint-Louis était un de ces rescapés tout récemment débarqué à la Guadeloupe. Incorporé le 15 mai 1915, revenu le 26 avril 1919, sa démobilisation était encore plus récente, elle datait du 16 août suivant. Né le 21 janvier 1891, Saint-Thomas Zigault avait tout juste 28 ans86.

Les clameurs de la victoire et de toutes les festivités éteintes, les « Poilus » semblent  pourtant assez vite retomber dans l’anonymat. Tout au moins, les sources d’archives ne font guère plus état de ces hommes sauf ponctuellement, occasionnellement lors d’une aide financière demandée par cette section  des Anciens Combattants de Grand-Bourg par la voix de son président M.Trival pour l’achat d’une bannière corporative.87 Puis une autre fois, une nouvelle sollicitation pour lui permettre d’alimenter sa caisse de réserve et qui fut accordée par le conseil municipal de Grand-Bourg le 31 décembre 1931,88 ou encore quand la somme de 2000 francs était attribuée à cette même section de Grand-Bourg par le conseil municipal à l’occasion de la réunion annuelle de l’union guadeloupéenne des Anciens Combattants et  autres victimes de la Grande Guerre prévue dans le chef- lieu de la dépendance.89 Des deux autres associations, de Capesterre et de Saint-Louis, nous n’en savons rien de leurs activités. À en croire les statuts, modifiés en 1920, de l’union guadeloupéenne des ancien combattants, dans chaque commune, la section élisait son comité qui assurait la liaison entre le bureau et cette dite section.90 Plus généralement, le président et fondateur Joseph Chatelard était clair et précis quant aux rôles qui pouvaient être dévolus à ces hommes revenus de la guerre et dorénavant réunis dans ces associations. A ses yeux et probablement à ceux de nombre des adhérents, il s’agissait, entre autres, de participer à l’œuvre de régénération du pays tout entier.91

Mais, pour l’essentiel, quelle place allait-on  désormais  réserver  à ces hommes dans cette société d’après-guerre ? Quelle place allaient-ils occuper à Marie-Galante ?

Le 12 mars 1919, le Marie-Galantais Clément Goram était décoré de la  médaille militaire92. Né à Saint-Louis, le 4 octobre 1896, à la section des bas au hameau Cambrai,93 Clément Goram était incorporé à la compagnie de la Martinique le 18 mai 1915, pour un départ vers la métropole le 12 juin suivant. Assez vite, ce jeune marin de profession s’était retrouvé au cœur de l’action puisque le 1er juillet 1916, il était grièvement blessé à Dompierre. Mutilé, diminué, il débarquait à la Guadeloupe le 6 novembre 1917 mais c’est un homme meurtri dans sa chair, qui revenait à Marie-Galante, un symbole de cette violence exacerbée de 1914-1918.94 Que dire de cet autre « poilu », un jeune boulanger, prénommé Thomas, Israël. Parti de Grand-Bourg et incorporé comme appelé le 22 octobre 1913, embarqué comme renfort à destination de la France le 24 juillet 1916, il revenait à la Guadeloupe le 6 novembre 1917, tout comme Clément Goram mais lui, amputé jusqu’à la cuisse gauche, de la jambe droite et des articulations du poignet droit95. C’est encore une autre de ces victimes de la violence de la guerre.

Le recrutement par voie de concours de deux gardes-champêtres et d’un agent de police par l’administration communale de Grand-Bourg le 11 août 1919 laissait la préférence aux anciens militaires sous réserve de satisfaire aux conditions exigées pour de tels emplois.96  Certes, mais n’était-ce pas là de bien maigres marques de reconnaissances eu égard au lourd tribut payé par tous ces hommes ? Car entretemps, la situation de l’île déjà guère florissante, allait considérablement se dégrader, renvoyant quasiment la guerre et tout ce qui l’accompagne bien loin des préoccupations immédiates. Après une mise en sommeil forcée pendant les hostilités, les joutes électorales avaient repris de plus belle dès 1919, avec pour point d’orgue les élections cantonales du mois d’octobre 1926 sous fond de suspicion de fraude et marquées par l’assassinat  du distillateur Gaston Belmont.97 Assez vite, le cyclone du 12 septembre 1928, avec son lot de dégâts et de victimes à travers toute l’île était aussi venu rappeler la vulnérabilité de ces petits territoires.98

Dans la continuité, l’année 1932, émaillée de sinistres en tous genres, n’allait  pas être de meilleure augure : l’incendie de l’église de Capesterre99, l’incendie, en juillet, de l’usine de Grande Anse, principale pourvoyeuse d’emplois pour l’île toute entière,100 des grèves aussi, celle des ouvriers industriels de Grande-Anse, courant février, du 14 au 28 très précisément101 puis celle des ouvriers italiens  embauchés sur le chantier de la construction du nouvel hôtel de ville de Saint-Louis en septembre.102 Au final, les difficultés s’accroissaient et la misère qui s’amplifiait n’épargnait plus personne à Marie-Galante. D’ailleurs, parmi les hommes de retour de la guerre, plusieurs étaient décédés peu de temps après leur retour dans leurs foyers. D’autres, à l’image de Clément Goram, avaient quitté Marie-Galante. Pointe-à-Pitre ville alors en pleine expansion semblait être une de ces terres promises pour de nombreuses familles venues tout droit de Marie-Galante. Roméo Terral évoque le cas d’une véritable colonie marie-galantaise qui se serait déjà établie, à cet instant, dans les faubourgs de la ville103. Pour les autres, leur présence à Marie-Galante semblait désormais entourée d’une très grande discrétion.

Que faisaient-ils ?  Qu’étaient donc devenus les héros d’hier ?

Leur implication dans la vie publique ne s’affichait pas au grand jour, si l’on s’en tient aux seuls champs électoral et politique. En effet, aucune des personnalités recensées ne figure parmi les 69 conseillers municipaux élus lors des scrutins successifs de 1919, 1925 ou 1929 dans les trois communes. En vérité, ils étaient, pour beaucoup d’entre eux tombés dans l’oubli, dans cette petite île gangrénée de mille maux.

Au sortir de la guerre, Marie-Galante était-elle donc exempte de ce que l’historien anglais Jay Winter définissait comme la naissance d’un « Memory boom »104.

Les monuments aux morts

Pour avoir très longuement étudié le sujet, Stéphane Audoin-Rouzeau croit pouvoir affirmer que la guerre terminée, la glorification du monde combattant écrasait tout105. Effectivement, ce vaste élan né dès les toutes premières heures de l’après-guerre trouvait, en partie, sa traduction dans l’érection des monuments aux morts. Les chiffres sont éloquents à ce propos : 33 000 au Royaume-Uni, 38 000 en France106. Dans les îles également, à la Martinique, rares sont à ce jour les communes dépourvues de ces édifices107. A la Guadeloupe, Philippe Erbs en a recensé vingt  à travers tout l’archipel, en dépit des nombreuses disparitions et dégradations enregistrées au fil du temps. En fait, selon ce dernier, seules deux communes n’abritent ni monument ou même une plaque commémorative de la Grande Guerre.108

L’acte fort de cet après-guerre  dans la petite dépendance de Marie-Galante et du reste le plus symbolique demeure indiscutablement l’érection d’un monument aux morts. En effet, dès, le 19 octobre 1919, Marie-Galante inaugurait son premier monument aux morts dédié aux victimes de la Grande Guerre et de surcroît le premier de la Guadeloupe toute entière. La précocité de l’édifice et l’originalité de la démarche lui valaient une étude particulière.109 Cet ouvrage était cependant loin de clore le chapitre de la Grande Guerre à Marie-Galante et singulièrement à Saint-Louis, lieu de son implantation. Puisque dix-neuf ans après cette construction, le dimanche 7 août 1938, une délibération du conseil municipal réuni sous la présidence du maire Raphaël Jerpan, élu en 1929 était adoptée à l’unanimité quant à la construction d’un monument aux morts.110 En fait, le second de la commune. Cette fois, la commande était passée à un établissement « Edouard Roubaix Roland » situé dans le Nord de la France et représentée en Guadeloupe par Elie Rollé commerçant à Pointe-à-Pitre. Le coût de l’ouvrage prévu s’élevait à 130 000 francs payables en deux annuités111. Le 17 mars 1939, un avis d’appel d’offres était lancé dans le Journal officiel de la colonie, pour la fourniture d’un monument aux morts.

Ce dernier avis stipulait très précisément les conditions fixées en la circonstance. Adressées au maire de la commune, les offres étaient attendues du 30 mars au 19 avril. Il était également précisé que l’ouvrage devait être de granit beige, ciselé, les inscriptions en gravure et dorure. Les concurrents devaient aussi faire parvenir les croquis, dessins et autres détails quant à la  nature et aux dimensions de l’ouvrage. Ils devaient, en retour, prendre connaissance à la mairie du nombre d’inscriptions à faire figurer sur le monument et en fixer le délai de livraison.112

La dissolution du conseil municipal de la commune de Saint-Louis le 18 janvier 1941 laissait la place à une délégation spéciale présidée par Louis Toto, instituteur de profession et officiellement nommé maire de la commune le 14 mars suivant. Cette décision avait pour conséquence immédiate la mise à l’écart de Raphaël Jerpan, l’initiateur du projet d’érection du nouveau monument aux morts mais pas de son avancée. La suite, quant aux dates et circonstances de l’implantation de l’édifice nous échappe. Les sources d’archives écrites et orales ne nous ont pas permis, pour l’heure, d’élucider la question. Pour ce qui est du monument en lui-même, le nouvel ouvrage tranchait singulièrement du précédent. En effet, du cimetière, pour le premier, il avait rejoint les quais et le bourg à quelques pas du nouvel hôtel de ville inauguré lors de la fête patronale le dimanche 27 août 1933, affichant ainsi fièrement et en pleine lumière l’hommage de la commune toute entière à ses fils disparus. De caveau, pour le premier, il avait pour le second, pris vie et corps à travers un soldat, un « poilu ».

Dans la commune voisine de Grand-Bourg, la seule trace visible à ce jour de la Grande Guerre, c’est le monument aux morts que nous connaissons et qui est situé face l’hôtel de ville. Les cartons du « fonds incendie » des Archives départementales  ou encore la presse  ne nous ont en l’état rien appris à son sujet quant à sa construction ou son inauguration. Il date probablement du début des années 1930, comme d’autres édifices construits ou reconstruits au lendemain du cyclone de 1928. Tout comme celui de Saint-Louis, on retrouve la mention : « Grand-Bourg  à ses enfants morts pour la France ».

Des noms sont ensuite, présentés par ordre alphabétique, suivis des prénoms, des dates et lieux des décès. Ce sont essentiellement des victimes de la Première Guerre mondiale. Des 36 noms qui figurent sur l’édifice, un seul se rapporte à la Seconde Guerre  de 1939-1945.

Dans la commune de Capesterre, contrairement à ceux de Saint-Louis ou de Grand-Bourg, le monument aux morts qui existe livre encore moins à la curiosité. En effet, il ne porte aucun nom, seule une inscription  « A nos morts » orne l’ensemble. Il se situe, à proximité, de l’église et de l’hôtel de ville. Nous nous sommes là aussi heurtés aux absences et silences des sources d’archives écrites. Les témoins approchés, lors d’une enquête orale menée sur le terrain, nous renvoient tous, à défaut d’une date sûre et certaine, à la mandature de Ludovic Bade, maire de la commune  de 1935 jusqu’au début des années 1970.

« Les livres d’or » de Marie-Galante

Mis en œuvre par la loi du 25 octobre 1919, les livres d’or des morts pour la France, s’apparentent aux yeux de Damien Richard à un véritable monument, tant la tâche et l’œuvre peuvent paraitre immenses : « Il représente un ensemble de quelque trente-deux mille dossiers communaux, répartis dans cinq cent quatre-vingt-douze cartons d’archives, répertoriant la totalité des individus ayant reçu la mention « Mort pour la France » au cours de la Grande Guerre et aujourd’hui conservés aux Archives nationales. »113

Cette loi du 25 octobre 1919 était promulguée à la Guadeloupe et ses dépendances le 15 janvier 1920 par un arrêté du gouverneur.114 Conservés aux Archives départementales de la Guadeloupe, pour ceux qui nous concernent aujourd’hui, ces livres d’or sont entreposés dans un modeste carton de couleur gris cendre. En vérité, de livres d’or, il s’agit plutôt de nombre de feuillets non reliés, retenus par une feuille, classés par ordre alphabétique des communes, feuilles d’un papier jauni par le temps, portant page après page, commune après commune, île après île115 : nom, prénom, régiment d’appartenance, les  lieu  et date du décès  de tous ces Guadeloupéens disparus à la guerre. Trois chemises ou plutôt trois lots de feuilles, à raison d’un par commune, composent les livres d’or de Marie-Galante, soit au total 24  feuillets pour les communes de Grand-Bourg et de Saint-Louis où se succèdent 66 noms, tous fils de Marie-Galante. Pour ce qui est de la commune de Capesterre, il y a manifestement confusion entre les deux communes de Capesterre de Guadeloupe (aujourd’hui Capesterre Belle-Eau) et celle de Capesterre de Marie-Galante. Quoi qu’il en soit, toutes erreurs écartées, ce ne sont pas moins de 25 Marie-Galantais qui peuvent être identifiés et tout compte fait 91 « morts pour la France » sur l’ensemble de l’île. Mais étaient-ils tous répertoriés ? Des noms qui apparaissent dans ces livres d’or ne figurent pas toujours sur les monuments aux morts et inversement. Que faut-il en penser ? Des noms auraient-ils été omis ? Combien de Marie-Galantais sont réellement « Morts pour la France »  durant la Grande Guerre ? Il nous est difficile de le dire aujourd’hui.

Au final, faute de pouvoir répondre présentement à toutes les interrogations que suscite le sujet, convenons que Marie-Galante s’inscrit parfaitement au cœur des problématiques et réflexions  qui sont aujourd’hui menées autour de la Grande Guerre. Malgré sa « prodigieuse solitude », elle est en effet, une belle illustration de ces espaces oubliés ou tout au moins délaissés par la recherche jusqu’alors. Or, à la lumière des sources, ce conflit trouve de multiples prolongements dans cette petite île antillaise d’à peine 158 km2. C’est une participation conséquente et active de centaines d’hommes, qui auront pleinement pris part à la bataille en de nombreux fronts. Ce sont aussi ces hommes et ces femmes qui depuis leur île et en dépit de leur éloignement du théâtre des opérations militaires auront eux aussi été des acteurs entreprenants, à travers la solidarité, l’entre-aide, qui s’organisent sur place, donnant ainsi tout son sens à l’expression « guerre totale ». Enfin, à travers l’érection puis l’inauguration dès le 19 octobre 1919 dans la commune de Saint-Louis de Marie-Galante du premier monument commémorant les victimes de la Grande Guerre. C’est la marque de la volonté de s’inscrire pleinement au cœur du conflit  pour cette île et de faire de ces combattants des citoyens à part entière de la France.

Cet article est publié dans les actes du colloque "La Caraïbe et la Première Guerre mondiale" qui a été organisé par la Société d’Histoire de la Guadeloupe et les Archives départementales de la Guadeloupe les 19 et 20 mai 2014.

 

Notes

Abrévations utilisées : Archives départementales de la Guadeloupe (ADG) et Journal officiel de la Guadeloupe (JO Gpe)

1 Saint-John Perse, Œuvres complètes, Paris, Edition Gallimard, 1972, p.741

2 ADG-Le Nouvelliste, du 15 juillet 1914- Article «A propos d’un sinistre-Une île abandonnée »

3 ADG- Le Nouvelliste du 10 octobre 1917- Article «Les îles malheureuses »

4 Dumont (Jacques), L’amère patrie : histoire des Antilles françaises au XXe siècle, Paris, Fayard, 2010.

5 ADG – JO Gpe du 5 février 1914  p. 23

6 ADG – Registre des matricules, carton 1R85-87,  numéro de matricule 2458

7 ADG – Registre des matricules, carton 1R85-87, numéro de matricule  2379

8 ADG – Registre des matricules, carton 1R85-87, numéro de matricule  2374

9 ADG – JO Gpe du 23 mai 1915, p.163

10 Schnakenbourg (Christian) « Recherches sur l’histoire de l’industrie sucrière à Marie-Galante » dans Bulletin de la Société d’histoire de la Guadeloupe, N°48-50, 1981, pages 86-87

11 ADG – Registre des matricules, carton 1R84 matricule 2708

12 ADG – État civil – Registre des naissances, commune de Grand-Bourg, acte n°191 du 29 octobre 1892

13 ADG – Registre des matricules, carton 1R84  matricule 2708

14 ADG – Registre des matricules, carton 1R85-87, numéro matricule 2361

15 ADG – Registre des matricules, carton 1R85-87, numéro matricule 2363

16 ADG – Registre des matricules, carton 1R98, numéro de matricule 866

17 ADG – Registre des matricules, carton 1R85-87, numéro de matricule 2458

18 ADG – Registre des matricules, carton 1R83-84, numéro matricule 2839

19 ADG – Registre des matricules, carton 1R83-84, numéro matricule 2742

20 ADG – Registre des matricules, carton 1R85-87, numéro de matricule 2379

21 ADG – Registre des matricules, carton 1R85-87, numéro matricule 2455

22 Broussillon (Arry), Parcours de soldats guadeloupéens durant la Grande Guerre « Morts pour la France », (1914-1918), Gourbeyre, Edition Nestor, 2008, p.70.

23 Becker (Jean-Jacques), L’Europe dans la Grande Guerre, Paris, Editions Belin, 1996, pages 82-83.

24 Beaupré (Nicolas), La France en guerre 1914-1918, Paris, Edition Belin, page 111.

25 Chapoutot (Johann), dans Textes et documents pour la classe, n°1048, 2013, page 28.

26 ADG - Le  Nouvelliste du  10 octobre 1917- Article « Les îles malheureuses ».

27 Beaupré (Nicolas), op. cit., page 47.

28 ADG – Registre des matricules, carton 1R109-110 numéro matricule 1070

29 ADG – Registre des matricules, carton 1R109-110, numéro matricule 1133

30 ADG – Registres des matricules, carton 1R108-110, numéro matricule 1071

31 Manifestement, le retour au « pays » ne s’effectuait pas toujours sous les meilleurs auspices. L’arrivée du « Niagara » le 26 octobre 1915 dans les eaux guadeloupéennes avec à son bord 341 soldats malades en est une belle illustration. Atteints  par la variole, tous ces hommes avaient immédiatement été mis en quarantaine  au lazaret des Saintes à l’îlet -à-cabri. Ils regagneront leurs foyers respectifs huit jours plus tard après un bref passage à la caserne de Pointe-à-Pitre. Parmi eux figuraient de nombreux Marie-Galantais. ADG – Le Nouvelliste du 26 octobre 1915, du 4 novembre 1915, du 6 novembre 1915.

32 ADG Registre des matricules, carton 1R101 numéro matricule 43.

33 ADG Registre des matricules carton 1R87 numéro matricule 2451

34 ADG – Le Nouvelliste du 13 septembre 1916- Article « Choses de Marie-Galante – Une victime abandonnée de la guerre ».

35 ADG – JO Gpe, du 28 janvier 1915, pages 35-36.

36 ADG – JO Gpe, du 27 février 1918, page 88.

37 ADG – JO Gpe, du 28 janvier 1915, pages 35-36.

38 ADG - JO Gpe du 16 septembre 1915, page 284.

39 ADG - JO Gpe, du 4 novembre 1915, page 352.

40 ADG - JO Gpe, du 8 juillet 1915- pp 214-215

41 ADG – Le Nouvelliste, du 18 octobre 1915- Article «  La journée du 75 »

42 ADG- JO Gpe, du 8 juin 1916, page 186.

43 ADG – JO Gpe du 2 mars 1916 – page 57

44 ADG – JO Gpe du 16 mars 1916 – page 72

45 ADG – JO Gpe du 23 mai 1912 – page 186

46 ADG – Registre des nouveaux libres, commune de Grand-Bourg, N°812, du 20 août 1853

47 ADG – Le Nouvelliste du 14 février 1917, rubrique « Echos ».

48 ADG – Le Nouvelliste du 5 mai 1917 - Article « Une fête patriotique à Grand Bourg ».

49 ADG - Le Nouvelliste du 22 mai 1916 - Article « On réclame la poste à Marie-Galante ».

50 ADG - Le Nouvelliste du 24 février 1917- Article «  Chose de la Désirade ».

51 ADG – Le Nouvelliste du 26 mars 1917 - Article « Une île abandonnée ».

52 ADG - Le Nouvelliste du 5 mars 1918 - Article «  Les Saintes n’ont plus de farine. »

53 ADG - Le Nouvelliste du 12 mai  1915 – Rubrique « Échos ».

54 ADG - JO Gpe, du 21 juin 1917, page 182.

55 Abénon (Lucien), Petite histoire de La Guadeloupe, Paris, L’Harmattan, 1992, page 177.

56 Butel (Paul), Histoire des Antilles françaises, Paris, Editions Perrin, 2007, page 444.

57 Schnakenbourg (Christian), op. cit., page 86.

58 ADG – Le Nouvelliste du 3 décembre 1915-  Article « formation de société »

59 ADG – JO Gpe du 16 mars 1917 page 71

60 ADG – Le Nouvelliste du 19 mars 1917, article « Nouvelles de Marie-Galante »

61 ADG – Le Nouvelliste du 30 août 1916, article « Procès à  Marie-Galante »

62 Mairie de Grand-Bourg, service état civil : registre des décès 1919, transcription n° 25 / voir aussi ADG – Le Citoyen du 9 octobre 1918, rubrique « Nécrologie » / Le Nouvelliste du 11 octobre 1918 rubrique « nécrologie »

63 ADG – La Démocratie Sociale, du 27 septembre 1919

64 Mairie de Grand-Bourg, service état civil : registre des décès 1918, acte n°67 du 24 juillet 1918 / voir aussi Le Citoyen du 13, 20 et 27 juillet 1918, rubrique « Nécrologie »

65 Archives paroissiales – Registre des mariages, commune de Saint-Louis, année 1915

66 Archives paroissiales – Registre des mariages, commune de Saint-Louis, année 1917

67 Archives paroissiales – Registre des mariages, commune de Saint-Louis, année 1915 - (Annotation manuscrite portée par le curé)

68 Andrivon-Milton (Sabine), La Martinique et la Grande Guerre, Paris / Budapest / Kinshasa, l’Harmattan, 2005, p. 362

69 Beaupré (Nicolas), op. cit., p.208

70 ADG – La démocratie sociale du 18 Janvier 1919 - Article « Une bonne fête »

71 ADG - JO Gpe du 12 décembre 1912, p.416

72 ADG - JO Gpe, du 19 mars 1914, p.71

73 ADG – Registre des matricules, carton 1R96 numéro de matricule 3330.

74 ADG – Registre des matricules, carton 1R94-95 numéro de matricule 2611.

75 ADG – Registre des matricules, carton 1R94-95 numéro de matricule 2581.

76 ADG – Registre des matricules, carton 1R85-87 numéro de  matricule 2387.

77 ADG – Registre des matricules, carton 1R85-87 numéro de  matricule 2498.

78 ADG – Registre des matricules, carton 1R102 numéro de matricule 504.

79 Becker (Jean-Jacques),  op.cit, page 247.

80 Becker (Jean-Jacques) et Audoin-Rouzeau (Stéphane), La France, la nation, la guerre :1850-1920, Paris Sedes, 1995 page 373

81 ADG – Le Nouvelliste du 24 juillet 1919 - Article « Une association d’Anciens Combattants ».

82 ADG - Le Nouvelliste du 10 juillet 1919 - Article « Une réunion d’anciens soldats ».

83 ADG – État civil, registre des naissances pour la commune de Port-Louis, année 1883, acte n° 30  du 23 avril 1883

84 ADG - Le Nouvelliste du 26 janvier 1917- Article « Nos compatriotes au front »

85 ADG - La Démocratie sociale, du 27 septembre 1919

86 ADG – Registre des matricules, carton 1R80-82, numéro matricule 2951

87 ADG - « Fonds incendie » carton INC 120- Délibération du conseil municipal de Grand-Bourg, du 23 juin 1929.

88 ADG - « Fonds incendie » carton INC 120-Délibération du conseil municipal de Grand-Bourg, du 31 décembre 1931

89 ADG - « Fonds incendie » carton INC 120-Délibération du conseil municipal de Grand-Bourg, du 29 décembre 1932.

90 ADG - JO Gpe  du 10 juin 1920, pp 273-274

91 ADG - « La  liberté » du 5 juillet 1919 - Article « Appel aux anciens combattants. »

92 ADG - JO Gpe, du 10 avril 1919 page 131.

93 ADG - Etat civil, registre des naissances pour la commune de Saint-Louis, acte  n° 114, du 12 octobre 1896.

94 ADG – Registre des matricules, carton 1R98-99 numéro matricule 877

95 ADG – Registre des matricules, carton 1R82 numéro matricule 1691

96 ADG – JO Gpe, du 7 août 1919, page 316

97 ADG – Le cri du peuple, du 23 – 30 octobre 1926, article « Le crime de Grand-Bourg »

98 ADG - Le Nouvelliste du 6 octobre 1928 – Article « Un cyclone a ravagé la Guadeloupe : nombreuses victimes importants dégâts»

99 ADG – Le Nouvelliste du 2 mars 1932 – Article « Incendie à Marie-Galante »

100 ADG – Le Nouvelliste du 27 juillet 1932 – Rubrique « Nouvelles locales »

101 Schnakenbourg (Christian) – Opus cit. p.99

102 ADG – Le Nouvelliste du 7 septembre 1932 - Rubrique « Nouvelles locales »

103 Terral (Roméo), « La ville de Pointe-à-Pitre, du cyclone de 1928 au départ du gouverneur Félix Éboué (1938) : le virage vers la modernité ? » Bulletin de la Société d’histoire de la Guadeloupe, n°157, 2010 p.24-25

104 Winter (Jay) « Idées reçues sur une hécatombe »  dans Les collections de l’histoire, 14-18 La Catastrophe, page 70, n°61 2013, page 70

105 Audoin-Rouzeau (Stéphane),  Le Figaro, N° 21 543, du 8 novembre 2013, page 16

106 Winter (Jay) « Idées reçues sur une hécatombe »  dans Les collections de l’histoire, 14-18 La Catastrophe, page 70, n°61 octobre-décembre 2013

107 Andrivon-Milton (Sabine), op. cit. page 373

108 ERBS Philippe, « Les monuments aux morts de la Grande Guerre (1914-1918) », mémoire de maîtrise en histoire, Pointe-à-Pitre, université Antilles-Guyane, 2003 p.70-71

109 Kacy (Franck), « Expression du patriotisme colonial à Marie-Galante en 1919 : érection du premier monument aux morts de la Guadeloupe », dans Pierre-Yves Le Pogam et Martine Plouvier (dir.), Commémorer et dénoncer la guerre, CTHS – Paris, 136ème congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Edition électronique, 2013

110 ADG – Fonds incendie – carton INC322/1 – Délibération du conseil municipal de la commune de Saint-Louis du 7 août 1938

111 ADG – Fonds incendie – carton INC322/1 - Délibération du conseil municipal de la commune de Saint-Louis du 26 février 1939

112 ADG- JO Gpe du 6 avril 1939, page 334

113 Richard (Damien) « Le livre d’or des morts pour la France : construction et usages d’un monument de papier», dans Pierre-Yves Le Pogam et Martine Plouvier (dir.), Commémorer et dénoncer la guerre, CTHS – Paris, 136ème congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Edition électronique, 2013 p.143

114 ADG – JO Gpe du 22 janvier 1920, p. 47

115 L’un des grands mérites de cette longue énumération est de mettre en lumière le prix du sacrifice enduré  et consenti par chacune de ces petites entités guadeloupéennes comme La Désirade (5 noms), Terre de Haut (4 noms, Terre de Bas (7 noms), Saint Martin (10 noms), Saint Barthélémy (1 nom).