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La bataille de Dixmude : l’action des fusiliers marins en Flandre

La bataille de la Marne (septembre 1914) n’est pas décisive. Epuisées, manquant d’artillerie lourde, les troupes françaises ne peuvent empêcher les Allemands d’arrêter leur repli le long de la ligne de l’Aisne. Chacun d’entre eux tente alors de déborder l’autre, les Français sur la droite allemande, les Allemands sur la gauche française. La bataille s’étend ainsi vers l’Ouest jusqu’à la mer du Nord : c’est la course à la mer que les Allemands ont beaucoup plus justement appelé la lutte pour les flancs, dernier épisode de la guerre de mouvements. La lutte se poursuit ainsi jusqu'en Flandre belge où les Allemands parviennent après avoir pris Anvers le 10 octobre. C'est sur 18 kilomètres, de Nieuport à Dixmude, que la 4e armée du duc Albrecht Herzog von Wurtemberg, forte de 40 000 hommes, va commencer son action. Trois points sont particulièrement visés : Dixmude, Nieuport et la boucle de Tervaete. Face au duc, 16000 hommes : Belges, Sénégalais, chasseurs à pied français, fusiliers marins.

Une bataille acharnée va alors s’engager sur l’Yser, petit fleuve de 20 mètres de large, du 16 octobre au 10 novembre. L’enjeu numéro un pour les Allemands est la conquête de Dixmude, ville hautement stratégique, notamment parce qu'elle est le centre d'un riche réseau de communications. Sa position en fait l’objectif désigné d’une attaque ayant Calais pour but. On en confie la défense à la brigade des fusiliers marins du contre-amiral Pierre Ronarc'h avec ordre de tenir coûte que coûte au moins quatre jours, le temps qu’arrivent des renforts. Ronarc’h aura un front de 7 kilomètres à garnir avec seulement 6 bataillons, alors que le double serait nécessaire.

Il peut sembler étonnant que des marins soient amenés à combattre sur le front belge tels des soldats d'infanterie. Cette situation s'explique principalement parce qu'au cours des premiers mois de la guerre, les pertes de l'armée française sont énormes. Il est donc nécessaire d'utiliser tous les soldats disponibles. Or, la Marine dispose d'un excédent en hommes qu'elle met à la disposition du ministère de la Guerre : inscrits maritimes, engagés volontaires ou recrues du contingent général. C'est ainsi que 6 585 marins originaires majoritairement de Bretagne iront se battre en Belgique, regroupés au sein d'une « brigade de fortune » comme l'a écrit Ronarc'h. Paul Petit-Dutaillis, un des médecins de la brigade, note dans ses souvenirs : « Les hommes de cette brigade étaient de tous âges : il y en avait de moins de 20 ans et de plus de 50 ans. On y trouvait toutes les spécialités, aussi bien des timoniers, des gabiers, des infirmiers, des soutiers, des électriciens, que de véritables fusiliers, et des canonniers sans canon ». Pour une très grande partie de ces marins, le métier des armes leur est inconnu.