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25 septembre 1915, les offensives de Champagne et d’Artois

Bataille de Champagne, carte postale
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Le 25 septembre 1915, les franco-anglais déclenchent sur le front occidental deux offensives emboîtée dont l’une doit servir de diversion à l’autre. En Champagne, il s’agit de rompre définitivement le front adverse. Dans cette perspective, des moyens considérables -pour 1915- en hommes et en matériels sont mis en œuvre.

L’idée de manœuvre et ses motivations

Tout au long de l’année 1915, Joffre a tenté à plusieurs reprises de reprendre l’avantage sur les Allemands installés solidement en défense sur les points hauts, même modestes, du front occidental. À la fois pour des motivations stratégiques - venir en aide eux Russes malmenés - que pour des raisons  de politique intérieure - convaincre les politiques qu’il est encore à sa place - et militaires - reprendre l’ascendant moral sur l’ennemi - Joffre voit plus grand à l’automne et veut mener des offensives sur le front de plusieurs armées à la fois pour faire éclater les lignes de défense allemandes. Deux zones du front occidental sont concernées.

L’instruction donnée à Foch le 12 juillet 1915 précise que, sur le front d’Artois, Le Groupe d’Armées du Nord (Foch) agissant en lien avec les Britanniques et les Belges doit attaquer dans la région d’Arras, étant bien précisé que l’attaque principale doit être en Champagne. Les Britanniques sont chargés du secteur Loos-Hulluch. L’optimisme est de vigueur puisque Joffre envisage que les deux divisions de cavalerie engagées pour exploiter la percée puissent être à Mons, à 80 km, en quelques jours.

En Champagne, il faut « dépasser d’un seul coup, l’ensemble des organisations ennemies ». La 2e armé (Pétain) et la 4e armée (De Langle de Cary) doivent y participer, coordonnées par Castelnau. 

Des moyens colossaux pour 1915 et des formes inédites de la guerre

En Artois, D’Urbal dispose de 380 pièces d’artillerie de gros et moyens calibres et d’un stock de 268 000 obus pour les alimenter. Les Anglais de la « New Army » de French, alignent 13 divisions. En Champagne, les préparatifs logistiques sont énormes et relèvent déjà totalement de la guerre industrielle : doublement de la voie ferrée Châlons-sur-Marne/Sainte Menehould, construction de parallèles de départ, constitution de stocks de toutes sortes, concentration progressive de 375 000 hommes (27 divisions). De Langle et Pétain disposent de 800 pièces d’artillerie lourdes en plus des canons de campagne et le nombre d’obus est largement prévu pour 5 jours. 

Sur le front artésien, Foch lance une préparation d’artillerie qui atteint une densité inaccoutumée.

En rampant au ras du sol avec les hommes,  tel le caporal Frédéric Sauser, dit Blaise Cendrars, qui perd un bras dans les assauts de Champagne, il faut constater, dans ces deux offensives des expériences de combat nouvelles. La 124e DI française se heurte à des tirs d’obus à gaz au Mont-Sans-Nom en Champagne. Les Légionnaires du 2e régiment étranger connaissent la même expérience à la butte de Souain.

Succès locaux, échec final

Le 25 septembre à 12h25, l’assaut est lancé. Les Français progressent dans le secteur de Souchez. Les Anglais, aux prix de lourdes pertes s’emparent de la ville de Loos et arrivent dans les abords d’Huluch. Dans la partie française de l’offensive d’Artois, Souchez tombe aux mains des Français, le 27 septembre. Le 28 septembre, les Anglais progressent à l’est de Loos, mais les pertes atteignent les deux tiers de certaines unités. Les Allemands ne s’en laissent pas conter et contre-attaquent sur la partie anglaise du front d’Artois, notamment du 3 au 8 octobre 1915. Le 11 octobre, les Français des 21e et 33e CA connaissent un échec dans la relance de la bataille. Au total, au bout de 18 jours de combats intenses en Artois, les premières lignes allemandes ont été enlevées sur 9 km de large environ et sur 2 kilomètres de profondeur au maximum. La diversion a-t-elle joué son rôle au profit de la l’attaque principale de Champagne ? Rien n’est moins sûr, car pour compenser leur faiblesse numérique en Champagne, les Allemands ont eu recours davantage à des aménagements de terrain qu’à des transferts de troupes en provenance d’autres fronts. 

Sur la zone d’attaque principale, en Champagne, les Allemands de von Einem s’attendent à l’attaque, alertés par les intenses préparatifs français.

L’attaque a lieu le 25 septembre, parfois encore avec les cérémonials de 1914 (musique et drapeaux déployés). Les soldats attaquent fougueusement. Ils veulent en finir. Au soir du 25 septembre, les deux armées de l’offensive Champenoise ont progressé selon quatre axes, notamment sur Souain et Perthes, mais le front allemand n’est pas percé. Du côté allemand, on sait que la deuxième ligne est sommaire et peu garnie. Ce sont pourtant ces positions établies à contre pente et qui n’ont pu être battue lors de la préparation faute d’observation possible, qui amènent l’échec final de l’offensive champenoise. Le 3 octobre, dix nouvelles divisions sont mises à disposition de Castelnau par Joffre. Tahure est pris le 6 octobre, mais désormais les munitions s’épuisent, alors que les hommes le sont déjà. 90 000 tués ou disparus, 7000 prisonniers et 100 000 blessés sont la rançon d’un succès tactique qui a permis aux Français et aux Anglais de sécuriser leurs lignes face à l’ennemi et de lui capturer 25 000 hommes en Champagne, mais qui s’est révélé un échec stratégique.               

Conclusion

L’échec est bien réel, malgré les actions d’éclat et les exploits locaux. Décidemment le « système-tranchées » ne se laisse pas entamer facilement, malgré l’accumulation en moyens d’artillerie. Les offensives de Champagne et d’Artois disent bien les transitions mentales et industrielles de la guerre. Tout ce qui est mis en place dans les grandes batailles de Verdun et de la Somme de 1916 est déjà pensé au cours des deux offensives de septembre.