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Numérisation du patrimoine écrit de la Guerre 14-18 : état des lieux et perspectives

© Montage réalisé à partir de différents documents d'archives 14-18
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Avec plus de 400 millions de documents d'archives mis en ligne, accessibles via près de 200 sites Internet dédiés, la France est aujourd'hui un pays leader en matière de sources numérisées du patrimoine écrit. Pour s'y retrouver, la Mission du Centenaire publie sur son portail le rapport intégral rédigé par Laurent Veyssière, conservateur général du patrimoine, qui dresse un état des lieux et formule des recommandations pour réunir de façon plus optimale l’offre documentaire numérisée et mise en ligne, dans la perspective de la fin du cycle du centenaire de la Grande Guerre.

La numérisation et la mise en ligne du patrimoine écrit participe activement à la démocratisation culturelle en permettant à tous d’avoir accès gratuitement et à distance aux documents manuscrits et imprimés.

La France est aujourd’hui un pays leader en la matière, eu égard au volume de documents numérisés et au nombre de consultations (400 millions de documents d’archives en ligne et 2,5 milliards de pages consultées en 2015). Parmi ces sources numérisées figurent les documents datant de la Première Guerre mondiale, conservés dans tous les services d’archives et dans de très nombreuses bibliothèques.

Les commémorations du Centenaire, avec leurs cérémonies fortement médiatisées, leurs très nombreux projets issus des territoires et le succès de la Grande Collecte, ont démontré une forte demande sociale des Français pour découvrir le parcours de leurs ancêtres durant cette période. Traditionnellement attirés par les recherches généalogiques, les Français se sont retournés durant le Centenaire sur leurs histoires familiales et se sont, à cette occasion, emparé des archives de la Grande Guerre.

Pendant la décennie 2000, les Français avaient essentiellement à leur disposition sur Internet les fiches individuelles des 1,325 million de soldats « Morts pour la France » ainsi que les journaux des unités militaires. Mis en ligne par le ministère de la Défense sur son site Mémoire des hommes, ces documents ont été et restent toujours massivement consultés par les Français. L’autre offre résultait d’un partenariat entre la Bibliothèque nationale de France (BnF) et la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) concernant les journaux de tranchées. D’une immense richesse, ces documents ont été beaucoup moins consultés faute de signalisation suffisante au public.

À l’approche du Centenaire, tous les services d’archives et bibliothèques ont souhaité valoriser leurs fonds et collections en les numérisant et en les mettant en ligne.

La Bibliothèque nationale de France a réussi à mettre en place, avec ses partenaires, un plan national de numérisation concertée, rendu possible dans la mesure où elle en finançait tout ou partie. Le vaste projet européen « Europeana Collections 1914-1918 » a été un accélérateur de cette politique. L’organisation de la conservation des archives, identique à l’organisation administrative française, entre l’État et les collectivités territoriales, a rendu plus complexe la coordination de ce vaste élan dans le monde des archives. Cependant, le rôle du Service interministériel des Archives de France à la tête du réseau et les appels à projet nationaux ont permis d’harmoniser certaines entreprises de numérisations, à commencer par celle concernant les registres matricules militaires des huit à neuf millions d’hommes mobilisés.

Le résultat demeure qu’aujourd’hui près de 200 sites Internet français proposent des sources numérisées. Il s’agit là d’une offre considérable qui dénote un investissement humain et financier important, malheureusement invisible pour les Français qui n’arrivent pas identifier tous ces sites. Il est encore temps, avant la fin du Centenaire, de donner une visibilité globale à ces nombreuses ressources numériques. Trois axes de travail sont proposés afin de pallier à ces difficultés :

  • En premier lieu, le ministère de la Culture et de la Communication devrait profiter de son leadership interministériel et de son rôle de tête de réseau en matière d’archives et de bibliothèques auprès des collectivités territoriales pour définir quels derniers documents doivent être numérisés et mis en ligne. Ce plan devra être assorti de services numériques innovants, en particulier ceux intégrant des pratiques collaboratives ;
  • Par ailleurs, en profitant du lancement (prévu pour mars 2017) du portail francearchives.fr, il est indispensable de rendre lisible le paysage numérique de la Grande Guerre en mettant à disposition de tous un véritable inventaire général des ressources en ligne, organisé sous forme de mode d’emploi didactique le plus simple possible. Les Français doivent pouvoir se repérer et naviguer aisément dans l’immense offre numérique afin de renouer avec leurs ancêtres et de donner un sens intime, social, civique et mémoriel au Centenaire ;
  • Enfin, parmi tous les projets nés à l’occasion du Centenaire, le Grand Mémorial se détache en raison de son ambition et de son adéquation avec l’attente des Français. Inauguré le 11 novembre 2014 par le Président de la République, ce portail a vocation à interroger les bases conçues par l’État et les départements à partir de la numérisation et de l’indexation des registres matricules militaires des classes 1887 à 1921. Cette fonctionnalité de recherche nationale permet de retrouver son ancêtre en une seule requête. Grâce à cette recherche fédérée, le Grand Mémorial doit devenir la base nationale des huit à neuf millions de soldats français ayant participé à la Grande Guerre. La numérisation des registres matricules est aujourd’hui presque totalement achevée alors que de nombreux départements ne se sont toujours pas engagés dans leur indexation. Ce projet présidentiel doit impérativement se poursuivre en étant soutenu techniquement et financièrement par l’État afin d’être achevé pour la fin du Centenaire. Un dispositif de soutien financier aux départements et aux associations participant à l’indexation des registres matricules a été mis en place à la fin de l’année 2016 par le Service interministériel des Archives de France et la Mission du Centenaire. Une réflexion au sujet de la numérisation et de l’indexation des registres matricules des recrues ne disposant pas du statut de citoyen français devra être engagée avec le ministère de la Défense qui les conserve. Il apparaît en effet délicat de disposer d’une base des poilus de la Grande Guerre qui n’inclut pas les soldats coloniaux.

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