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Le projet "Des vies derrière la pierre, de toi à moi" du lycée Bossuet à Condom

© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Depuis 2013, les élèves de Première du Lycée Bossuet de Condom (Gers) travaillent sur les chemins de transmission de la mémoire des Gersois dans la Grande Guerre, à travers le projet "Des vies derrière la pierre, de toi à moi", qu'ils restituent sous forme de deux expositions par an, selon une démarche d'historien.

La genèse du projet

A l'origine du projet : l'envie de faire participer les élèves au cycle de commémorations Centenaire, à travers, notamment, l'étude locale du conflit et l'objet symbolique du monument aux morts. Faire s'approprier le patrimoine et la mémoire collective à l'élève en partant de son village ou de ses archives familiales, était une démarche engagée en 1ère dès 2011 pour traiter cet aspect du programme, démarche qui a été étendue et densifiée dans la construction d'un projet global.

Deux collègues ont décidé de créer dans une pédagogique active, en partenariat avec les associations d'anciens combattants, un projet sur les questions de mémoire et d'Histoire plus large, transversal, interdisciplinaire et intercycles qui mêle ainsi les parcours citoyen, avenir et EAC. 

Le premier projet a été labellisé par la Mission Centenaire en 2014 et son développement, vers les chemins de la mémoire à transmettre, a obtenu une nouvelle labellisation en 2018. Ce deuxième volet de la démarche s'attache à pérenniser les travaux produits en explorant d'autres formes d'expression.

Les objectifs

  • Rendre les élèves acteurs de l'écriture de l'histoire locale, leur donner envie par ce biais de mieux connaître le conflit aux échelles nationale et mondiale.
  • Faire entrer les élèves dans une démarche d'enquête, d'historien pour éclairer leur passé, interroger leurs mémoires familiales et les rendre capables d'expliquer le patrimoine qui les entoure, du monument aux morts aux objets de la Collecte en passant par l'oeuvre d'un photographe local ou la vie du lycée au début du siècle.
  • Placer les élèves dans une démarche globale en leur faisant rencontrer les associations d'anciens combattants et les acteurs de la société archéologique du Gers, participer aux actions départementales dont les Colloques annuels.
  • Permettre à chaque discipline de trouver un écho entre ses programmes et le Centenaire 14/18 dans un projet collectif et multiforme au service de l'appropriation de l'histoire et de sa compréhension complexe, tous les champs (littéraire, économique...) ayant été marqués par ce conflit.
  • Participer à un projet collectif qui invite l'élève à s'engager et la communauté éducative à construire ensemble. Placer l'élève en capacité de transmettre ce qu'il a appris vers des classes de primaire et dans la construction et la médiation des expositions biannuelles.
  • Leur permettre enfin, forts de leurs apprentissages, de visiter les lieux de mémoire du front français en 2014 et 2019 pour deux classes à chaque fois.

Les contenus du projet

Depuis 2011, l'étude des monuments aux morts des communes du Gers donne lieu à un dépouillement éclairé par le site Mémoire des Hommes. Ce travail d'enquête nourrit le portrait des Morts pour la France, « des vies derrière la pierre » ainsi qu'une carte de localisation des Gersois morts sur le front, dont on espère un développement numérique (carte interactive). Il sera communiqué aux mairies de chaque commune étudiée et à la SAHG. Il a été l'occasion de rencontrer un archiviste et a servi de base aux premières expositions.

Chaque année, la Collecte nous permet de faire travailler les élèves sur l'histoire de leur famille et de comprendre les objets (carnets, cartes, médailles...) retrouvés, par leur mise en contexte et leur analyse, ainsi que par les récits transmis. Ils constituent des éléments clés de nos expositions et des vitrines associées. Ils ont fait l'objet de développement en écriture d'invention (une montre retrouvée sur le champ de bataille...) ou d'enregistrements audio pour les carnets et cartes postales.

Depuis 2013, deux expositions sont réalisées par an (soit 8 à ce jour) : une au lycée Bossuet et l'autre à Valence-sur-Baïse (espace CAVEA) pour transmettre les productions des élèves, accueillir des écoles gersoises (collèges de Condom, Cazaubon, Vic, Nogaro) et le Conseil municipal des jeunes de Condom lors de visites et activités conçues par les élèves (questionnaire cycle 3 - collège / lycée). Elles sont l'occasion de partager avec les acteurs : Souvenir Français, Maginot, ONAC, Archives départementales, mais aussi de recevoir les familles et les populations qui viennent nombreuses nous rapporter d'autres objets ou récits. Elles nous permettent d'inviter les élèves des écoles ayant profité de nos ateliers et de partager aussi leurs productions (Valence-sur-Baïse, St-Orens-Pouy-Petit). Les vernissages sont construits à partir de « mises en scène » d'objets ou de lectures des élèves ou travaux dans toutes les disciplines. Ce sont des moments rassembleurs.

Travailler sur l'histoire locale a permis aussi d'analyser un fonds photographique local (Camille Fenestra) ou un témoignage particulier (Maurice Faget) et de l'adapter en outil pédagogique. Ces travaux - comme ceux concernant la globalité du projet - ont fait l'objet de conférences auprès de la société
archéologique du Gers (Auch et Condom) notamment lors des Colloques annuels. Les élèves partagent ainsi leurs recherches.

S'interroger sur l'écriture de l'histoire du conflit a également permis de se retourner vers des travaux d'élèves réalisés en 1985 dans ce même lycée autour de témoignages d'hommes et de femmes ayant vécu le conflit : les faire découvrir aux élèves et les enregistrer a été l'objet d'un travail en enseignement d'exploration 2nde, littérature et société. Le don d'une série de « Journaux de guerre » re-édités a été l'occasion d'un travail suivi autour de la presse et de l'information, entrant tout à fait dans le cadre de l'Education morale et civique (programme de 1ère) tout comme le travail en partenariat avec les associations d'anciens combattants/mémoire a favorisé l'étude nécessaire en 2nde du fonctionnement de ces structures tout en contribuant au parcours citoyen de l'élève.

Accepter toutes les formes d'expression de la mémoire, y compris fictive ou artistique, a permis, avant le départ en séjour pédagogique, de travailler avec la cie des transports imaginaires sur  "Loin de Verdun" (2014) mais aussi avec la maison de production "Tant mieux prod", autour des films d'animation sur Apollinaire notamment (2018) lors d'une rencontre passionnante (collection "En sortant de l'école").

Le projet en 2018-2019

Au fur et à mesure, nos actions sont relatées sur l'intranet de l'établissement et sont conservées sous la forme de livrets pédagogiques. La numérisation des panneaux de l'exposition a commencé, elle doit aboutir à une exposition aux supports pérennisés en juin 2019, centrée sur les portraits de Gersois dans la Grande Guerre. Le dépouillement des monuments aux morts par communes se poursuit. Pendant l'année 2018-2019, les classes de 2nde vont rédiger les documents pour les communiquer aux municipalités. Profitant de l'exposition Gervais Cazes à Mirande, les classes de 1re ont été concernées par le projet dès novembre 2018, avec la rencontre de l'historienne qui y a consacré son étude.

Le fonds photographique de l'élève Geisser a été analysé par des groupes d'élèves, permettant, par son témoignage du front, un comparatif avec le fonds de Fenestra qui se consacre à l'arrière, sur Condom. Les élèves et enseignants ont communiqué leurs travaux lors d'une conférence de la société archéologique de Condom en novembre 2018.

Le séjour pédagogique sur les lieux de mémoire est monté et prévu pour 2 classes de 1re en avril 2019 avec le soutien des associations d'anciens combattants. La finalisation du projet doit donner lieu à une émission radio en direct de l'exposition (en juin 2019 à Valence-sur-Baïse) avec tous les acteurs du projet depuis 2013, ainsi qu'au dépôt d'objets au musée de la France combattante des frères Da Silva (Brugens). Pour transmettre l'ensemble des recherches réalisées, il s'agit, au final, de concevoir une capsule temporelle "de toi à moi, vers demain".