Espace pédagogique > Pistes Pedagogiques > L’ordre de mobilisation générale

L’ordre de mobilisation générale

L’affiche de mobilisation générale
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Repères pour l’enseignant

En 1914, l’enrôlement dans l’armée française repose sur le principe de la conscription, établi par la loi Jourdan (1798). Tous les hommes français âgés de 21 ans doivent accomplir, sauf incapacité physique, leur service militaire. Ils sont ensuite intégrés aux forces de réserves, puis aux forces territoriales jusqu’à la fin de leurs obligations militaires (51 ans). En cas de mobilisation générale, « réservistes » et « territoriaux » doivent rejoindre au plus vite leur régiment, sous peine d’emprisonnement pour désertion.

Ainsi, lorsque, dans la soirée du 1er août 1914, les Français découvrent sur la porte des mairies l’affiche portant « ordre de mobilisation générale », chacun sait ce qui est attendu de lui. La guerre n’est pas encore effective (l’Allemagne ne la déclare à la France que le 3 août), mais la crise née en Bosnie a atteint un point critique. L’immense majorité des Français, toutefois, n’avait pas réellement mesuré toute l’ampleur de la gravité de la situation. C’est donc avec une certaine stupéfaction qu’est lu le décret, signé par le président de la République Raymond Poincaré, qui enjoint les trois millions de réservistes et de territoriaux à rejoindre, dès le 2 août, les 800 000 soldats déjà en service actif (au total, 8,5 millions de Français seront mobilisés entre 1914 et 1918).

Pour les soldats et leurs familles, dans l’angoisse de la séparation, l’heure n’est ni à l’exaltation guerrière, ni à l’expression de la haine de l’adversaire, ni à l’exigence de la « Revanche » et de la reconquête de l’Alsace-Lorraine. Les historiens ont remis en cause le mythe d’un départ « la fleur au fusil ». Les attroupements autour des trains de conscrits quittant les gares sous les vivats furent en réalité peu nombreux. Le sens du devoir, la volonté d’assurer la protection de leurs familles, la résignation et l’espoir d’une guerre courte, achevée dans l’année, furent bien les sentiments dominants des mobilisés au moment de rejoindre leur régiment.

Présentation du document

L’affiche de mobilisation générale

D’un format relativement réduit (1 x 0,75 m environ), l’affiche de mobilisation générale est un imprimé officiel dont le modèle avait été fixé en 1904. Une date manuscrite informe les réservistes qu’ils doivent au plus tôt rejoindre leur unité d’affectation, qu’elle appartienne à la marine nationale ou à l’armée de terre. Notons l’absence de l’armée de l’air, embryonnaire, et qui ne devient indépendante qu’en 1934. Le décret régissant l’organisation de la mobilisation générale prévoit également la mobilisation des chevaux de trait, dont la force de traction demeure indispensable au déplacement des pièces d’artillerie et de la logistique d’une armée qui ne sera pleinement mécanisée qu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

Texte de référence

Ministère de l’Éducation nationale, Programmes d’enseignement de l’école primaire, cycle des approfondissements – programme du CE2, du CM1 et du CM2, Bulletin officiel, bulletin hors-série n° 3 du 19 juin 2008.

Programmes 2008 – Objectifs visés

  • Histoire : Analyser, interpréter et comprendre un document : l’affiche d’ordre de mobilisation générale apposée le 1er août 1914 aux portes de toutes les mairies françaises.
  • Français : Lire et comprendre un texte en activant les connaissances acquises et en exerçant son esprit critique. Écrire un article de journal documenté. Produire un dialogue.
  • Pratiques artistiques : Observer les détails fournis par une image pour en comprendre le sens profond. S’approprier des codes de représentation.

Notions principales

  • La guerre et le jeu des alliances.
  • Les armées et les obligations militaires.
  • Le pouvoir des autorités dirigeantes.
  • Les devoirs du citoyen.
  • La mobilisation générale.
  • Les réquisitions en temps de guerre.

Vocabulaire

La conscription, un conscrit, les réservistes, les territoriaux, un déserteur, un décret, une armée de conscription, un fascicule de mobilisation, une mobilisation générale, l’obligation militaire.

Mise en œuvre pédagogique

Mettre en scène la découverte de l’affiche « Ordre de mobilisation générale »

Apposer sur la porte de la classe ou projeter l’affiche de l’ordre de mobilisation générale. Présenter le document : « Nous sommes le 1er août 1914. Vous êtes des enfants, des hommes ou des femmes d’une petite commune française. Sur la porte de la mairie, vous découvrez une affiche intitulée ‟Ordre de mobilisation généraleˮ. »

Organiser l’analyse et l’interprétation de l’affiche

Découvrir le document

Distribuer une affiche de l’ordre de mobilisation aux élèves organisés en binômes afin qu’ils se l’approprient et l’analysent. Donner les consignes suivantes :

  • Lire silencieusement l’affiche.
  • Relever, surligner les éléments structurants (mots et éléments graphiques) : « Armée de terre, de mer, mobilisation, président, ministre, deux drapeaux français, les cachets officiels, etc. »
  • Échanger au sein du groupe pour élaborer une interprétation à débattre en grand groupe.
  • Souligner en vert les mots et phrases qui posent des problèmes de compréhension.

Collectivement, procéder à un échange et autour de réactions et des représentations des élèves. Favoriser les échanges afin qu’émergent quelques éléments de compréhension.

Comprendre le document et sa fonction

Observer collectivement la forme de ce document, le nommer, échanger sur l’endroit où il était placé.

Comprendre à quoi a servi ce document.

Au cours de la séance, noter au tableau les informations dans un « outil-mémoire » de façon à ce qu’elles soient ensuite directement réutilisables par les élèves. Ce peut être un panneau présentant, les lieux, les thèmes, les données historiques…

  • Pourquoi Raymond Poincaré utilise-t-il l’affichage en mairie pour mobiliser par décret « tous les hommes non présents sous les Drapeaux et appartenant à l’armée de terre et l’armée de mer » ? Quels moyens utiliserait-on de nos jours ?

- Une mobilisation : c’est l’acte de rassembler, de réunir, de mobiliser.
- Un décret : le président de la République et le Premier ministre ont le pouvoir de prendre des décisions écrites immédiatement exécutables.

Raymond Poincaré, président de la République française de 1913 à 1920, ordonna la mobilisation générale par décret. Pour ce faire, il a utilisé l’affichage en mairie car d’une part, il était précisé dans les livrets militaires de l’époque que toute mobilisation se ferait par « voie d’affiches ou de publication sur la voie publique », et d’autre part, en 1914, la radio et la télévision n’existaient pas encore. En France, les premières émissions sur ces deux médias ont été diffusées respectivement en 1922 et 1935.

De nos jours, le président s’adresserait à la nation par le biais de la télévision.

  • Expliquer la mise en page et la présence des deux drapeaux.

Les deux armées concernées sont mentionnées en grosses capitales d’imprimerie et en gras en haut de l’affiche. Le titre, « Ordre de mobilisation générale », également imprimé en gros caractères gras et placé sous les deux drapeaux, signifie que les hommes des armées de réserve doivent impérativement se rendre sous les drapeaux, c’est-à-dire, rejoindre leur régiment. Immédiatement dessous, apparaît le mot « décret », il s’agit donc bien d’un ordre à exécuter au jour dit, le 2 août 1914. Il est ensuite rappelé aux Français soumis aux obligations militaires non présents sous les Drapeaux et appartenant à l’armée de terre et de mer de se référer à leur fascicule de mobilisation.

Le décret est signé par les ministres de la Guerre et de la Marine sous leur sceau respectif.

Il s’agit donc bien d’un document officiel qui ordonne aux hommes de se soumettre à leurs obligations militaires.

Préciser ensemble le sens de quelques mots importants et apporter des compléments de connaissance

  • Quelles sont les obligations militaires à cette époque ?

La conscription : en 1914, tous les hommes français âgés de 21 ans physiquement aptes effectuaient un service militaire de trois ans dans l’armée de terre ou l’armée de mer. Ces soldats étaient appelés des conscrits. L’armée était une armée dite de conscription. Depuis 1997, la conscription a été remplacée par la Journée d’appel de préparation à la Défense (JAPD), puis par la Journée Défense et citoyenneté (JDC), à laquelle sont soumis tous les jeunes, filles et garçons, dans leur 18e année.

Les réservistes et les territoriaux : après avoir effectué leur service militaire, les anciens conscrits intégraient l’armée de réserve pendant onze ans en tant que réservistes. Puis, durant sept ans, ils constituaient l’armée territoriale et, enfin, formaient la réserve de l’armée territoriale pendant sept ans supplémentaires. Ils étaient alors désignés sous le terme de territoriaux. Les forces françaises en 1914 comptaient 800 000 soldats sous les drapeaux (effectuant leur service militaire) et 3 millions de réservistes et de territoriaux.

  • Qu’est-ce qu’un fascicule de mobilisation ?

À la fin de leur service militaire, les hommes étaient en possession d’un livret militaire comprenant un fascicule de mobilisation, c’est-à-dire des instructions à suivre en cas de mobilisation : lieu de rassemblement, conditions de déplacement, afin d’être habillés, équipés et armés.

  • Que signifie précisément l’Ordre de mobilisation générale ?

La mobilisation est l’acte de rassembler sous les drapeaux les réservistes et les territoriaux, ainsi que tout ce qui est nécessaire à la préparation de la guerre. Tout homme refusant de rejoindre son régiment est considéré comme déserteur et passible d’emprisonnement.

  • Que signifie « la réquisition des animaux, voitures et harnais » ?

C’est l’ordre de donner son cheval de trait ou de monte, sa voiture à cheval ou à moteur et le dispositif pour attacher le cheval à la voiture. En 1914, les automobiles, étant encore peu nombreuses, les chevaux de monte et de trait furent largement utilisés pour se déplacer et tracter les engins de guerre. Les mules et les mulets ainsi que les pigeons furent également réquisitionnés.

  • Pourquoi n’est-il pas fait référence à l’armée de l’air ?

En 1914, les avions étaient encore peu nombreux, l’armée de l’air n’existait pas en tant que telle ; elle appartenait à l’armée de terre.

  • Quels sont les sentiments et les réactions des enfants, des femmes et des hommes face à cette affiche ? Imaginer les conséquences économiques.

Les familles sous le choc vont subir de grands bouleversements. Les hommes les plus actifs vont devoir rejoindre leur régiment, laissant femmes et enfants pour un temps qu’ils espèrent court. Le risque de ne pas revenir est grand. Les femmes et les hommes les plus vieux ou les moins valides vont devoir remplacer les hommes dans les travaux des champs, dans les usines et les divers emplois.

Résumé à retenir

Raymond Poincaré, président de la République de 1913 à 1920, ordonne la mobilisation de 3 millions de réservistes et territoriaux de l’armée de terre et de l’armée de mer. Le 2 août 1914, ces hommes rejoignent les 800 000 soldats déjà sous les drapeaux. Les Français sous le choc de l’annonce espèrent une guerre courte. Le départ de tous les hommes a des conséquences importantes sur le plan familial et économique, notamment pour les femmes qui doivent remplacer les hommes dans les travaux des champs, dans les usines et les divers emplois, tout en s’occupant de leur foyer et de leurs enfants.

Prolongements

  • Découvrir et comparer des livrets militaires de 1914 (accessible sur Internet) et de la fin du XXe siècle. On y découvre notamment qu’il est prévu en 1914 que la mobilisation se fasse par « voie d’affiches ou de publication sur la voie publique » et par « moyens d’information collectifs » (affiches, presse, radio, télévision), à la fin du siècle.
  • Lire le décret n° 7410. Décret prescrivant la mobilisation des armées de terre et de mer. Du 1er août 1914 (publié au Journal officiel du 2 août 1914), accessible sur Internet. Y retrouver les éléments analysés dans l’affiche.

Fiches élèves

Fiche activité 1

Objectifs visés

  • Lire un article en activant ses connaissances et son esprit critique.
  • Produire un article de presse répondant à des critères d’écriture précis.
  • Respecter les règles de syntaxe, d’orthographe grammaticale et lexicale.

Consigne

  • Lis l’article suivant et corriger toutes les erreurs du journaliste.
  • Utilise les éléments figurant sur l’affiche de l’ordre de mobilisation générale et les connaissances acquises afin de produire un article de presse crédible qui aurait pu paraître dans un journal national en 1914.

Mobilisation générale !
Hier soir, sur France 2, le président de la République, Raymond Poincaré est intervenu au journal de vingt heures pour ordonner la mobilisation générale. La France, alliée au Royaume-Uni et à la Russie, se prépare à entrer en guerre contre l’Allemagne alliée de l’Autriche-Hongrie et de l’Italie. Tous les réservistes et les territoriaux des armées de l’air, de terre et de la marine doivent rejoindre au plus vite leur régiment sous peine de sanction.
3 août 1914
Vincent Lepigiste

Correction

Plusieurs erreurs se sont glissées dans le papier du journaliste.
Raymond Poincaré n’a pas pu s’adresser aux Français par le biais de la télévision qui n’avait pas encore été inventée.
L’armée de l’air n’existait pas en tant que telle en 1914.
Vincent Lepigiste se trompe également dans les dates. Il signe son article le 3 août 1914 et prétend que la mobilisation générale a été décrétée la veille. Elle a été ordonnée le 1er août par voie d’affichage sur les portes des mairies et concerne les réservistes et les territoriaux des armées de terre et de mer.

Fiche activité 2

Objectifs visés

  • Produire des dialogues répondant à des critères d’écriture précis
  • Respecter les règles de syntaxe, d’orthographe grammaticale et lexicale.

Consigne : Imaginer les réactions des citoyens réunis autour de l’affiche de mobilisation générale et rédiger un dialogue entre hommes, femmes et enfants.