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La bataille de Verdun

Félix Vallotton, Verdun. Tableau de guerre interprété, projections colorées noires, bleues et rouges, terrains dévastés, nuées de gaz, 1917. Huile sur toile, musée de l’Armée, Paris.
Félix Vallotton, Verdun. Tableau de guerre interprété, projections colorées noires, bleues et rouges, terrains dévastés, nuées de gaz, 1917. Huile sur toile, musée de l’Armée, Paris.
© Musée de l'Armée
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Repères pour l’enseignant

La bataille de Verdun

Verdun occupe une place à part dans la mémoire française. Dès 1916, cette bataille est devenue le symbole même du conflit, « une guerre tout entière contenue dans la guerre », comme l’a écrit Paul Valéry.

Verdun est une bataille totale. Par les moyens mis en œuvre, d’abord. Après l’enlisement du front et l’échec des offensives menées en 1915, chaque camp n’a qu’un objectif : percer le front ennemi, pour mettre fin à une guerre qui dure depuis près de deux ans. Pour cela, on mobilise le plus grand nombre de canons, pour détruire les défenses et le moral des adversaires. Le 21 février 1916, jour du début de l’offensive, les Allemands font ainsi tirer 14 batteries au kilomètre, sur un front de 16 km. Par sa durée, ensuite : 10 mois, si on lui donne pour terme décembre – mais pour certains, la bataille s’est prolongée jusqu’à l’automne 1917. Par les pertes qu’elle a engendrées, enfin. La France perd près de 380 000 hommes (dont 62 000 tués et 100 000 disparus), l’Allemagne 325 000.

Le bilan humain est énorme, pour une avancée territoriale dérisoire. Les combats pour les forts de Verdun, Vaux ou Douaumont, par exemple, signent la fin des batailles classiques, en ce sens qu’elles ne semblent plus servir à rien.
Plusieurs éléments expliquent l’appropriation de la bataille de Verdun dans l’imaginaire collectif des Français. C’est d’abord une bataille défensive, et victorieuse, symbole de leur capacité à résister à l’ennemi. En 1916, le discours politique est tout entier concentré dans cette formule : « On ne passe pas. » Le général Pétain, qui organise la défense de ce front, y gagne d’ailleurs le surnom de « Sauveur de Verdun », ainsi qu’une immense popularité. Mais surtout, les deux tiers de l’armée française sont passés par Verdun, qui a donc été une expérience largement partagée. On peut remarquer enfin un véritable processus de sacralisation du sol de Verdun. La route venue de Bar-le-Duc, seule voie de ravitaillement du front au début de la bataille, devient ainsi, après-guerre, la « voie sacrée ».

Présentation des documents

Félix Vallotton, Verdun. Tableau de guerre interprété, projections colorées noires, bleues et rouges, terrains dévastés, nuées de gaz, 1917. Huile sur toile, musée de l’Armée, Paris.

Le Suisse Félix Vallotton (1865-1925) jouit déjà d’une grande renommée quand il peint ce tableau. L’influence du cubisme et surtout du futurisme y est manifeste et donne naissance à une représentation des combats au final très juste, loin de toute fantasmagorie. La manière dont les éléments (la pluie, les flammes, la fumée des explosions d’obus) se déchaînent, dans les faisceaux de lumière qui éclairent le front, rappellent les témoignages de combattants tentant de décrire leur impuissance devant la violence des bombardements, notamment à Verdun.

L’Ossuaire de Douaumont

Longue de 137 m, la nécropole nationale de Douaumont a été construite pour accueillir les restes de 130 000 combattants de Verdun, français et allemands. Inaugurée en 1932, elle a permis de donner une sépulture aux soldats non identifiés tombés sur le champ de bataille. Leur nombre élevé témoigne bien entendu de la violence des combats à Verdun, et des ravages commis par l’artillerie, notamment l’artillerie lourde à longue distance. Pour l’ensemble de la guerre, et du seul côté de l’armée française, ce sont ainsi près de 300 000 soldats morts qui n’ont pas eu de sépulture identifiée.

L’objet présenté – un plateau illustré d’une représentation de l’ossuaire – évoque deux phénomènes. Le premier, initié dès le conflit, est la production massive d’objets patriotiques. De nombreux supports, comme la vaisselle, ont accueilli des images de guerre, depuis les charges à la baïonnette jusqu’aux tanks. Le second phénomène est celui du tourisme du front, et notamment les pèlerinages entrepris par les familles endeuillées pour se rendre sur les lieux où étaient tombés leurs proches, comme ce fut le cas massivement à Verdun dans les années 1920 et 1930.

Verdun ! on ne passe pas

Le titre de cette chanson célèbre la dimension défensive de la bataille, exaltée par le discours des autorités politiques et militaires de l’époque. Les paroles reprennent de très nombreux stéréotypes de la propagande française durant le conflit. On le voit dans la manière de nommer les Allemands (« barbares », « aigle noir », « vils corbeaux »), mais aussi dans l’expression : « Debout les morts ! ». La légende de cette formule, tirée d’un ouvrage du journaliste Jacques Péricard, a été popularisée par le rédacteur de la préface de ses souvenirs, un certain Maurice Barrès. Lors de combats très violents près de Verdun (mais s’étant déroulés en 1915), Péricard aurait poussé ce cri. De là à croire que des hommes décédés se seraient effectivement levés pour le suivre… il y a un pas que certains n’ont pas hésité à franchir, niant ainsi la dimension essentiellement symbolique du récit de Péricard.

Texte de référence

Ministère de l’Éducation nationale, Programmes d’enseignement de l’école primaire, cycle des approfondissements – programme du CE2, du CM1 et du CM2, Bulletin officiel [En ligne], bulletin hors-série n° 3 du 19 juin 2008.

Cycle 3 : CE2, CM1 et CM2

  • Français : langage oral ; lecture ; écriture ; étude de la langue française.
  • Culture humaniste.
  • Histoire et géographie.
  • Pratiques artistiques et histoire des arts : arts visuels ; éducation musicale.
  • Techniques usuelles de l’information et de la communication.
  • Instruction civique et morale.

Programmes 2008 – Objectifs visés

  • Histoire : Analyser, interpréter et comprendre un document.
  • Français : Lire et comprendre un texte en activant les connaissances acquises et en exerçant son esprit critique.
  • Pratiques artistiques : Observer les détails fournis par une image pour en comprendre le sens profond. S’approprier des codes de représentation.

Notions principales

  • En 1916, une violente bataille a opposé pendant dix mois l’armée française à l’armée allemande à Verdun, en Lorraine.
  • La bataille de Verdun fut la plus meurtrière de toute la Première Guerre mondiale.
  • Lors de la bataille de Verdun, les combattants occupaient des tranchées creusées dans le sol.

Vocabulaire

Verdun – Première Guerre mondiale – France – Allemagne – Tranchée – Front – première ligne – guerre de positions – poilus.

Mise en œuvre pédagogique

Découvrir, analyser et interpréter le tableau de Félix Vallotton

Si possible, projeter le tableau à partir de la frise et annoncer :

« Voici un tableau réalisé pendant la Première Guerre mondiale par le peintre suisse Félix Vallotton. Observez-le quelques instants et notez tout ce que vous remarquez. »

Découvrir le document

L’idéal serait de disposer d’une reproduction grand format qui puisse permettre à chacun d’avoir une bonne vision du tableau, ou d’une reproduction couleur, format A4, par élève.

  • Dans une première approche, laisser les élèves s’approprier le tableau selon leur ressenti, sans induire d’interprétation par un questionnement trop précoce. On pourra leur demander d’échanger en petits groupes avant de saisir au tableau les remarques formulées. On obtiendra sans doute de nombreuses réponses liées aux formes, aux couleurs, aux éléments figuratifs, aux impressions et sensations générées…
  • Une fois les remarques épuisées, rebondir de façon organisée pour les lier. On pourra se mettre d’accord sur ce que montre l’artiste : un paysage en flammes, meurtri, ravagé par la guerre et les intempéries, sillonné de faisceaux lumineux venant s’y écraser. Il n’y a pas de personnages visibles : c’est un monde déshumanisé.
  • On s’attachera ensuite à étudier par étapes les moyens mis en œuvre par le peintre :

1. Les formes.

Quelles sont les formes visibles dans ce tableau ? (Les triangles obliques des faisceaux lumineux, les arrondis des nuages). On amènera les élèves à noter que les faisceaux lumineux s’entrecroisent et se dirigent vers le sol qu’ils impactent, comme le feraient des obus. Le ciel n’est plus visible.

2. Les couleurs.

Quelles sont les couleurs utilisées par le peintre ? (Les faisceaux lumineux sont bleus, noirs, rouges. Les nuages de fumée noirs ou blancs. L’orange des flammes crépite et recouvre une partie de la forêt. Le sol est ocre). Ces observations aideront les élèves à constater l’absence de toute végétation vivante. Le feu et le gaz (nuages blancs) détruisent tout.

3. Les éléments figuratifs.

Quels objets ou êtres vivants reconnaissez-vous dans le tableau ? (Seule la présence des arbres calcinés ou en flammes est visible.) Le tableau est proche de l’abstraction.

4. Les sensations.

Les élèves auront peut-être du mal à trouver les mots appropriés relevant du registre des sensations ; on les laissera proposer ceux qui leur paraissent le mieux convenir. Parmi ces mots, « tragique », « fantastique », « irréel » pourront par exemple être insérés. Vallotton écrivit lui-même en 1916 à propos de Verdun : « Quelle chose horrifique et splendide doit être ce coin de tuerie ! »

  • Apporter des données historiques : le professeur intègre peu à peu les données de compréhension essentielles à l’événement en s’appuyant sur la partie « Repère pour l’enseignant ».

Comprendre le document

Dans l’optique de préciser les connaissances des élèves, on pourra leur distribuer le texte suivant et, éventuellement, leur montrer le tableau La « Voie sacrée », le poumon de Verdun, de Georges Scott, 1916, visible au musée de l’Armée de Paris.

La Voie sacrée

L’armée allemande organise un plan pour percer le front français. Le choix se porte sur Verdun en raison de son emplacement. La ville se trouve près des usines d’obus, des voies de chemins de fer et permet aux soldats allemands d’attaquer « en tenaille » (de trois côtés).

Pour résister aux assauts allemands, le commandement français réorganise la défense, renforce l’artillerie, réarme les forts. Les troupes se relaient, le général Pétain impose le ravitaillement par route et par voie ferrée.
Il existe quatre voies permettant de rallier Verdun par l’arrière : trois voies ferrées, qui sont toutes sous le feu de l’ennemi, et la route départementale Bar-le-Duc/Verdun. Cette voie traverse de nombreux villages avant d’entrer à Verdun par le faubourg de Glorieux. Elle suit sur 75 km le relief ondulé de cette région vallonnée, montant et descendant sans cesse. Elle est relativement protégée des bombardements ennemis.

Dès le début de la bataille, il apparaît clairement au commandement français que cette voie d’accès, hors d’atteinte de l’ennemi, est la plus sûre et la plus adaptée pour acheminer un grand nombre de troupes, de minutions et de matériels vers Verdun.
Il est décidé de constituer une file ininterrompue de camions de toutes sortes qui s’engagent alors sur la route gelée et alimentent la bataille en troupes fraîches. Dans l’autre sens, une file ramène les combattants vers l’arrière. Les relèves montant au front sont chargées à des endroits différents suivant l’intensité du bombardement. Les troupes descendantes sont reprises pour les conduire au repos, loin du front.

La « noria », c’est-à-dire ce roulement continu de camions, se met ainsi en place et fonctionne bien durant les premiers jours de combats.

C’est alors qu’arrive le dégel !!! Le froid persistant depuis le 21 février a maintenu un sol gelé évitant aux lourds camions de s’embourber. Avec le redoux constaté depuis la veille, la route se transforme en une succession de trous profonds et les roues pleines des véhicules commencent à s’enliser et à tourner sans prise dans la boue épaisse. En plusieurs endroits, des camions immobilisés bloquent le passage et interrompent la progression.

Le général Pétain ordonne la remise en état immédiate de la route et la noria reprend donc rapidement. Hélas, une route réparée de façon si rapide ne peut que s’abîmer très vite. Le général Pétain donne alors un ordre simple : la remise en état de la route ne doit jamais s’arrêter.

Cette route devient la première route de l’histoire à être simultanément détruite et reconstruite. Les trous se forment, un homme y jette une pelletée de cailloux que le camion suivant tasse de ses roues ; quelques camions plus loin, le trou se reforme et l’on recommence.

Pétain instaure également un règlement très strict : tout véhicule tombé en panne ou ayant crevé est immédiatement poussé de côté.

On pourra vérifier la bonne compréhension du texte par un questionnement oral, ou préférer le biais de l’écriture (voir plus loin la Fiche activité 1)1

  • Pourquoi l’armée allemande attaque-t-elle à Verdun ?
  • Qui commande les troupes françaises ?
  • Que fait-il pour permettre aux troupes françaises de résister ?
  • Pourquoi est-ce la route qui a été choisie ?
  • Explique en quelques lignes ce que l’on appelle la « noria » ?
  • Que transporte-t-elle ?
  • Quel est l’autre ennemi inattendu qui vient contrarier le bon fonctionnement de la « noria » ?
  • Explique ce qu’ordonne le général Pétain pour continuer à ravitailler l’armée française ?

Prolongements

Verdun ! on ne passe pas

Cette chanson militaire à la gloire de l’armée française a été composée pendant la Première Guerre mondiale. On pourra la faire écouter aux enfants.

> Voir la vidéo.

Sans se lancer en détail dans l’étude du texte, on demandera aux enfants qui sont « l’aigle noir » et « les corbeaux » dénoncés comme « semant la mort sur leur passage ». On fera remarquer et sentir aux élèves le souci des auteurs de représenter le combattant de Verdun comme un résistant.

Observer l’Ossuaire de Douaumont

Le document joint au tableau de Félix Vallotton est un plateau qui représente l’ossuaire de Douaumont, monument inauguré en 1932 à proximité de Verdun. Les restes de 130 000 soldats inconnus, français et allemands, y sont conservés. Le nombre de croix présentées donnera aux élèves une idée de la mort de masse liée au premier conflit mondial.

Ce plateau, objet-souvenir, était vendu aux pèlerins de Verdun qui venaient visiter et se recueillir sur l’ancien champ de bataille.

Par-delà les souffrances, ce « plateau souvenir » témoigne de la volonté des survivants de l’après-guerre (l’idée de l’ossuaire est née dès 1918) de mêler dans les mémoires les victimes des deux camps. Plus récemment, en 1984, c’est dans ce mémorial que François Mitterrand et Helmut Kohl, la main dans la main, étaient venus rendre hommage aux combattants des deux camps. On ne manquera pas d’expliquer ceci aux enfants.

1 Télécharger les fiches d'activités sur la bataille de Verdun