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Pour les enseignants : Collecter, archiver, étudier les mémoires de la Grande Guerre

Soldats français dans la tranchée. Fonds privé Désiré Sic
© Colin Miege
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

La Première Guerre mondiale a laissé dans son sillage nombre d’archives privées qui sont conservées encore pour la plupart dans les familles. La mobilisation massive des hommes au front, l’attente de l’arrière, des femmes, des enfants, comme la durée du conflit, contribua à la production de sources familiales, privées : des correspondances, liens ténus entretenu à distance entre les hommes et les femmes séparés par la guerre, des carnets personnels, d’autres formes de récits ou des photographies. Comment s'intégrer en tant qu'enseignant dans le cadre d'un projet disciplinaire ou interdisciplinaire dans le projet Grande Collecte?

Les Services des Archives de France, la Bibliothèque nationale de France et la Mission du Centenaire s’associent avec d’autres partenaires et proposent aux Français d’apporter leurs archives dans différents points de collecte et de les enregistrer.

Cette Grande Collecte se déroule cette année les 14 et 15 novembre. De grande ampleur, elle permettra l’alimentation de la base de données grande collecte.fr.

Cette dernière offrira en retour la possibilité de prendre connaissance de la diverité des sources privées conservées encore aujourd'hui et mieux comprendre l'impact social, politique et culturel qu’exerça la Première Guerre mondiale sur la société française.

La notion de transmission de la mémoire et de réflexion sur les sources comme patrimoine commun et enjeu de société s’inscrit au cœur de l’enseignement scolaire. La Grande Collecte offre alors une belle opportunité de proposer des projets disciplinaires, des projets de classes, notamment dans les écoles primaires et dans les collèges.

Les ateliers Canopé mettent en place des "Portes ouvertes" Grande Collecte le mercredi 12 novembre 2014 afin d'accompagner les enseignants et les classes désireuses de participer à cette action nationale.

La collecte de documents pourra se prolonger pendant toute l’année scolaire 2014/2015 avec l’appui des Services éducatifs des archives départementales et municipales.

> Voir le projet Grande Collecte.

À l’école primaire – cycle 3 : Découverte de l’archive à travers les témoins de la Grande Guerre

Dans le cadre du concours scolaire Les Petits artistes de la Mémoire ou des projets inscrits dans la préparation des commémorations du Centenaire, les enseignants et leurs élèves sont amenés à s’appuyer sur les sources locales et à reconstituer l’itinéraire de combattant de la Grande Guerre ou de témoins du conflit.

Extrait du programme du cycle 3

Eléments de connaissance :

  • Pouvoir expliquer pourquoi le premier conflit mondial a été appelé « la Grande Guerre »
  • A partir de documents de nature diverse et en particulier d’œuvres d’art, identifier en quoi cette guerre ne ressemble pas aux précédentes.
  • Savoir que la paix signée à Versailles est négociée difficilement et rapidement menacée en Europe par les dictatures.
  • Connaître quelques éléments du bilan dramatique de la guerre et la division de l’Europe.

Vocabulaire : armistice, tranchée, traité de paix

Repères : 1916 – bataille de Verdun ; Clemenceau ; 11 novembre 1918 – armistice de la Grande Guerre.

L’entrée par les archives permet d’aborder le premier conflit mondial à partir des « traces » personnelles laissées par ses acteurs.

Pour le professeur, c’est l’occasion de proposer une séquence construite autour d’un ou plusieurs « objets » directement issus de l’histoire familiale des élèves, de susciter des travaux de groupes et l’élaboration d’un support commun à l’ensemble des élèves de la classe. Enfin, une sortie pédagogique préparée en amont aux archives départementales permet de confronter les élèves directement à d’autres sources historiques et de leur inculquer l’idée d’une continuité entre leur présent et un passé finalement commun.

La piste pédagogique proposée ci-dessous s’inscrit donc dans les attendus des compétences à acquérir à l’école primaire – le sens de la continuité et de l’altérité, l’apprentissage de connaissances historiques, l’approche sensible de la réalité, une culture commune.

La recherche de documents, leur confrontation et la mise en œuvre d’un projet pluridisciplinaire mêlant histoire et français permet ainsi aux élèves tout à la fois d’appréhender et de comprendre la Première Guerre mondiale en la replaçant dans la compréhension de l’espace civique d’aujourd’hui.

Piste pédagogique : Une étude en trois temps

Séquence 1 : Un document de la Grande Guerre Séquence 2 : Enquête sur les documents familiaux Séquence 3 : Découverte des Archives
Présentation et étude des documents d’un combattant de la Grande Guerre Elaboration d’une enquête à destination de l’ensemble des élèves de l’école Sortie scolaire aux Archives départementales ou municipales

Séquence 1 : Un document de la Grande Guerre

Durée : 2 heures

Etude de document : Une lettre de « poilu »

Portrait d’Henri Despeyrières. Légende « Un vrai poilu »

« 6 mars 1915,
Mes chers parents,
Je n’ai pas répondu à la lettre de papa du 21 février (…). Merci pour les bons encouragements qu’elle renferme. Je n’ai pas perdu du tout de ma confiance. J’ai comme tous les autres des moments d’abattement qui sont aussi naturels que la fatigue. Un peu de repos et la gaieté revient avec les forces.
Nous sommes encore aujourd’hui aux Sapins. Hier au soir, nous eûmes une petite alerte. J’étais sur le point de me coucher dans ma petite cagna (…) quand soudain, nous ressentons une secousse bien connue. Nous dîmes : tiens ! Une sape qui vient de sauter. Quelques instants après, la fusillade se déchaîna puis la canonnade : nous étions arrosés de quelques obus. A chaque seconde, des fusées éclairantes françaises ou boches escaladaient le ciel. Que se passait-il ? (…) Les boches avaient tenté une attaque qui avait avorté heureusement. »

Extrait de : C’est si triste de mourir à vingt ans. Lettres du soldat Henri Despeyrières 1914-1915, Toulouse, Privat, 2007.

Henri Despeyrières, soldat de l’infanterie lot-et-garonnais âgé de 21 ans. Extrait d’une lettre recopiée sur un cahier par ses parents après sa mort survenue au combat en septembre 1915. Ce cahier est détenu aujourd’hui encore par les descendants d’Henri Despeyrières.

Lexique :

  • Cagna : Abri dans les tranchées.
  • Obus : projectiles tirés de pièces d’artillerie. Ils ont été à l’origine de la plupart des blessures. infligées pendant la Première Guerre mondiale.
  • Sape : tunnel creusé pour enfouir des explosifs et faire sauter les tranchées de l’adversaire.
  • Boches : les Allemands.

Questionnaire :

1) Présenter le document : nature du document, date, auteur. A qui s’adresse-t-il ?

2) A quelle guerre Henri Despeyrières participe-t-il ?

3) Quels documents Henri Despeyrières a-t-il laissé de son expérience de combattant?

4) A qui a-t-il écrit ? Pourquoi a-t-il écrit ?

5) A-t-il réalisé des photographies? Pour quelle(s) raison(s)?

A noter que les combattants avaient la possibilité de transporter des petits appareils photographiques maniables type Vest Pocket de Kodak. Malgré les interdictions répétées de l'autorité militaire, de nombreux soldats s'adonnent à la pratique photographique pendant toute la durée de la guerre, envoient des clichés à leurs familles, les vendent à leurs camarades ou à des journaux illustrés.

5) Ces documents sont des : a) Archives officielles, administratives ; b) Archives privées, familiales ?

Recherche documentaire : D’autres documents ont-ils été publiés sur Internet ?

Travail par groupes. Une petite enquête est menée à partir de mots clés : photographie 14-18 ; correspondance de guerre 14-18, lettres de poilus.

Faire relever l’origine des documents : qui ? quand ? quels supports ?

Proposer une synthèse en classe entière.

Questions finales : Où sont-ils conservés aujourd’hui ? A quoi peuvent-ils servir ? Pourquoi les conserver encore ? Existe-t-il d’autres « traces » dans l’espace public ?

Il est alors possible de faire le lien entre l’expérience des soldats et la mort de masse symbolisé par le monument aux morts (voir la piste pédagogique « Le monument aux morts comme support pédagogique - cycle 3 »).

Séquence 2 : Elaboration d’un questionnaire. Nos familles dans la Grande Guerre

A partir de la séquence 1, proposer d’élaborer avec les élèves un questionnaire à remettre à l’ensemble des enfants de l’école sur le thème : « Conservez-vous dans vos familles des archives de la Grande Guerre ? »

Quelles questions pourrait-on poser ?

Un exemple élaboré en classe de CM2, voir l'annexe 1

Séquence 3 : Conserver les « traces » familiales de la Grande Guerre

  • Après avoir récupéré un ou deux documents : prendre contact avec le service éducatif des Archives départementales ou municipales et prévoir un atelier de découverte des archives
  • Amener le document présenté (prévoir une fiche de décharge) :
  Nature du document Auteur Date
1.       
2.      

Complément  - Portail de la Mission : centenaire.org/ 

Au collège – classe de 3e

Piste pédagogique : La Première Guerre mondiale : vers une guerre totale (1914-1918)

Rappel du programme d’histoire :

La Première Guerre mondiale, vers une guerre totale (1914-1918) est l’un des trois thèmes à traiter dans le cadre de la deuxième partie du programme intitulée « Guerres mondiales et régimes totalitaires (1914-1945) ».

Base horaire : 3 à 4 heures.

Thème 1 : la Première Guerre mondiale, vers une guerre totale (1914-1918)

Connaissances

La Première Guerre mondiale bouleverse les États et les sociétés :

  • elle est caractérisée par une violence de masse,
  • avec la révolution russe, elle engendre une vague de révolutions en Europe,
  • elle se conclut par des traités qui dessinent une nouvelle carte de l’Europe source de tensions.

Démarches

Après la présentation succincte des trois grandes phases de la guerre on étudie deux exemples de la violence de masse : La guerre des tranchées (Verdun), le génocide des Arméniens.

  • L’étude s’appuie sur la présentation de personnages et d’événements significatifs.
  • L’étude de la nouvelle carte de l’Europe met en évidence quelques points de tensions particulièrement importants.

Capacités

Connaître et utiliser les repères suivants

  • La Première Guerre mondiale : 1914 -1918, la bataille de Verdun : 1916 ; l’armistice : 11 novembre 1918
  • La révolution russe : 1917
  • La carte de l’Europe au lendemain des traités. Décrire et expliquer la guerre des tranchées et le génocide des Arméniens comme des manifestations de la violence de masse.

D’autres dispositifs et temps pédagogiques peuvent être investis, comme les heures d’accompagnement personnalisé.

Proposition de piste pédagogique : Un déroulé en trois temps

Séquence 1 : Les sources de l’étude de la Grande Guerre Séquence 2 : Un exemple : une lettre de « poilu » Séquence 3 : Collecte et conservation des sources privées de combattants
Mise en lumière de la diversité des sources familiales Etude d’une source privée de combattant Sortie scolaire aux Archives départementales ou municipales

Séquence 1 : Les sources de l’étude de la Grande Guerre

Durée : 1 heure

1) Après avoir situé le conflit dans l’histoire des XIXe et XXe siècle, le professeur propose une série de documents aux élèves portant sur « les traces » laissées par le conflit.
La sélection peut se faire à partir des fonds d’archives du portail de la Mission du Centenaire.

Voir les Trésors d'archives

Les élèves, par groupes de trois ou quatre, sont invités à remplir le tableau suivant :

Document Nature du document Date Auteur Titres - Thèmes évoqués Lieu de conservation
1.          
2.          
3.          
4.          
5.          
6.          

Synthèse en classe entière : Il est question ici de mettre en valeur la grande variété des sources issues du conflit, leur origine (publique – administrative/officielle et privée) et montrer qu’elles sont conservées dans des fonds d’archives. Elle permet d’étudier l’ensemble des acteurs et témoins de la guerre : front/arrière ; hommes/femmes : expérience combattante/économi

Nature des sources Auteurs « Types de documents » Thèmes évoqués Lieux de conservation
    Sources publiques ou privées    

Séquence 2 : Etude de document : Une lettre de « poilu »

Durée : 1 heure

Portrait d’Henri Despeyrières. Légende « Un vrai poilu »

« 6 mars 1915,
Mes chers parents,
Je n’ai pas répondu à la lettre de papa du 21 février (…). Merci pour les bons encouragements qu’elle renferme. Je n’ai pas perdu du tout de ma confiance. J’ai comme tous les autres des moments d’abattement qui sont aussi naturels que la fatigue. Un peu de repos et la gaieté revient avec les forces.
Nous sommes encore aujourd’hui aux Sapins. Hier au soir, nous eûmes une petite alerte. J’étais sur le point de me coucher dans ma petite cagna (…) quand soudain, nous ressentons une secousse bien connue. Nous dîmes : tiens ! Une sape qui vient de sauter. Quelques instants après, la fusillade se déchaîna puis la canonnade : nous étions arrosés de quelques obus. A chaque seconde, des fusées éclairantes françaises ou boches escaladaient le ciel. Que se passait-il ? (…) Les boches avaient tenté une attaque qui avait avorté heureusement. »

Extrait de : C’est si triste de mourir à vingt ans. Lettres du soldat Henri Despeyrières 1914-1915, Toulouse, Privat, 2007.

Henri Despeyrières, soldat de l’infanterie lot-et-garonnais âgé de 21 ans. Extrait d’une lettre recopiée sur un cahier par ses parents après sa mort survenue au combat en septembre 1915.
Ce cahier est détenu aujourd’hui encore par les descendants d’Henri Despeyrières.

Lexique :

  • Cagna : Abri dans les tranchées.
  • Obus : projectiles tirés de pièces d’artillerie. Ils ont été à l’origine de la plupart des blessures infligées pendant la Première Guerre mondiale.
  • Sape : tunnel creusé pour enfouir des explosifs et faire sauter les tranchées de l’adversaire.
  • Boches : les Allemands.

Questionnaire :

1) Présenter le document : 

  Nature du document Auteur Date
1.       
2.      

2) A quelle guerre Henri Despeyrières participe-t-il ?

3) Quels documents Henri Despeyrières a-t-il laissé de son expérience de combattant ?

4) A qui a-t-il écrit ? Pourquoi a-t-il écrit ? Pourquoi a-t-il photographié ?

5) Ces documents sont des : a) Archives officielles, administratives ; b) Archives privées, familiales ?

6) Le parcours d’Henri Despeyrières – Recherche sur le site Mémoire des hommes.

Voir le résultat de la recherche sur Mémoire des hommes

Nom : Despeyrières
Prénom : Henri
Date de naissance : 1er février 1893
Commune : Le Laussou (canton de Monflanquin) – département de Lot-et-Garonne (47)

  • Relever les indications de sa fiche.
  • Que signifie la mention « Mort pour la France » ?

7) A quelle forme de guerre fait-il allusion ?

8) Pourquoi à votre avis est-il nécessaire de conserver ce document ?

Séquence 3 : Collecte et conservation des sources privées de combattants

Les élèves sont invités à lancer une collecte de documents auprès de leurs familles et de leurs camarades. Chaque document est répertorié en amont :

Type de support nombre de pièces/pages Auteurs Date (si possible) Thème
Correspondance, carnet, photographies, livret militaire, diplôme, etc…   Une femmes, un soldat, un combattant, un enfant, une administration, etc..   Vie à l’arrière :
  • Travail des femmes ;
  • Enfants ;
  • Etc… Expérience combattante
  • Vie quotidienne des soldats
  • Opération militaires
  • Cérémonies, célébrations…

Une visite aux archives départementales est programmée avec les services éducatifs sur les thèmes :

  • Découvertes des archives
  • Les sources de la Première Guerre mondiale

Les documents apportés sont replacés dans le contexte large de la guerre et de sa chronologie.

Ils pourront servir à nourrir des productions d’élèves ou de classe dans le cadre de projets liés aux commémorations du Centenaire.

A consulter :

Le site de collecte européen Europeana 14-18