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Des terrains de football aux champs de bataille : l’expérience combattante des footballeurs du Club Olympique Choletais

Classe de 6ème aux archives municipales de Cholet.
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Aborder la Grande Guerre par l’approche du sport a motivé les élèves de quatre classes du collège Trémolières de Cholet (Maine-et-Loire). En retraçant le parcours d’une équipe de footballeurs sur les champs de bataille, les élèves se sont efforcés de mesurer l’impact du conflit sur des sportifs aguerris. Des footballeurs avaient intégré la toute nouvelle équipe du Club Olympique Choletais créée en mai 1913. Parmi eux, plusieurs soldats du 77e Régiment d’Infanterie stationné à Cholet. Cette équipe a été championne d’Atlantique dès la première saison 1913-1914.

Chaque classe a été accueillie au moins une fois aux Archives Municipales de Cholet par Nathalie Lucas, responsable du service éducatif. Un travail sur des documents originaux (actes d’état civil, recensement, fiches militaires, articles de presse...) s’est poursuivi dans la salle informatique du collège par la consultation des registres matricules en ligne et à la maison par la rédaction des portraits. Au total, quinze footballeurs (entraineur compris) ont fait l’objet d’études. Quinze portraits, autant de parcours individuels pendant la Grande Guerre qui ont permis d’aborder de multiples aspects du conflit : la mort, les blessures, les disparus, les maladies, les grandes batailles, l’aviation, les différents fronts...

Le parcours des footballeurs choletais pendant la Première Guerre mondiale

Par groupe, les élèves ont rédigé le portrait des footballeurs puis se sont interrogés sur leur appartenance sociale. Ils ont découvert avec surprise qu’aucun d’entre eux n’était paysan ou tisserand dans une région rurale et d’industrie textile. Les footballeurs appartenaient plutôt à une petite bourgeoisie avec un niveau d’éducation plutôt élevé. Huit d’entre eux avaient fréquenté le collège communal de Cholet. Après-guerre, Auguste Coutant est devenu instituteur, Raoul Brun, pharmacien, Camille Quesson, architecte et Marcel Faligand, inspecteur des Impôts. Adolphe Lespert, originaire du Morbihan, poursuit des études supérieures au lycée de Nantes et devient directeur de l’École de photographie aérienne de Versailles. Ces sportifs, jeunes et bien entraînés, sont tous mobilisés. À l’exception d’un seul, François-Joseph Lepont, sergent au 77e RI, qui trouve la mort accidentellement le 12 juillet 1914 en se noyant dans un étang à Cholet. Dès les premiers combats, les footballeurs ne sont pas épargnés. Louis Fabre meurt dès le 20 août 1914 à Nomeny-Lixières en Meurthe-et-Moselle, Auguste Sibileau tombe le 27 septembre à Sept-Saulx dans la Marne. Les élèves ont constaté que les footballeurs avaient combattu sur les principaux lieux de bataille de la Première Guerre mondiale (La Marne, La Belgique, Verdun, La Somme, Le Chemin des Dames, la Grèce ...). Des lieux qu’ils ont situés dans l’espace et dans le temps. Leur travail a révélé qu’aucun des footballeurs étudiés n’est sorti indemne de ce conflit. Cinq d’entre eux meurent au combat (Louis Fabre, Auguste Sibileau, Marcel Brien, Pierre Blouen et Charles Vigan) et tous sont blessés au moins une fois. Victor Simon, gardien de but, meurt en 1923 des suites de la tuberculose qu’il a contractée pendant la guerre. Seuls, Camille Brégeon et Raoul Brun retrouvent en 1919, lors d’un match, les terrains de football, mais, probablement diminués par leurs blessures, on ne les retrouve plus par la suite sur les feuilles de matchs. Les élèves ont aussi pris conscience avant d’élargir leurs recherches à la pratique du football à Cholet et sur le front, qu’avant-guerre, le football n’était pas comme aujourd’hui un sport de masse et un sport populaire.

Le football à Cholet et sur le front pendant la Première Guerre mondiale

L’étude d’articles de presse a permis aux élèves de constater que, pendant le conflit, des matchs de football se jouent toujours à Cholet. Les compétitions reprennent. Le plus souvent, ces matchs sont joués au profit d’une œuvre de bienfaisance et la recette est reversée pour aider les blessés ou les réfugiés. Le 30 janvier 1916, une partie de la recette est destinée au « ballon du soldat », une œuvre qui finance l’achat de ballons de football pour les envoyer aux soldats car les prix ont flambé. Une hausse de près de 700 % calculée en cours de Mathématiques par les élèves. Le journal local, L’Intérêt Public du 9 avril 1916, relate ainsi un match de football qui s’est déroulé au front le 24 mars 1916. Un match qui opposait le 77e RI de Cholet au 135e RI d’Angers avec la présence de quatre footballeurs du Club Olympique Choletais. L’article indique la tenue de prochains matchs mais les élèves n’en ont pas trouvé trace dans la presse ou les journaux de marche du 77e RI.

L’objectif de ce travail est également de faire redécouvrir cette équipe de football aux Choletais d’aujourd’hui. La mise en ligne d’articles sur le site académique Cholet et la Première Guerre mondiale, la création d’un livre numérique et d’un livret ont déjà contribué à sortir de l’oubli ces footballeurs. Un travail qui pourrait trouver son aboutissement avec l’apposition d’une plaque au stade Pierre Blouen de Cholet où, bizarrement, rien ne rappelle qu’il fût à l’origine de la création du Club en 1913 et le capitaine de cette équipe. Pierre Blouen a disparu le 12 août 1916 pendant la bataille de la Somme. L’année 2016 marquera le centenaire de cette bataille, occasion idéale d’honorer sa mémoire. C’est tout le sens du courrier adressé par les élèves aux dirigeants actuels du club de football de Cholet.