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Marcher sur les traces de la Grande Guerre

Les marcheurs de l'ESJ-Lille
Les marcheurs de l'ESJ-Lille.
© Sofia Fischer
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Du 4 au 9 mars 2014, les 61 étudiants de la 89e promotion de l'Ecole Supérieure de journalisme de Lille (ESJ-Lille) sont partis marcher le long de la ligne de front ouest de la Première Guerre mondiale. Leur but ? Écrire des articles et raconter ce qui reste de la Grande Guerre aujourd’hui. Le résultat ? Un site internet multimédia, Sur la ligne de front.

Le centenaire de la Première Guerre mondiale. C'est le point de départ de ce projet un peu fou qui a emmené une soixantaine d'apprentis journalistes pendant une semaine sur la ligne de front ouest. Pour leur première année à l'ESJ-Lille, les étudiants doivent faire un site d'information sur la guerre. Que raconter sur un sujet aussi vaste ?

Les tranchées, les poilus, Verdun, les Dardanelles, celles et ceux qui ont perdu un proche dans la guerre... Une seule chose est sûre : ne pas faire un projet historique pour raconter ce qui s'est passé il y a cent ans, mais un site d'actualité pour parler d'aujourd'hui, des traces de la Première Guerre mondiale en 2014.

« Et si on allait marcher sur la ligne du front ? »

En décembre, une étudiante lance l'idée : parcourir les 700 km du front ouest, entre la mer du Nord et la Suisse. Une ligne imaginaire, arbitraire, qui a parfois bougé au gré des avancées des belligérants, mais c'est là que les étudiants risquent de trouver le plus de traces des combats et de la guerre... et le plus de matière pour leurs articles. Très vite, le projet prend, des groupes se forment et choisissent chacun une zone du front. Mais la partie la plus importante du projet reste à faire : chercher et préparer des sujets d'articles, de reportages et d'enquêtes.

 
Un parcours pour les promeneurs autour des vestiges de Tracy-le-Mont dans l'Oise.
 
 
 
 
 
 
 

Un parcours pour les promeneurs autour des vestiges de Tracy-le-Mont, dans l'Oise
Crédit photo : Claire Delattre

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Tout le monde se prend au jeu : contacter la famille d'amis en Meurthe-et-Moselle, appeler un historien amateur en Alsace, joindre le maire d'un petit village de l'Aisne, éplucher la presse quotidienne régionale à la recherche de collectionneurs passionnés... Il faut aussi trouver des hébergements, de préférence chez l'habitant : c'est ainsi que l'on trouve les histoires les plus intéressantes et les plus inattendues.

Une nouvelle idée germe : chacun des onze groupes choisira comme emblème un soldat qui a combattu dans sa zone. Ainsi, le quatrième groupe prend le nom de « bataillon d'Alan Seeger » (http://surlalignedefront.fr/sujet/bataillon4/), en hommage au poète américain ; le premier bataillon choisit de marcher dans les pas de l'amiral Pierre-Alexis Ronarc'h en Belgique ; le troisième s'intéresse au parcours d'un soldat portugais anonyme, qui a combattu dans les Flandres...

Plus de 140 articles publiés et autant de rencontres

Vendredi 28 février, 19 heures. Le bataillon du général Marcel Serret est le premier à partir, pour des raisons logistiques, direction Pfetterhouse en Alsace, au kilomètre zéro de la ligne de front. Premier appel aux rédacteurs en chef : « Nous sommes bien arrivés, nous sommes logés tous les six dans une grande maison, nos hôtes sont très accueillants ! » Quatre jours plus tard, tous les marcheurs sont en route et les premiers articles commencent à arriver. C'est le début d'une semaine intense.

Le bataillon Serret en reportage en Alsace.
 
 
 
 
 

Le bataillon Serret en reportage en Alsace
Crédit photo : Ekaterina Anisimova

 

 

 

 

 

 

L'emploi du temps est simple et pourtant aucune journée ne se ressemble : le matin, les apprentis journalistes partent en reportage, pour quelques heures ou une journée entière. Le soir, ils écrivent leurs articles, montent les vidéos, les sons et trient les photos. Entre-temps, ils marchent d'un village à l'autre, parfois une dizaine de kilomètres, tentent de faire du stop pour arriver plus vite et découvrent la gastronomie locale.

À voir

Les plus belles rencontres sont souvent le fruit du hasard. A la recherche d'un endroit où dormir à Hohrodberg, en Alsace, le bataillon de Jean Charlon se retrouve chez un couple franco-allemand... C'est l'occasion d'une belle soirée et d'un reportage sur les relations franco-allemandes dans une région à l'histoire tumultueuse.

À écouter

À lire : Si j'étais poulu en 1914 ?

Certaines enquêtes sont plus mouvementées que d'autres : à la nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette, dans le Pas-de-Calais, les femmes sont exclues de la garde d'honneur. Dans la vallée de Munster, des ossements humains de la guerre ont été déterrés puis cachés à cause d'un conflit politico-économique. Il y a aussi des découvertes pittoresques, comme des graffitis souterrains à Reims...

À écouter

À lire : Les vies souterraines des caves de Champagne

Marcher le long des routes et des tranchées, voir des cimetières militaires, rencontrer des artistes qui s'inspirent de la guerre et de ses légendes, trouver soi-même des obus dans les champs... Autant de preuves que dans beaucoup de régions, la Grande Guerre fait encore partie du quotidien. En ce moment, les 61 apprentis journalistes préparent un magazine et travaillent avec des collégiens et des lycéens sur le thème de la guerre. L'aventure n'en est qu'à son début.

Dans l'atelier de Stijn Butaye, un collecteur féru de la Grande Guerre
 
 
 
 
 
 

Dans l'atelier de Stijn Butaye, un collecteur féru de la Grande Guerre
Crédit photo : Geoffroy Lang et Ambre Lefèvre