En France > Bretagne > Morbihan > La promotion « Lieutenant Nungesser »

La promotion « Lieutenant Nungesser »

La 54e promotion de l’Ecole militaire Interarmes (EMIA) baptisée « Lieutenant Nungesser »
© Michael Bourlet
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Le samedi 25 juillet 2015, à l’occasion de la fête du Triomphe aux Ecoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan et en présence du général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de terre, la 54e promotion de l’Ecole militaire Interarmes (EMIA) a été baptisée « Lieutenant Nungesser ».

Créée pendant la Seconde Guerre mondiale, l’EMIA puise ses origines dans les écoles d’armes de Poitiers, de Saumur, de Fontainebleau, de Versailles et de Saint-Maixent. Depuis la fin du XIXe siècle, ces écoles formaient des officiers recrutés parmi les sous-officiers et les officiers de réserve qui par milliers ont combattu pendant la Première Guerre mondiale. Aujourd’hui, l’EMIA assure la formation initiale des officiers des armes recrutés par la voie interne dans le corps des sous-officiers et les engagés volontaires de l’Armée de terre. Cette année, les élèves officiers ont choisi d’honorer un officier de la Grande Guerre qui fut aussi un pionnier de l’aviation.

Le parrain

Le capitaine Nungesser

Fils d’un commerçant de Saint-Mandé (Val-de-Marne), Charles Eugène Jules Marie Nungesser est né à Paris le 15 mars 1892. Après avoir obtenu un brevet de mécanicien et d’électricien, il étudie la mécanique à l’Ecole des arts et métiers de Valenciennes dans le Nord. Toutefois, à l’âge de 17 ans, il interrompt ses études et décide de gagner l’Amérique du Sud où il prend part à des compétitions sportives mais où il apprend aussi à piloter des aéronefs.

Rentré en France à la déclaration de guerre en août 1914, il s’engage au 2e régiment de hussards, les « Chamborant ». Le 3 septembre 1914, le hussard de 2e classe Nungesser se distingue une première fois à l’occasion d’une reconnaissance dans les environs de Laon. Il intercepte une voiture allemande, une Mors, abat les quatre occupants, s’empare des documents qu’elle contient et rejoint le quartier général du général de Langles de Cary au volant de la Mors. Il est promu brigadier, décoré de la Médaille militaire et le général offre la Mors à Nungesser, bientôt surnommé le « hussard de la Mors » qu’il transformera en « hussard de la mort ».

Devenu automobiliste dans un état-major, il obtient de passer dans l’aviation en janvier 1915. Il suit l’instruction à Avord dans le Cher et il décroche son brevet de pilote le 2 mars 1915 (brevet n° 1 803). Affecté à l’escadrille VB. 106 le 8 avril 1915, il effectue des missions de bombardement au dessus de la Flandre. Il ne tarde pas à obtenir sa première citation (22 avril 1915). Promu au grade d’adjudant le 15 mai 1915, Nungesser abat son premier avion allemand, un Albatros, le 31 juillet 1915. Par la suite, déployé à Nancy, il enchaîne les missions de bombardement, de jour comme de nuit, jusqu’à sa mutation dans l’aviation de chasse en novembre 1915.

1re de couverture du Miroir sur laquelle figure Nungesser devant son Nieuport

Il est affecté à l’escadrille N. 65, une unité basée près de Nancy et équipée de Nieuport. Nungesser restera dans cette escadrille jusqu’à la fin de la guerre. Le 28 novembre 1915, il abat l’avion de Wilhelm von Kalkreuth ce qui lui vaut d’être décoré de la Légion d’honneur (4 décembre 1915). Gravement blessé dans un accident le 29 janvier 1916, Nungesser est de retour sur le front de Verdun à la fin mars. Dès lors, il abat avion ennemi sur avion ennemi, se taillant une solide réputation de combattant des airs. Le « hussard de la mort » a fait peindre sur son appareil un cœur, renfermant un cercueil sur lequel se trouvent une tête de mort et deux tibias, le tout flanqué de deux chandeliers.

Promu sous-lieutenant le 25 avril 1916, consacré As le 20 mai 1916, il est blessé dans un combat aérien le 22 juin 1916. Remis de sa blessure, Nungesser abat probablement l’As allemand Otto Parschau, l’un des 82 meilleurs pilotes allemands, le 21 juillet 1916. Puis, pendant la bataille de la Somme, il enchaîne les victoires comme le 26 septembre où il réussit un quadruplé. Cependant, Nungesser peine à se rétablir de ses précédentes blessures et il doit subir de nouvelles opérations. Promu lieutenant en septembre 1917, il continue d’alterner les séjours au front et dans les hôpitaux. Il est aussi affecté à l’instruction, en particulier des pilotes américains. Décoré de la rosette d’officier de la Légion d’honneur en 1918, Nungesser continue de s’illustrer jusqu’à la fin de la guerre. Il remporte sa 45e et dernière victoire le 15 août 1918. Audacieux, tenace, brave, amoureux de la France, Nungesser qui maîtrisait la science du pilotage, n’a jamais cessé d’apprendre et de se perfectionner, mettant au point par exemple de nouvelles tactiques de combat.

À la fin de la guerre, 18 palmes ornent le ruban de sa croix de guerre. Il porte aussi de nombreuses décorations étrangères (américaine, belge, roumaine, russe serbe, etc). Il jouit en France comme à l’étranger d’une immense popularité. Toutefois, le capitaine Nungesser est démobilisé en 1919. Il fonde d’abord une école de pilotage, qui fait faillite, puis se consacre à des meetings aériens en France et Outre-Atlantique. De retour à Paris en 1926, il projette de relier Paris à New-York en traversant l’Atlantique Nord. Avec le capitaine François Coli (1881-1927), ancien commandant de la Spa 62, l’escadrille des Coqs, Nungesser s’envolent du Bourget à bord de l’Oiseau blanc le 8 mai 1927. Les deux hommes disparaissent dans des circonstances indéterminées au cours de cette aventure.

L’insigne

l'insigne de la promotion Nungesser

Pour des élèves officiers, le choix d’un parrain de promotion est un des grands moments de la formation. Ils voient en lui un exemple qui doit les guider durant toute leur carrière. L’insigne marque l’appartenance pour les élèves à la promotion. Il permet d’exposer, à travers l’héraldique, l’histoire du parrain. L’origine des insignes dans les armées est incertaine, mais ils sont apparus pendant la Première Guerre mondiale et en particulier chez les pilotes. Des insignes ou des inscriptions ont été peints sur les appareils pour les distinguer et certains sont restés célèbres à l’instar de l’inscription « Vieux Charles » pour les avions de Guynemer ou la tête de mort de Nungesser et qui figure sur l’insigne de la promotion. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les insignes dans les armées sont homologués par le Service historique de la Défense.

L’insigne de la promotion : sa forme est celle de la France en deuil, en l’honneur de ses héros disparus. L’épée représente l’héritage de l’officier. La Légion d’honneur évoque la force, la gloire et le sacrifice. La hongroise est le symbole des hussards. Le cœur noir reprend celui peint sur l’avion du parrain. Le drapeau est le symbole de la patrie. Les côtes françaises et américaines, aux couleurs de l’EMIA, marquent son ultime aventure. Enfin, l’ensemble repose sur un fond blanc pareil à l’Oiseau blanc.