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Les raisons de l’entrée en guerre du Portugal dans la Grande Guerre

M. Machado Président de la République du Portugal, sur le front. Photographie de presse, agence Meurisse
© Gallica/BnF
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La Première République, instaurée en 1910 a été troublée par l'intervention du Portugal dans la Première Guerre mondiale. Les gouvernements républicains qui ont pris la responsabilité de l'intervention armée ont imposé au peuple portugais de grands sacrifices. Si ceux-ci ont été acceptés par la majorité de la population, une minorité a cherché à explorer la crise politique, économique et financière dans laquelle le pays a été alors précipité.

Dès l’entrée en guerre, le gouvernement républicain s'est présenté comme le partisan enthousiaste et tenace d'une intervention immédiate. Pour les Républicains, il s’agissait de sortir de l'isolement dangereux dans lequel le pays risquait de sombrer. L’occasion était donné de transformer l'alliance avec les Anglais en un partenariat inter pares tout en préservant les colonies en se rangeant aux côtés de l'Angleterre. C’était aussi la possibilité de prendre une place forte parmi les nations en cas de triomphe.

Dans cette perspective et pour la première fois depuis un siècle, le Portugal est alors obligé de recourir aux armes pour se défendre son territoire (métropole et îles) et pour prendre part aux opérations militaires de grande ampleur, éloignées de son territoire mais où se jouent les intérêts de la nation.

Contrairement à l'Espagne qui préserve sa neutralité, l'animosité du gouvernement portugais envers l'Allemagne s'accroît jusqu'à ce que celle-ci déclare finalement la guerre au Portugal le 9 mars 1916, après l'épisode d'arraisonnement des navires allemands à quai dans les ports portugais. La thèse de la défense coloniale se présente à ce stade comme une conséquence directe des dangers auxquels les territoires portugais d'outre-mer, surtout l'Angola et le Mozambique, sont exposés puisque ce sont des terres convoitées depuis longtemps par l'Allemagne. Ainsi en 1912-1913, lors des négociations secrètes anglo-allemandes, les Anglais avaient proposé à l'Allemagne le partage des colonies portugaises si l'Allemagne renonçait au projet de construction d'une force navale capable de faire face à celle des Britanniques, dont la supériorité était jusque-là incontestable. La menace qui pèse sur les colonies portugaises représente donc un facteur déterminant dans l'entrée en guerre du pays, mais elle ne peut se suffire à elle-même et ne justifie pas le choix du type d’intervention militaire, la hiérarchisation et le choix des théâtres d’opérations.

Une autre théorie repose sur la thèse européenne et ibérique qui s’est imposée au Portugal à partir des années 70 et 80. Le besoin d’affirmation internationale du régime, au cœur d’une Europe monarchique et impériale, s’est révélé un processus difficile et complexe. Dès « l’après-révolution », les puissances européennes ont établi des relations de facto avec la république portugaise, sans pourtant lui accorder une reconnaissance de jure. Il est donc question de regagner le prestige international et de reprendre la place au concert des nations. Les relations diplomatiques entre le Portugal et l’Espagne se heurtent alors à une crise grave, la monarchie espagnole craignant l’expansion des idées républicaines ainsi que l’appui apporté par les républicains portugais aux républicains espagnols. L'instabilité interne de la république portugaise, d'après la presse espagnole, entraîne l'idée d'une intervention espagnole en vue de mettre fin à l'anarchie. Même si elle ne s'est pas vérifiée, cette menace existe vraiment et constitue un facteur de mobilisation et de propagande favorable à l’intervention portugaise.

Le Portugal aurait pu se contenter de jouer un rôle plutôt passif mais le besoin d’une cause patriotique, capable d’encourager la cohésion nationale et d’unir les Portugais au nom de la patrie mais surtout autour du régime, s'est imposée. Il fallait convaincre les soldats portugais de s'embarquer. Pour les républicains portugais, l’existence de la nation portugaise, selon cette conception, dépend d’un grand combat national. Seules la menace extérieure et une intervention militaire dans la guerre de 1914 peut justifier le dévouement de tous les secteurs de la société portugaise envers l’unité nationale, menacée par les conspirations monarchistes. Le gouvernement portugais s’est donc engagé dans la voie de la belligérance et a participé militairement au théâtre des opérations en Europe afin d’assurer, de consolider et de légitimer la République tout en renforçant le poids du parti républicain.