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Images Lidar de la forêt d’Argonne

Le Lidar, un système de relevé topographique particulièrement adapté aux terrains recouverts par des forêts, comme l’Argonne.

Embarqué dans la soute d’un avion, un scanner balaye d’impulsions laser la surface des terrains survolés. Ces impulsions répétées permettent d’enregistrer les coordonnées géographiques de très nombreux points (8 par  par m2). Système à balayage laser aéroporté, le Lidar (Light Detection an Ranging) permet donc d’enregistrer rapidement des relevés topographiques extrêmement précis de vastes zones. Il peut ainsi  relever plusieurs km² en quelques heures. Avantage supplémentaire de la méthode, le laser peut passer à travers la végétation et atteindre des zones difficiles d’accès et recouvertes de forêts, comme c’est le cas en Argonne. Après traitement informatique des enregistrements, il est possible de créer un modèle numérique de terrain (MNT) et de visualiser de manière très précise la topographie de la zone survolée sous diverses formes, courbes de niveau, images verticales ombrées et même  restitutions en 3 dimensions. Sur des terrains couverts de bois et qui n’ont pratiquement pas connus de modifications ou de perturbations depuis la Première Guerre mondiale, si ce n’est une reforestation, il est alors possible de visualiser de manière bien plus précise et globale que par une prospection au sol le tracé des tranchées, mais aussi des anciens chemins ou l’emplacement de camps de repos. Près de 100 ans après la fin des combats, le Lidar restitue dans ses moindres détails une image presque intacte d’un paysage de la Grande Guerre, sous un couvert forestier protecteur.

Vue Lidar - Le camp de repos d’un bataillon au « Borrieswald Lager ».

La partie ouest du « Borrieswald Lager » avait été aménagée pour accueillir les soldats d’un bataillon complet (environ 1 000 hommes). La vue de détail du relevé Lidar de ce camp de repos permet de parfaitement visualiser les transformations apportées au terrain naturel pour permettre leur installation dans d’excellentes conditions de confort. Ainsi, sur les pentes de l’amphithéâtre naturel ont été implantés trois niveaux successifs de baraquements. Desservis chacun par un chemin de plusieurs mètres de largeur, chaque niveau accueille près de 30 emplacements de « maison ». Dans la partie basse et centrale du camp on trouve les infrastructures collectives, douches, étuve, latrines et le mess des officiers surplombe le camp côté ouest. Le Lidar permet de restituer la topographie précise de ce camp sous de multiples formes, plan ombré où les cheminements linéaires apparaissent parfaitement, courbes de niveau qui restituent en détail l’emplacement de chaque baraquement, où vues en 3 dimensions qui soulignent l’organisation très aboutie du camp.

© Ministère de la Culture et de la Communication

Après la fixation du front à la fin de l’année 1914 et l’installation des premiers réseaux de tranchées, Allemands et Français vont se livrer tout au long de l’année 1915 à de furieux combats. Peu à peu, les Allemands repoussent les Français de quelques centaines de mètres vers le sud et la vallée de la Biesme. Dans de nombreux endroits, la première ligne adverse sera conquise après sa destruction par le déclenchement de plusieurs mines souterraines. Le relevé Lidar de ce secteur montre parfaitement le chapelet de cratères de mines situé à l’emplacement de la première ligne française en début de guerre. Après sa conquête, cet ensemble est intégré dans le réseau très développé des lignes arrières allemandes.

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De la fin de l’année 1915 à septembre 1918, Français et Allemands se font face dans une guerre de position. Le front ne va quasiment plus bouger, mais immédiatement en arrière des premières lignes se développe un réseau très dense de tranchées de soutien, de boyaux, de point d’appuis. Destiné à freiner la progression ennemie dans l’éventualité d’une percée du front et à permettre aux troupes cantonnées à l’abri à l’arrière de monter en ligne dans une relative sécurité, ce réseau va rapidement prendre un aspect tentaculaire. Le relevé Lidar de ce secteur offre une image saisissante et parfaitement préservée de cette organisation très complexe, qui initialement courait de la Mer du Nord à la frontière suisse et sur près de 700 km de long, mais qui n’est plus aujourd’hui observable que dans de rares secteurs. Ainsi, de part et d’autre d’un chemin forestier, tranchées allemandes et françaises de première ligne se font face, soulignées par des nuages de trous d’obus. Leur succèdent tranchées de soutien, points de défense et profonds boyaux, qui mènent à l’arrière du front vers les premiers camps de repos. 

© Ministère de la Culture et de la Communication

Permettre aux soldats de défendre la ligne de front nécessite d’implanter à quelques centaines de mètres en arrière de celle-ci une logistique très importante, sous forme de camps de repos et de zones de stockage protégés. Côté français, c’est le versant nord de la vallée de la Biesme, premier repli de terrain un tant soit peu à l’abri des obus allemands, qui va être aménagé. Cette vue Lidar du secteur de « la Harazée », permet de redécouvrir cette organisation en détail. On observe ainsi successivement :

  • en haut à droite de l’image, les ultimes tranchées de la première ligne allemande ;
  • puis une succession de 3 tranchées parallèles, formant sur une largeur d’environ 400m le réseau complexe de la 1ère ligne de défense française ;
  • perpendiculairement à ce réseau et assez régulièrement espacés, des boyaux en zig-zag permettent de desservir ces tranchées et de les relier à l’immédiat arrière front ;
  • ce dernier est implanté sur le versant nord de la vallée de la Biesme, où l’on peut observer quelques zones couvertes de petites dépressions les unes à côté des autres. Ce sont les vestiges de la première ligne de cantonnements, formée par les « cagnas » abritant soldats en réserve et au repos, ainsi que des dépôts de tous genres ;
  • enfin, en bas à gauche de cette image et de l’autre côté de la vallée, on peut deviner les premières tranchées de la seconde ligne de défense française.
© Ministère de la Culture et de la Communication

À quelques kilomètres en arrière de la ligne de front, afin de permettre aux troupes de réellement se reposer, mais aussi afin de stocker les immenses approvisionnements nécessaires au front à l’abri des bombardements ennemis, de très nombreuses zones logistiques vont être aménagées. Côté allemand, c’est le cas du camp dit du « Borrieswalde », situé à 8 km au nord de la ligne de front. La topographie des lieux, formée de deux amphithéâtres naturels, permet d’implanter à l’abri d’éventuels bombardements et sur des versants majoritairement orientés au nord 2 camps distincts. Ils sont desservis par de nombreux chemins et même une ligne de chemin de fer à voie étroite. Sur le haut du camp, formations sanitaires et troupes du génie vont installer un hôpital, un cimetière, ainsi qu’une zone logistique avec de nombreux dépôts et une gare. Le relevé Lidar de ce secteur, comparé aux plans d’époque et aux résultats de plusieurs campagnes de fouilles archéologiques permet de mieux appréhender ce que fut dans le détail cette grande base arrière, véritable ville à l’organisation complexe et où pouvaient stationner plus de 2 000 soldats.

© Ministère de la Culture et de la Communication
  • Vue Lidar - Le camp de repos d’un bataillon au « Borrieswald Lager ».
  • Vue Lidar - Les combats de l’année 1915
  • Vue Lidar - Le front, une organisation en profondeur
  • Vue Lidar - Soutenir la première ligne, l’immédiat arrière front
  • Vue Lidar - Le « Borrieswald Lager », un grand camp allemand de troisième ligne.
informations
Auteur
  • Yves Desfossés
    Conservateur régional de l'archéologie de Champagne-Ardenne
Mots-clés
Diaporama (série d'images thématique)