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La Genèse de l'album Cicatrices de guerre(s)

Dessin extrait des Assis de Stéphane et Damien Cuvillier
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

En 2008, l'association amiénoise On a Marché sur la Bulle a créé un département éditorial, les éditions de la Gouttière, avec l'idée de proposer deux collections, l'une destinée aux bandes dessinées pour les primo-lecteurs et une autre qui permettrait aux auteurs en région Picardie d'écrire, dessiner et publier des histoires courtes. Ce format, entre 4 et 8 pages, permet d'expérimenter, de stimuler de nouvelles collaborations et de trouver de nouveaux lecteurs. Les éditions de la Gouttière étaient alors à la recherche d'un thème pour un premier recueil collectif d’histoires courtes.

Pratiquement dans le même temps, à l'initiative de la bibliothèque départementale de la Somme, l'association On a Marché sur la Bulle a rencontré les équipes de l'Historial de la Grande Guerre situé à Péronne, et s'est associée en tant que conseillère scientifique au cycle d'expositions qu'a proposé l'Historial en 2009. Après une grande exposition Tardi au premier semestre, une exposition collective intitulée Mobilisation générale a permis de faire un tour d'horizon des productions du 9e art en lien avec 14-18, questionnant la façon dont les bandes dessinées ont contribué à faire évoluer notre imaginaire sur cette thématique.

L'opportunité de la collaboration avec l'Historial nous a rapidement donné envie de faire du premier collectif de la Gouttière un recueil d'histoires courtes sur la Grande Guerre. Les trois départements de la région Picardie sont tous concernés au premier chef par ce conflit, toutes les familles véhiculent des histoires liées à ce début de siècle tourmenté, le sujet était à la fois fédérateur et puissant. Tous les auteurs vivant sur le territoire ont été approchés, et 22 d'entre eux ont répondu favorablement. Après une visite des auteurs à Péronne, dans le musée et sur les champs de bataille environnants, chacun a commencé à peaufiner son thème, son angle, à réfléchir et à écrire, le livre était lancé... Nous avons eu la chance que deux auteurs majeurs et emblématiques acceptent de partir au projet, deux Grands Prix d'Angoulême, à savoir Paul Gillon et Daniel Goossens. Paul Gillon, maître incontesté de la bande dessinée réaliste du XXe siècle, a même accepté de réaliser la couverture et les pages de garde de l'ouvrage. Ces illustrations fortes resteront parmi les dernières qu'il ait publiées.

Le principe du livre et des 15 histoires courtes qui y sont publiées est que, dans chacune des histoires, l'un au moins des auteurs vit et travaille en Picardie. De fait, 19 des 22 auteurs sont issus de la Somme, de l'Aisne ou de l'Oise. Aucun thème n'était imposé, car nous voulions des angles différents et complémentaires. C'est ainsi que certains ont choisi d'illustrer des textes d'époque (de Roland Dorgelès, par exemple), d'autres ont choisi de raconter la guerre à travers les yeux des enfants, certains ont introduit la notion de transmission et d'autres encore ont voulu parler des industries de guerre. Ce regard pluriel fait une grande partie de l'intérêt de Cicatrices de guerre(s). De plus, confronté à un thème fort et lourd, chacun a voulu donner le meilleur de soi, et les critiques littéraires sur le livre ont démontré que cet objectif était atteint.

Le livre a été présenté en avant-première à l'Historial de la Grande Guerre de Péronne le 11 novembre 2009. Presque tous les auteurs étaient présents, et se sont livrés à l'exercice de la dédicace, mais ont aussi réalisé une fresque sous les yeux des visiteurs. Une exposition des originaux du livre a été présentée dans la galerie d'accès de l'Historial du jour de l'inauguration à la fin de l'année 2009. Une exposition de panneaux sur le livre a également été créée, et circule encore aujourd’hui dans les réseaux des médiathèques départementales. Des enseignant se sont emparés du livre et nous ont proposé des fiches pédagogiques, que nous avons mises en ligne sur le site de la maison d'édition, permettant leur exploitation en classes.

Ce collectif a engendré de nombreuses rencontres, petites histoires et anecdotes, et elles ne peuvent toutes être racontées ici, bien entendu. Cependant, l'une d'entre elles mérite peut-être qu'on s'y attarde. Hardoc et Régis Hautière avaient un projet de bande dessinée sur une bande d'enfants français qui se retrouvent coincés derrière les lignes allemandes, suite à un mouvement rapide et nocturne du front. Au moment de la sortie de Cicatrices, ce projet n'avait pas encore trouvé d’éditeur. Les auteurs ont eu l’idée de nous proposer pour le collectif une histoire mettant en scène les jeunes héros qu'ils avaient imaginé, et qu'ils rêvaient de faire vivre au long d'une série. C'est le collectif à la main, et avec les planches originales sous le bras, que les auteurs ont été rencontrer les éditions Casterman quelques semaines seulement après la sortie du livre. L'éditeur a aimé et a signé ce très beau projet, qui s'appelle aujourd'hui La Guerre des lulus.

Extraits et esquisses de Cicatrices de guerre(s)