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À la recherche des Disparus de la Grande Guerre

La Recherche des Disparus - édition n°61 du 14 janvier 1917
© Gallica
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Un nouveau défi collaboratif a été lancé le 13 novembre dernier, à l’initiative de Jean-Michel Gilot (1 Jour – 1 Poilu), afin de faciliter la recherche d’informations sur les disparus de la Grande Guerre. Les internautes sont invités à indexer et à identifier les disparus figurant dans les colonnes du journal de l’association française pour la recherche des disparus, paru entre 1915 et 1917, sous le titre La recherche des disparus. Ils sont nombreux, ces militaires et civils européens dont on a perdu la trace pendant le conflit, en raison des combats, des évacuations et des déportations.

La question du sort des disparus s’est posée dès les premières semaines du conflit, en raison de l’exode des populations civiles, de la confusion engendrée par les combats, de la dislocation des unités, de la capture de milliers de soldats et des effets de la puissance de l’armement, qui pulvérise les corps. Avec la stabilisation du front, qui a mis fin à l’exode des populations civiles, le nombre des disparus a diminué et s’est stabilisé, remontant lors des grandes offensives.

Les familles en proie à l’inquiétude se sont mises en quête de leurs disparus pendant et après la guerre. L’État a cherché à jouer un rôle de facilitateur, en s’appuyant à la fois sur le bureau de renseignements du ministère de la Guerre et sur l’agence des prisonniers de guerre de la Croix-Rouge française. Une initiative privée complémentaire a vu le jour, avec l’Association française pour la recherche des disparus, éditrice d’un journal intitulé La recherche des disparus.

Le bureau de renseignements aux familles, rattaché au cabinet du ministre de la Guerre, a pour mission principale de rechercher les disparus. Il centralise tous les renseignements relatifs aux soldats blessés, malades, captifs, morts ou disparus. Ensuite, il transmet ces informations aux dépôts des unités, lesquelles doivent aviser officiellement la personne désignée par chaque soldat pour recevoir de ses nouvelles, et répondre aux demandes des familles.

D’après les conventions de La Haye et de Washington, les agences nationales de la Croix-Rouge exercent auprès des prisonniers de guerre une action d’assistance et doivent permettre la mise en relation des captifs avec leurs familles. Les camps de prisonniers transmettent les listes de détenus aux autorités politiques, qui les font suivre à la Croix-Rouge nationale, laquelle les fait remonter au Comité international de la Croix-Rouge à Genève. Ce dernier les transmet aux agences nationales de la Croix-Rouge dans les pays adverses, en vue de l’information aux familles. L’Agence des prisonniers de guerre de la Croix-Rouge française, installée sur l’avenue des Champs-Elysées à Paris, est ainsi une source nationale officielle de renseignements sur les prisonniers.

73 éditions publiées en trois ansExtrait du journal La Recherche des Disparus - édition de janvier 1907

L’Association française pour la recherche des disparus, installée à Lyon, est placée sous le haut patronage de la Société de secours aux blessés militaires et rattachée à l’Agence des prisonniers de guerre de la Croix-Rouge française. Elle s’est fixé deux missions : la recherche des disparus, sans concurrencer les circuits officiels, et la facilitation des retrouvailles. Elle intervient après épuisement des moyens d’information traditionnels mis à la disposition des familles. Dans le journal de l’association, intitulé La recherche des disparus, les familles font paraître une annonce avec le nom des disparus recherchés (militaires, rapatriés belges, rapatriés anglais et civils français). Par ailleurs, grâce à son réseau de correspondants à l’étranger, le journal publie des listes de personnes internées, hospitalisées, réfugiées, rapatriées de Suisse, mais aussi des noms de personnes voulant se signaler (en indiquant leur nouvelle adresse par exemple). On y trouve également des petites annonces, ainsi que des listes de camps de prisonniers français en Allemagne et, ce qui est plus rare, dans l’Empire Ottoman.

Au total, 73 numéros de ce journal ont été publiés entre février 1915 et décembre 1917, selon une périodicité irrégulière. Cela représente près de 50 000 noms de militaires et de civils, accompagnés parfois de quelques renseignements complémentaires (prénom, unité, date de disparition, adresse) et de photographies. Ces numéros sont aujourd’hui consultables sur Gallica.

Un nouveau projet d'indexation participatif

Le projet d’indexation et d’identification proposé par Jean-Michel Gilot aura pour conséquence de faciliter considérablement les recherches. En effet, il est proposé d’indexer les informations suivantes : nom, prénoms, grade, âge, date de disparition et parfois lieu, corps de troupe (régiment) et unité élémentaire (compagnie, escadron ou batterie). Ce dernier niveau d’information, qu’on ne trouve pas souvent dans les archives, présente un grand intérêt parce qu’il permet d’affiner les recherches sur des combattants, notamment dans les journaux des marches et opérations. L’indexation des noms figurant dans ces listes de disparus devrait également faciliter les croisements avec d’autres bases de données, telle Mémoire des hommes, ce qui permettra de savoir si les soldats recherchés sont réapparus après la guerre ou s’ils sont morts et, le cas échéant, s’ils ont une sépulture.

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