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Les rugbymen australiens pendant la guerre de 1914-1918

Anzac Day, Villers-Bretonneux.
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

L’Australie dans la Grande Guerre

L’Australie en 1914 est un dominion de l’Empire britannique. Le Premier ministre australien Joseph Cook affirme ainsi dès le 31 juillet 1914 : «  Souvenez-vous que lorsque l’Empire est en guerre, l’Australie est aussi en guerre. » Le 4 août, le parlement australien décide de mettre à disposition de l’Empire une flotte et une force militaire pour la durée de la guerre, l’Australian Imperial Force (AIF). Elle formera un corps commun avec les troupes néo-zélandaises dans l’ANZAC (Australian and New Zealand Army Corps) sous commandement anglais.

Le 25 avril 1915, les volontaires de l’ANZAC connaissent leur baptême du feu à Gallipoli sur la côte de la Turquie actuelle, alors Empire ottoman. Les troupes australiennes comptent 8 500 tués et près de 20 000 blessés. Dès 1916, cet ANZAC Day est commémoré comme « date de naissance de l’entrée de l’Australie dans la politique et dans l’histoire mondiale ». Il marque la naissance de l’Australie comme nation.

Le volontariat reste alors la base de la formation de ce corps, qui comptera quelques 500 aborigènes. Les troupes de l’ANZAC participent également à la bataille de la Somme en juillet 1916. Les Australiens se battent à Fromelles et surtout au moulin de Pozières où ils perdent en 45 jours près de 23 000 hommes. Relevés que le 6 septembre, les Australiens ont réussi la prise de Pozières, seule victoire significative de la bataille de la Somme.

Les ANZAC combattent en avril 1917 à Bullecourt, à Messines (Belgique) en juin de la même année, puis à Ypres et à Passchandaele. Les Australiens combattent désormais dans un corps d’armée propre à 5 divisions. En 1918, le 25 avril, trois ans après Gallipoli, les troupes australiennes reprennent, au prix de lourdes pertes, Villers-Bretonneux près d’Amiens. Elles participeront aux offensives victorieuses de la fin de l’année 1918.

Au total, ce sont 31 3000 Australiens qui participèrent aux combats sur le front occidental, et 60 000 qui mourront sur les différents champs de bataille. D’autres ont trouvé la mort par dizaines de milliers dans le Pacifique.

Le gouvernement australien a souhaité disposer de son propre mémorial national érigé à Villers-Bretonneux dans la Somme où chaque année est célébré l’ANZAC Day le 25 avril. Sur le monument aux morts, figurent les noms de 15 Diggers aborigènes. 

Les rugbymen-combattants

On estime que cinq mille rugbymen australiens se sont engagés pendant la guerre. Beaucoup d’entre eux ont été tués. Le rapport annuel de la NSWRU (New South Wales Rugby Union) contient, par exemple, la liste des noms de cent quinze anciens joueurs décédés en 1916. Un grand nombre d’autres rugbymen australiens ont été blessés, estropiés et démobilisés. Voici les noms de quelques joueurs australiens célèbres morts pendant la Première Guerre mondiale :

  • Harold Wesley George, mort le 10 mai 1915 à l’âge de 28 ans ;
  • Bryan Desmond Hughes MC, mort le 6 août 1918 à l’âge de 32 ans ;
  • Hubert A Jones, mort le 9 juillet 1918, à l’âge de 28 ans ;
  • Blair Swannell, mort le 25 avril 1915, à l’âge de 39 ans ;
  • Fred Thompson, tué lors de l’attaque du 29 mai 1915, à l’âge de 25 ans ;
  • Jack Verge, mort le 8 septembre 1915, à l’âge de 35 ans.

Voici les courts portraits de quatre de ces hommes qui ont joué un rôle important dans l’histoire de leur pays :

Tom Richards (1882-1935)

Il commence sa carrière en 1899. Avant la guerre, il joue à Brisbane et à Sydney mais également à Bristol et dans le sud de la France. En 1908, il participe aux Jeux Olympiques de Londres pendant lesquels l’Australie a remporté la médaille d’or. Le 26 août 1914, il rejoint l’AIF. En avril 1915, il se bat à Gallipoli. Il part en Egypte en janvier 1916 puis est envoyé sur le Front Ouest deux mois plus tard. Il est alors exposé aux gaz, ce qui lui causera toute sa vie des problèmes respiratoires. En juin 1917, il est nommé lieutenant. Mais, suite à un problème aux épaules, il est évacué une première fois en 1917, puis une seconde en mai 1918. Il survit à la guerre et rentre à Sidney en 1919. Il meurt en 1935 de la tuberculose.

Edward Rennix ‘Teddy’ Larkin (1880-1915)

Edward Larkin était rugbyman au Endeavour Rugby Club de Sidney - dans lequel il a été capitaine à partir de 1903 -, et engagé dans les forces de police et parlementaire pour le parti travailliste à partir de décembre 1913. Lorsque la guerre est déclarée le 15 août 1914, lors du match opposant l’équipe australienne aux All Blacks à Sidney, il décide de s’engager dans l’AIF. Il quitte l’Australie pour l’Egypte en octobre 1914. Il meurt le 25 avril 1915 à Gallipoli. Un requiem est prononcé en son honneur à la cathédrale Sainte Marie de Sydney. Il reçoit, à titre posthume, la médaille de la Victoire et celle de la Guerre britannique.

William Tasker (1892-1918)

Il commence sa carrière en 1912 au Newtown Rugby Club dans lequel il devient capitaine. Cette même année, il est incorporé dans l’équipe nationale australienne. En janvier 1915, il s’engage dans l’AIF. Il participe à la bataille de l’Anzac Cove le 25 avril 1915. Lors de la campagne de Gallipoli, il est blessé. Il est alors rapatrié en Australie. En 1916, il est cependant réintégré dans l’armée sur le Front Ouest. Il meurt lors du deuxième jour de la bataille d’Amiens, trois mois avant la fin de la guerre. Il est enterré à Villiers-Bretonneux.

Clarrie Wallach (1889-1918)

Entre 1913 et 1914, il a joué cinq fois pour l’Australie. Pendant la guerre, il s’engage tout comme ses trois frères, Arthur, Neville et Rupert. En mai 1915, il est nommé lieutenant du dix-neuvième bataillon de la cinquième brigade. Après avoir suivi un entraînement militaire en Egypte, il est envoyé à l’Anzac Cove, en août 1915, puis sur le Front Ouest en août 1916 où il participe à la bataille de Pozières. Un an plus tard le 17 août 1917, il est nommé capitaine. Blessé dans la Somme, il est amputé mais la gangrène finit par le tuer le 22 avril 1918. Il est enterré à Etretat.

On connaît un peu mieux l’histoire de ces rugbymen-combattants grâce une série de lettres envoyées à leurs proches et racontant leur expérience à Gallipoli. Elles ont été publiées par un journal sportif populaire à l’époque, The Referee. Les joueurs y parlent de leur désir de retrouver leur foyer et ceux qu’ils aiment. Ils y évoquent également l’espoir de pouvoir, un jour encore, goûter à la joie de jouer au rugby.