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Exposition "Photographes de guerre" au Mémorial de Verdun

Photographe dans la tranchée de Saint-Thomas-en-Argonne
© Édouard Brissy / Collection Létant
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Du 28 avril au 1er octobre 2017, le Mémorial de Verdun présente une exposition temporaire consacrée à 160 ans de photographie de guerre. Un des chapitres est tout entier consacré à 14-18 ; grâce aux nouvelles techniques de prise de vue, la Grande Guerre est le premier grand conflit massivement photographié. Quatre personnalités sont particulièrement mises en avant : Michel Gérald, Jean-Baptiste Tournassoud, Edouard Brissy et Charles Grauss.

Les yeux de 14-18

À la veille de la Première Guerre mondiale, la presse s’est considérablement développée et la photographie y prend une place croissante aux côtés des dessins et de la gravure. L’amélioration des techniques de prise de vue et la miniaturisation des appareils facilitent la pratique photographique. La Première Guerre mondiale accélère ces dynamiques et la photographie devient un véritable enjeu dont les autorités politiques et militaires s’emparent.

La recherche d’informations et d’images des populations en guerre est grande. Les demandes d’images par la presse augmentent alors que les journalistes civils ne sont pas autorisés à se rendre sur le front. L’Allemagne et la France prennent aussi conscience de l’impact des photographies qui peuvent alimenter leurs propagandes auprès des pays étrangers. En Allemagne, des correspondants de guerre suivent les opérations dès le début du conflit. La France rejoint cette initiative au printemps 1915 et crée une Section photographique de l’armée (SPA) pour contrer la propagande adverse. Ces images officielles, utilisées à la fois pour montrer la puissance des armées françaises et condamner l’ennemi, sont largement diffusées dans les journaux à grands tirages. A partir d’octobre 1916, l’Allemagne se dote elle aussi d’une Militärische Film und Photostelle sous la tutelle du ministère de la Guerre.

Dès le début de la guerre, pourtant, des images avaient commencé à circuler, s’affranchissant de la censure en vigueur. Les innombrables photographies prises par des amateurs offrent des témoignages singuliers de la guerre. Malgré l’interdiction de prendre des clichés dans la zone des armées, des combattants opèrent au plus près des combats, munis d’appareils photographiques maniables et compacts. Photographies-souvenirs à usage privé, échangées, rassemblées dans des albums ou vendues aux journaux, ces clichés racontent l’environnement humain et l’expérience vécue des soldats. Grâce à leur importante diffusion, elles contribuent à forger une nouvelle culture visuelle de la guerre, plus proche de la réalité vécue des combats et de la vie quotidienne sur le champ de bataille. La Grande Guerre est le premier conflit massivement photographié.

Guerre des images

Dès le début de la guerre, l’Allemagne diffuse ses photographies de guerre dans les pays neutres tels la Suisse et la Hollande grâce à son organisme officiel chargé de la propagande par l’image, le Verkehrsbureau de Leipzig. En France, à la fin de l’été 1914, le ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts lance une campagne de photographie sur les destructions commises par l’armée allemande. Il s’accorde avec les ministères de la Guerre et des Affaires étrangères au printemps 1915 pour mettre en place une Section photographique de l’armée (SPA) et une Section cinématographique de l’armée (SCA). Destinées à contrer la propagande allemande, ces deux sections doivent aussi permettre la constitution d’un fonds documentaire, témoin des actions conduites par les armées françaises et des destructions subies.

La SPA et la SCA sont envoyées sur tous les fronts où les forces alliées sont engagées : front Ouest et front d’Orient, Arabie, Afrique et jusqu’au front russe. Leurs moyens de prise de vue et de tournage sont fournis par le sous-secrétariat aux Beaux-Arts, tandis que les ordres de missions sont signés par le cabinet du ministre de la Guerre. Sur le terrain, les reporters en uniformes militaires sont encadrés et dirigés par un officier d’état-major. Ils travaillent principalement avec des appareils photographiques à plaques de verre de format 6 x 13 cm au gélatino-bromure d’argent, dont la conservation est plus aisée que les pellicules souples en nitrate de cellulose, très inflammables. Ils envoient régulièrement leurs plaques à Paris, où des techniciens travaillent à la retouche, à l’agrandissement et au développement des clichés en triple exemplaires. Un comité de censure visionne ensuite les vues et autorise ou interdit leur diffusion. Environ 800 d’entre elles furent publiées dans la presse durant le conflit.

En février 1917, les deux sections fusionnent pour former la Section photographique et cinématographique de l’armée. À partir de 1919, la section ne produit plus d’images et devient un centre d’archives et de ressources documentaires patrimoniales pour les 120 000 plaques officielles réalisées pendant le conflit.

Interdit de photographier

L’utilisation d’appareils photographiques privés est interdite dans la zone des combats. En dépit de cette réglementation stricte, de nombreux soldats prennent des clichés avec leurs propres appareils. La fabrication d’appareils de petite taille, maniables et dotés de films souples en bobine plutôt que de plaques de verre, facilite cette pratique en amateurs. Le Vest Pocket, le Folding Pocket ou encore le Vérascope Jules Richard font leur apparition sur les champs de bataille et sont très appréciés des combattants. Ces appareils coûteux nécessitent un vrai savoir-faire technique : leur usage est majoritairement le fait de soldats gradés ou de passionnés de photographie.

Les objectifs des soldats s’arrêtent sur des moments choisis de leur quotidien et témoignent de l’horreur vécue, souvent sans autocensure apparente. Les photographies de groupe et les portraits évoquent les liens de camaraderie. Les vues panoramique montrent les paysages traversés, souvent dévastés par la guerre. Contrairement aux opérateurs professionnels de la SPA qui utilisent un matériel assez encombrant, les soldats amateurs prennent des clichés au plus près des premières lignes grâce à leurs petits appareils. En raison du danger, rares sont les photographies prises pendant les assauts et les bombardements. Mais la mort figure sur nombre de leurs clichés tandis que la censure l’occulte largement dans les images officielles.

Cette production s’amplifie sous l’influence des journaux illustrés qui organisent des concours auprès des combattants pour obtenir des photographies du front. En 1915, l’hebdomadaire Le Miroir est l’un des premiers à proposer ces concours, dotés de prix importants. Il veut offrir à ses lecteurs une vision de plus en plus réaliste et sensationnelle de la guerre. Pour la plupart des combattants, les photographies privées restent cependant destinées à un cercle restreint. Souvent échangées ou éditées sous forme de carte-photos, elles sont envoyées aux familles et témoignent de la vie au front. Conscients de participer à un conflit hors norme, les soldats rassemblent ces clichés dans leurs albums personnels de souvenirs.

Informations pratiques

Du 28 avril au 1er octobre 2017
Mémorial de Verdun, 1, avenue du Corps européen, 55 100 Fleury-devant-Douaumont
Plus d'informations : memorial-verdun.fr/event/photographes-guerre

Et aussi :
> Le 11 mai à 18h : ciné-débat "Les Yeux brûlés" en présence du réalisateur Laurent Roth
> Le 16 mai à 18h : conférence "La photographie et la Grande Guerre, de la production à la mémoire", par Laurent Jalabert, maître de conférence à l'Université de Lorraine et conseiller scientifique de l'expostion "Photographes de guerre".