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Les paroles de la Chanson de Craonne

Village de Craonne dévasté, en juin 1917
© Archives départementales de l’Aisne
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

La chanson de Craonne témoigne de la lassitude des soldats et d'un mouvement de contestation naissant au sein de l'armée après l'échec et les terribles pertes de l'offensive du Chemin des Dames menée à l'initiative du général Nivelle en avril 1917.

La chanson dite « de Craonne » est popularisée par les combattants au moment des mouvements collectifs de désobéissance du printemps 1917. La Chanson de Craonne est en réalité issue d’un texte antérieur, La Chanson de Lorette, chantée entre septembre 1914 et septembre 1915 à l’occasion des terribles combats de l’Artois et qui reprend l’air de Bonsoir M’amour, succès du café-concert de 1911. Ensuite, la chanson est transformée pour évoquer le plateau de Champagne au cours de l’automne 1915 puis la bataille de Verdun en 1916 (« C’est à Verdun, au fort de Vaux… »). Les paroles les plus connues sont celles publiées par Raymond Lefebvre en 1919 dans La Guerre des soldats puis par Paul Vaillant-Couturier en 1934 dans le journal Commune, avec de légères différences.

Quand au bout d’huit jours le r’pos terminé
On va reprendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile
Mais c’est bien fini, on en a assez
Personne ne veut plus marcher
Et le coeur bien gros, comm’ dans un sanglot
On dit adieu aux civ’lots
Même sans tambours, même sans trompettes
On s’en va là-haut en baissant la tête

Refrain :
Adieu la vie, adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes
C’est bien fini, c’est pour toujours
De cette guerre infâme
C’est à Craonne sur le plateau
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
Nous sommes les sacrifiés

Huit jours de tranchée, huit jours de souffrance
Pourtant on a l’espérance
Que ce soir viendra la r’lève
Que nous attendons sans trêve
Soudain dans la nuit et dans le silence
On voit quelqu’un qui s’avance
C’est un officier de chasseurs à pied
Qui vient pour nous remplacer
Doucement dans l’ombre sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes

Refrain

C’est malheureux d’voir sur les grands boulevards
Tous ces gros qui font la foire
Si pour eux la vie est rose
Pour nous c’est pas la même chose
Au lieu d’se cacher tous ces embusqués
F’raient mieux d’monter aux tranchées
Pour défendre leur bien, car nous n’avons rien
Nous autres les pauv’ purotins
Tous les camarades sont enterrés là
Pour défendr’ les biens de ces messieurs là

Refrain

Ceux qu’ont l’pognon, ceux-là r’viendront
Car c’est pour eux qu’on crève
Mais c’est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève
Ce s’ra votre tour, messieurs les gros
De monter sur le plateau
Car si vous voulez faire la guerre
Payez-la de votre peau

(Version publiée par Raymond Lefebvre dans La Guerre des soldats, Paris, Flammarion, 1919.)