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Petite bibliothèque du Centenaire

Récits de guerre

Le choix proposé par la Mission du Centenaire est une invitation à découvrir la littérature de la Grande Guerre.

Contre toute attente, les hommes n’ont pas fait silence devant les horreurs de la guerre : plus que jamais, ils ont éprouvé le besoin d’écrire et de parler, d’exprimer leur souffrance, de donner forme à l’inconcevable, de raconter leur vie. Les livres qui jalonnent notre itinéraire de lecture ne sont qu’une infime partie d’un immense massif : essais, plaidoyers, pamphlets, correspondances, carnets de route, journaux intimes, poèmes, proses poétiques, pièces de théâtre, tous les genres s’illustrent, dans toutes les langues, de tous les points de vue. Et depuis cent ans, la production écrite de la Grande Guerre est à la dimension du conflit : mondial, gigantesque, bouleversant.

Pour ouvrir une voie dans le patrimoine littéraire, le choix s’est porté sur des œuvres en prose, la plupart du temps des récits, dont le sujet central est la guerre et, bien souvent, l’expérience combattante. La langue française est mise en valeur : langue maternelle pour la plupart des auteurs, langue apprise et aimée pour d’autres, langue imposée à d’autres encore. Mais aussi langue de traduction et de diffusion : aux œuvres françaises ont été ajoutés quelques classiques de la littérature étrangère disponibles en français.

Le fil d’Ariane est celui de l’histoire littéraire, en écho à l’analyse historique élaborée sur le site de la Mission. Les œuvres se présentent par ordre de publication, en quatre volets :

  • Le temps de la guerre (1914-1919)
  • D’une guerre à l’autre (1920-1939)
  • Après 1945 (1945-1980)
  • Récits contemporains (1980-2014).

Le parcours permet de mesurer et d’observer les flux et les reflux de la Grande Guerre dans la production littéraire, mais aussi dans la mémoire et la conscience des hommes des XXe et XXIe siècles.

Le patrimoine littéraire de la guerre demeure peu connu. D’un côté, le grand public citera Le Feu, Les Croix de bois, À l’ouest rien de nouveau ou, plus près de nous, Les Champs d’honneur, Un long dimanche de fiançailles. De l’autre, les amateurs et les savants disposent d’un panthéon et d’un corpus immenses d’écrits et de témoignages, que viennent sans cesse grossir les inédits et les rééditions. La petite bibliothèque du Centenaire est un pont jeté entre ces deux mondes, prolongé par l’espace pédagogique à disposition sur le site.

Chemin faisant, le lecteur discernera la grande variété des tons et des styles, des personnalités et des sensibilités. Cette singularité propre à l’écriture littéraire n’exclut pas la similitude des expériences, la communauté des thèmes, le partage des jugements. Un siècle après l’entrée en guerre, le conflit entre littérature et témoignage, qui a tant préoccupé – et à juste titre – les anciens combattants, ne peut plus se poser vraiment dans les mêmes termes qu’à l’époque de Jean Norton Cru.

Écoutons un instant deux écrivains français, réputés pour leur qualité littéraire et la valeur de leur témoignage. Le premier, Maurice Genevoix, savait, comme tous ses camarades, que celui qui n’a pas compris avec sa chair ne peut pas parler de la guerre. Mais il savait aussi, en tant qu’écrivain, que la littérature peut faire sentir et comprendre la guerre à qui ne l’a pas faite – c’est notre cas aujourd’hui. Le second, Georges Duhamel, modèle littéraire de Genevoix, a défendu le « témoignage littéraire » dès 1919 : à condition qu’elle soit humaine et vraie, la littérature assure la transmission et garantit la pérennité du témoignage. De 1914 à 2014, les écrivains sont sans conteste un rouage essentiel de la mémoire collective de la Grande Guerre.

Dans sa quête de la vérité, Genevoix a toujours plaidé pour la complémentarité de l’analyse historique et de la parole du témoin. Ajoutons le travail des écrivains, car leur art témoigne de nous et de tout ce qui est humain.

Laurence Campa
Maître de conférence HDR - Paris Est-Créteil