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Le tourisme de mémoire en Alsace

Monument Pilâtre de Rozier de Voellerdingen
© O.T. Alsace Bossue
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

L'Alsace a hérité d'un riche patrimoine mémoriel lié à la Première Guerre mondiale. Des forts allemands de Strasbourg aux vestiges de la guerre en montagne dans le massif vosgien, tous les sites permettent de mieux comprendre l'histoire spécifique de ce territoire et l'importance du devoir de mémoire.

La déchirure de la Grande Guerre

Au déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914, l'Alsace est allemande. Le conflit constitue une épreuve plus douloureuse qu'ailleurs car on trouve des Alsaciens dans les deux camps.

Au début du mois d’août 1914, plusieurs milliers d’Alsaciens s’engagent volontairement dans l’armée française. Des combats parfois fratricides ont lieu sur le front Ouest et un certain nombre d’hommes refusent de monter en ligne face aux troupes françaises. Malgré cette crise de conscience, l’empire allemand mobilise 380 000 Alsaciens-Mosellans dans les rangs de son armée entre 1914 à 1918. L’Alsace est d’autant plus touchée par ce conflit qu’une partie de son territoire se transforme en champ de bataille : c’est le front des Vosges avec des batailles restées mémorables comme celle du Linge ou du Hartmannswillerkopf en 1915.

En novembre 1918, les troupes françaises entrent dans les provinces désannexées dans l'allégresse générale après plus de quatre années de dictature militaire et de rationnement. Cette réintégration de fait est entérinée par le Traité de Versailles du 28 Juin 1919 qui tente d’effacer la défaite de 1870. La région paie toutefois un lourd tribut avec plus de 33 000 combattants morts sur les champs de bataille d’Europe et du monde.

Les traces de la guerre franco-prussienne

Les vestiges du conflit de 1870 sont nombreux en Alsace du nord : champs de bataille, monuments, tombes, sentier des Turcos et musée du 6 août 1870. Suite à la déclaration de guerre de la France à la Prusse, l'Alsace endure les batailles de Wissembourg et de Frœschwiller. Ce combat précipite la chute du Second Empire et entérine le rattachement de l'Alsace et de la Lorraine au Nouveau Reich allemand par le traité de Francfort signé le 19 mai 1871.

On retrouve le style architectural wilhelmien dans le quartier de la Neustadt à Strasbourg. À la suite de l’annexion à l’Empire allemand en 1871, Strasbourg est en effet élevée au rang de capitale du Reischland Elsass-Lothringen (Alsace-Moselle) et fait à cette époque l’objet d’un plan d’urbanisme très ambitieux destiné à illustrer la modernité de l’Empire allemand qui aboutit à la construction d’une nouvelle ville allemande, siège des administrations et de la nouvelle université. Consciente de l’intérêt patrimonial de cet espace, la Ville y a engagé un important projet à travers un inventaire du patrimoine architectural, urbain et mobilier.

La ceinture des Forts de Strasbourg, construite par l’armée impériale allemande entre 1872 et 1880, est composée de 19 ouvrages et se dévoile grâce à l'itinéraire cyclable franco-allemand de « La Piste des Forts », qui associe patrimoine et nature aux portes de la ville avec un parcours de part et d'autre du Rhin, des coteaux de Hausbergen à la vallée de la Bruche, des forêts rhénanes d'Illkirch à celles de la Wantzenau.

Le Fort de Mutzig

La « Feste Kaiser Wilhelm II » de Mutzig, mise en chantier en avril 1893, est la première fortification allemande bétonnée, entièrement cuirassée, ventilée et éclairée par du courant électrique au monde. Cette nouvelle forme d’architecture, appelée fortification éclatée,  transforme ce site en vaste prototype expérimental de 254 ha, de 40 000 m² de surface souterraine utile. Il est armé de 22 tourelles d’artillerie qui en font la plus puissante et la plus vaste unité de fortification existant alors en Europe. Son état de conservation exceptionnel, la qualité des travaux de restauration et son aménagement muséologique concourent à en faire aujourd’hui un site de découvertes architecturales, technologiques et historiques de tout premier plan en Alsace. Les visites guidées proposent une lecture européenne de cette histoire régionale si tourmentée. Le Fort de Mutzig, fortification allemande située aujourd’hui en France, est un lieu de réflexion et de découverte idéal de la réalité franco-allemande.

Les traces de la Première Guerre mondiale

A l'automne 1914, depuis la frontière suisse jusqu’à la mer du Nord en passant par les Hautes-Vosges, le front se stabilise et s’organise progressivement avec la construction de tranchées continues. Pour les deux armées, l’Alsace va devenir, pour toute la durée de la guerre,  un théâtre d’opération secondaire car les Vosges forment une véritable barrière propice à la défense. Les Vosges, seul massif montagneux sur l’ensemble du front français vont nécessiter l’emploi de troupes de montagne et rendre très difficile la logistique militaire.

Le Massif des Vosges

Le Massif des Vosges, dont la ligne de front commence à la frontière Suisse, à proximité du site du km 0 à Pfetterhouse, est dominé par un impressionnant éperon rocheux surplombant le sud de la plaine d’Alsace : le Hartmannswillerkopf. On y accède par le village d’Uffholtz dont l’Abri-Mémoire d'Uffholtz peut constituer une précieuse étape préalable à l’exploration de la montagne « mangeuse d’hommes » qui représente le plus imposant site historique du Massif des Vosges.

Documentant les combats et les conditions de vie des soldats, le musée Serret, inauguré en 1973 à Saint-Amarin, occupe un ancien tribunal qui avait servi, pendant la Grande Guerre, d’hôpital mobile alsacien. En suivant l’ancienne ligne de front vers la vallée Noble se trouve la plus grande nécropole militaire roumaine de France, le cimetière militaire roumain de Soultzmatt, inauguré en 1924 par le roi Ferdinand et la reine Marie de Roumanie.

Le Mémorial du Linge

Les vestiges des combats de la Grande Guerre sont encore nombreux en Alsace: le monument « Pilâtre de Rozier » de Voellerdingen, qui rend hommage aux aérostiers qui survolèrent la région lors du conflit, les sentiers disséminés sur tout le territoire comme à Soultz-les-Bains, au Col du Donon, à Grandfontaine et au Mémorial du Linge près d’Orbey.

L'Ambulance de Mittlach

Aux confins de la vallée de Munster, dans le seul village redevenu et resté français dès 1915, l’Ambulance Alpine de Mittlach, installée dans la cave de la mairie, évoque les batailles moins connues autour de Metzeral en juin 1915, ainsi que la mémoire du général Serret et du colonel Boussat, tombés au Hartmannswillerkopf en décembre 1915.

La tête des Faux

De l’autre côté du val d’Orbey, la Tête des Faux, est un sommet culminant à 1 220 mètres, occupé en 1914 par les Allemands. La bataille de Noël 1914, menée dans des conditions hivernales extrêmes, met 600 hommes hors de combat en une seule nuit. Mais, les Allemands construisent d’impressionnantes fortifications figeant la situation jusqu’à l’Armistice.

Le long de la ligne de tranchées

En suivant le cheminement de l’ancienne ligne de tranchées, le Col de Sainte-Marie-aux-Mines est un poste frontière entre la France et l’Allemagne tenu par les Allemands dès 1914. Les sommets alentours, le Bernhardstein, la Tête du Violu et la côte 607 deviennent le théâtre d’une guerre larvée.

Dans la vallée du Hure, les hauteurs de la Fontenelle sont l’enjeu d’une guerre de positions qui se mue bientôt en guerre des mines. Un monument est inauguré en 1925 près de la nécropole où reposent 2 348 Français.

Près de Moyenmoutier, c’est dans le Val de Senones, ancienne capitale de la Principauté de Salm, que les Allemands se fixent dès le mois de septembre 1914. Le promontoire de la Roche Mère Henry, accroché sur la falaise, devient l’objet d’attaques françaises jusqu’en janvier 1915.

A l’extrême nord du dispositif militaire entre les sommets du Donon et Raon l'Etape, le site de la Chapelotte est le dernier site-témoin de la guerre des mines dans les Vosges. Les Allemands mènent dans ce massif de grès très friable d’étonnants travaux de fortifications dont le Centre d’Interprétation et de Documentation 1914-1918 de Pierre-Percée relate l’épopée.