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Les portraits

Pendant la Première Guerre mondiale, de nombreux peintres ont été mobilisés. Si certains ont dû mettre leur technique au service de la guerre, tous ont essayé de rester en contact avec leur art pendant le conflit. L’expérience de la guerre modifie leur regard, leur façon de représenter et finalement influence grandement leur technique. Réaliser des autoportraits, des portraits d’amis ou d’inconnus avant, pendant ou après le conflit est une manière d’exprimer les conséquences de la guerre. Ces portraits sont autant de témoignages de la place particulière qu’occupe l’individu dans la guerre moderne.

William Orpen, Ready to Start (Prêt au départ)

William Orpen, Ready to Start (Prêt au départ), 1917, 60 x 50,8 cm, huile sur toile, Imperial War Museum, Londres

Suite à des études artistiques, William Orpen, irlandais, devient au cours du premier conflit mondial un peintre officiel de l’armée britannique. Accrédité en qualité de portraitiste, il est envoyé en 1917 sur le front de l’Ouest pour représenter généraux, soldats et prisonniers.
Dans cette toile post-impressionniste, William Orpen se représente prêt au départ. Le 10 juin 1917, il est à Cassel et s’apprête à visiter le front. En s’affublant d’une fourrure et en montrant le confort de sa chambre, avec profusion de bouteilles, il illustre le paradoxe entre sa situation du peintre et celle des soldats dans les tranchées.

Pablo Picasso, Guillaume de Kostrowitzky, artilleur, 1914, encre et aquarelle sur papier, 23 x 12,5 cm

Ce dessin figure un Guillaume Apollinaire, Guillaume de Kostrowitzky de son vrai nom, qui s’engage avec ardeur dans la Première Guerre mondiale. Alors citoyen russe, Apollinaire entre volontairement dans l’armée française dès 1915 malgré la méfiance que ses origines suscitent auprès de l’opinion publique. Il rejoint d’abord le 38e régiment d'artillerie de campagne puis le 96e régiment d'infanterie avec le grade de sous-lieutenant. Il ne sera naturalisé que le 9 mars 1916.

Lovis Corinth, Bildnis Hermann Struck (Portrait d'Hermann Struck), 1915, huile sur toile, 80,5 x 59,5 cm, Städtische Galerie im Lenbachhaus, Munich

Lovis Corinth (Franz Heinrich Louis Corinth, 1858-1925) est un peintre allemand. Élève aux Beaux-Arts près de Konigsberg, il poursuit sa formation artistique à Munich puis à Paris dans l’atelier Bouguereau. Représentant d’un courant particulier de l’impressionnisme, membre de la Sécession locale aux côtés de Max Liebermann et considéré comme l’un des précurseur de l’expressionisme allemand, il commence à vivre de son art dès la fin du XIXe siècle.

Corinth a toujours peint d'après un modèle. En 1915, il dresse le portrait de son ami Hermann Struck, artiste juif allemand surtout connu pour ses gravures. Dans sa tenue d’officier, ce dernier, grave et mélancolique, figure la distance et l’inquiétude qu’éprouvent les deux artistes face à la ferveur ambiante.

Max Beckmann, Selbstbildnis als Krankenpfleger (Autoportrait en infirmier), 1915, huile sur toile, 55,5 x 38,5 cm, Von der Heyt Museum, Wuppertal

Max Beckmann (1884-1950) est un peintre et dessinateur allemand. Il suit une formation artistique aux Beaux-Arts de Weimar et dès 1906, associé au mouvement expressionniste, il commence à exposer ses œuvres à Berlin. Au début de la Première Guerre mondiale, il se porte volontaire et est envoyé en qualité d’infirmier brancardier à Wervik, à la frontière franco-belge, près du front. Témoin des premières attaques au gaz près d’Ypres, il plonge dans une profonde dépression nerveuse. Il est démobilisé en 1915. Cette expérience bouleverse profondément son art.

Cet autoportrait montre le peintre en uniforme d’infirmier. La couleur quasi absente traduit l’angoisse qu’il éprouve au contact de la violence du conflit.

Egon Schiele, Heinrich Wagner, Leutnant i.d. Reserve (Portrait du lieutenant de réserve Heinrich Wagner), 1917, craie noire et couleur opaque sur papier, Heeresgeschichtliches Museum, Vienne

Egon Schiele (1890-1918) est un peintre et dessinateur autrichien. Après avoir étudié à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne, il fonde avec ses amis le Neukunstgruppe, Le Groupe pour le Nouvel Art. Son œuvre est empreinte d’influences venant des mouvements surréalistes et expressionnistes de l'époque. Rapidement, il se consacre au portrait auquel il apporte une certaine sobriété dans la forme pour mieux se concentrer sur le personnage et son état émotionnel.

Dans ce portrait, Schiele s’attache à représenter le lieutenant de réserve Heinrich Wagner. Après trois ans de guerre et plusieurs médailles le visage de cet homme, son regard et sa posture, traduisent un certain abattement. Heinrich Wagner incarne l’expérience de guerre et l’aversion qu’inspire à l’artiste l’expérience des combats.

Egon Schiele, Russischer Kriegsgefangener (Officier russe), 1915, crayon et gouache sur papier, 44,9 x 31,4 cm, Albertina, Vienne

Peintre et dessinateur autrichien, Egon Schiele (1890-1918) est mobilisé en 1915 et affecté à la garnison de Prague. Il est classé apte aux fonctions de bureau, sans arme, bien que la menace d’être envoyé au front plane sans cesse sur lui. Ses premières prérogatives consistent à garder les prisonniers russes. En 1916, il est envoyé comme secrétaire à Mühling, dans le sud de l’Autriche. Ses tâches sont alors purement administratives. En 1917, il est de nouveau muté à un service d'intendance à Vienne.

Le portrait de l’officier russe date de l’époque à laquelle il est chargé de surveiller les prisonniers faits par l’armée austro-hongroise sur le front oriental. Il en profite alors pour peindre ces hommes qu’il fréquente quotidiennement. Dans ce portrait, Schiele présente un homme, un semblable et non un ennemi.

André Mare, Autoportrait, 1916, carnet 2, p. 7, encre et aquarelle sur papier, Historial de la Grande Guerre, Péronne

Artiste, décorateur et peintre, membre fondateur de l’Art-déco, André Mare (1885-1932) reçoit une formation de peintre et, dès les années 1910, devient décorateur. Au Salon d’automne de 1912, il devient célèbre grâce à sa maison cubiste. Le 2 août 1914, il rejoint sa compagnie à Cherbourg. En 1915, il est recruté à la section camouflage. En 1916, il est chargé de former les britanniques puis les italiens aux nouvelles techniques de camouflage.

Lorsqu’il part au front, il emporte avec lui une boite d’aquarelles, un appareil photo et des carnets. Ce matériel lui permet de consigner au quotidien son expérience de soldat. Au départ figuratives, ses aquarelles sont de plus en plus cubistes, comme si les formes géométriques correspondaient plus aux machines qu’il devait camoufler. Dans cet autoportrait réalisé en 1916, il reprend cette même technique pour se représenter en soldat.

Otto Dix, Selbstbildnis als Soldat (Autoportrait en soldat), 1914, huile sur papier, recto verso, 68 x 53,5 cm, Galerie municipale, Stuttgart

Otto Dix, Selbstbildnis mit Artillerie-Helm (Autoportrait au casque d'artilleur), 1914, huile sur papier, recto verso, 68 x 53,5 cm, Galerie municipale, Stuttgart

Peintre allemand expressionniste, Otto Dix (1891-1969) reçoit une formation classique à l’école d’art de Dresde à partir de 1910. Il réalise entre 1920 et 1924 une série d’œuvres dans lesquelles il exprime son antimilitarisme et sa haine de la guerre dans un style durement réaliste.

Ces deux autoportraits, peints sur une même feuille, inaugurent sa création artistique relative à la Grande Guerre avant même qu’il ne parte pour le front. Au recto, dans l'Autoportrait en soldat, son visage tourné vers la lumière rouge symbolise à la fois la montée de la violence et l’attraction de la brutalité. Au verso, l'Autoportrait en artilleur montre quant à lui un soldat tapi dans l’ombre. Seules les dorures des symboles martiaux ressortent de l’uniformes et font disparaître l’homme.

Otto Dix, Selbstbilnis als Schießscheibe (Autoportrait en cible), 1915, huile sur papier, 72 x 51 cm, Otto Dix Foundation, Vaduz

Quand la Première Guerre mondiale est déclarée en 1914, Otto Dix (1891-1969) s'engage comme volontaire dans l'artillerie de campagne allemande. En 1915, il suit une formation de mitrailleur et prend part à de nombreuses attaques en Champagne, dans la Somme ou sur le front oriental, en Russie.

Fidèle aux percepts de la peinture expressionniste, ses toiles tendent à représenter la subjectivité pour susciter chez le spectateur une forte réaction émotionnelle. L’Autoportrait en cible montre un soldat dont les traits volontairement grossiers du visages, et surtout le regard, traduisent un sentiment de dépersonnalisation. Il ne s’agit plus d’Otto Dix mais d’un simple soldat devenu une cible dans la guerre.

Jean Metzinger, Soldat jouant aux échecs, 1916, The David and Alfred Smart Museum of Art, The University of Chicago

Jean Metzinger (1883-1956) suit une formation artistique aux côtés d’Hypolitte Touront, célèbre portraitiste. Dans son atelier, il apprend à peindre de façon académique et conventionnelle mais s’intéresse de près aux bouleversements artistiques de son époque et est rapidement attiré par le courant néo-impressionniste. Sa peinture est de plus en plus géométrique jusqu’à se tourner en 1909 vers ce qui sera qualifié plus tard de cubisme analytique.

Le Soldat jouant aux échecs soulève cette question : comment figurer la guerre moderne ? Loin des représentations de l’horreur des combats, il utilise deux symboles pour montrer la dureté de la guerre et la dépersonnalisation dont souffrent les individus : le jeu d’échec et l’anonymat du soldat. 

Erich Heckel, Zwei Verwundete (Deux soldats blessés), 1915, xylographie sur papier, Musée Folkwang, Essen

Peintre et graveur allemand lié au courant expressionniste, Eric Heckel (1883-1970) suit une formation en architecture à Dresde où il rencontre Kirchner. Avec lui, il fonde le groupe Die Brücke, Le pont, mouvement artistique basé sur l’immédiateté de l’expression des émotions et de la subjectivité de l’artiste qui conduit notamment à une certaine rapidité dans l’exécution des toiles et à l’usage de couleurs vives ou violemment opposées.

Deux soldats blessés est un dessin réalisé à partir d’une gravure sur bois. Cette gravure effectuée à l’aide de ciseaux, d’une pointe voire d’un canif, ne permet pas la subtilité mais correspond à la brutalité du motif. Les deux soldats représentés sont des mutilés. Le premier est blessé, le second à l’arrière plan semble expirer. 

Ernst Ludwig Kirchner, Selbstb ilnis als Soldat (Autoportrait en soldat), 1915, huile sur toile, 69,2 x 61 cm, Allen Memorial Art Museum, Oberlin College, Ohio

Peintre et graveur proche du mouvement expressionniste allemand, Ernst Ludwig Kirchner (1880-1938) étudie d’abord l’architecture à l'École supérieure technique de Dresde. Il est l'un des membres fondateurs du groupe Die Brücke, Le pont, groupe avant-gardiste du début du XXème siècle. En 1915, il est affecté au 75ème régiment d’artillerie mais est rapidement réformé pour cause de profonde dépression nerveuse.

Dans son Autoportrait en soldat réalisé en 1915, Kirchner se représente sous des traits caricaturaux qui lui confèrent une expression désabusée. Dans son atelier d’artiste évoqué en arrière-plan, il se représente en uniforme de soldat, amputé de la main droite. Cette mutilation est symbolique : elle matérialise l’angoisse et la peur du peintre de ne pas pouvoir exercé son art pendant et après le conflit.  

Amedeo Modigliani, Chaïm Soutine, Portrait par Modigliani, 1917, huile sur toile, 91,7 x 59,7 cm, Chester Dale Collection, National Gallery of Art, Washington D.C

Modigliani (1984-1920) est un peintre et sculpteur italien. D’abord peintre figuratif, à partir des années 1910 il fréquente l’avant-garde parisienne, les portraits qu’il réalise alors montrent des visages aux formes allongées, jusqu’à la distorsion et la disproportion.

Peintre d’origine biélorusse, Chaïm Soutine (1893-1943) est le modèle de ce portrait. Étudiant aux Beaux-Arts de Vilnius, en 1913, il part pour Paris où il rejoint la cité d’artistes La Ruche. Lorsque la guerre éclate, Soutine se porte volontaire pour servir sous le drapeau français et part creuser des tranchées en qualité de terrassier. Il est rapidement réformé en raison de son état de santé fragile. Il obtient ensuite de la Préfecture de Police un permis de séjour au titre de réfugié. À son retour, il rencontre Modigliani qui, en ami, réalise des portraits de lui. Modigliani n’a pas pu participer aux combats à cause de sa santé précaire. Ce portrait montre Chaïm Soutine à son retour de guerre avant qu’il ne se révèle comme peintre de talent. Surtout, cette toile montre une nouvelle forme d’expressionnisme qui prend forme à la suite de la Première Guerre mondiale : l’expressionnisme flamand.

  • William Orpen, Ready to Start (Prêt au départ)
  • Pablo Picasso, Guillaume de Kostrowitzky, artilleur
  • Lovis Corinth, Bildnis Hermann Struck (Portrait d'Hermann Struck)
  • Max Beckmann, Selbstbildnis als Krankenpfleger (Autoportrait en infirmier),
  • Egon Schiele, Heinrich Wagner, Leutnant i.d. Reserve (Portrait du lieutenant de réserve Heinrich Wagner)
  • Egon Schiele, Russischer Kriegsgefangener (Officier russe)
  • André Mare, Autoportrait
  • Otto Dix, Autoportrait en soldat / Autoportrait en casque d'artilleur
  • Otto Dix, Selbstbilnis als Schießscheibe (Autoportrait en cible)
  • Jean Metzinger, Soldat jouant aux échecs
  • Erich Heckel, Zwei Verwundete (Deux soldats blessés)
  • Ernst Ludwig Kirchner, Selbstb ilnis als Soldat (Autoportrait en soldat)
  • Amedeo Modigliani, Chaïm Soutine
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