Robert de Fréville (19 décembre 1882-1er septembre 1914)

Robert de Fréville (19 décembre 1882-1er septembre 1914)

Robert de Fréville.
© Ecole nationale des chartes
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Né à Paris, d'une vieille famille normande, archiviste paléographe et licencié en droit, le baron Robert de Fréville de Lorme partit à la mobilisation comme lieutenant d'infanterie ; sa mort au champ d'honneur est de celles qui-auront atteint le plus cruellement l'École des Chartes. Le goût de l'histoire était pour lui un héritage de famille. Son grand-père, Ernest de Fréville,- avait appartenu jadis à l'École ; malgré, la brièveté de sa carrière, il sut par des travaux relatifs à l'histoire de sa province natale, notamment sur le Commerce maritime de Rouen au moyen âge, sur les Grandes Compagnies, prendre une placé honorable parmi les érudits du siècle dernier. Son père, Marcel de Fréville, occupait les loisirs que lui laissaient ses fonctions de conseiller à la Cour des comptes à l'étudè de notre vieille littérature, et on lui doit une édition d'un traité moral de Philippe de Novare, dans la collection de la Société des anciens textes français. Robert de Fréville n'avait donc qu'à marcher dans la voie que lui avaient ouverte son aïeul et son père. L'intelligence très éveillée et l'activité réfléchie du jeune érudit, héritier de ces goûts ancestraux, s'étaient de préférence portés vers les études juridiques. Sa thèse, qu'il intitula : Les voies de recours devant l'Échiquier de Normandie au XIVe siècle, avait été très remarquée. Mais, à ses yeux, ce n'était là qu'un essai ; quelques éloges que le jury lui eût décernés, il se refusa à livrer son travail au public avant de l'avoir poussé à la perfection ; le remaniement projeté n'avait pas encore atteint sa forme définitive lorsque la guerre éclata. Mais, entre temps, il en avait confié un chapitre à la Nouvelle Revue historique de droit, où parut également une étude sur l'organisation judiciaire en Normandie aux xne et xme siècles ; et on lui doit encore un mémoire sur les Fondions des avocats normands au XIVe siècle, imprimé dans le volume du Congrès du Millénaire normand. Ces différents écrits témoignent d'une connaissance solide de l'histoire du droit français, comme aussi d'une aptitude particulière à conduire des recherches historiques avec méthode et à en exposer le résultat dans un langage clair et précis. Secrétaire, depuis un an à peine, de la rédaction de la Nouvelle Revue historique de droit, suppléant momentané, en 1914, du professeur Paul Viollet, dans son enseignement à l'École des Chartes, il accomplissait cette double tâche à la satisfaction de tous, maître et élèves, et s'était montré aussi capable d'instruire que de diriger une importante publication périodique : beaucoup de tact, de patience, de l'ordre et de la méthode, une extrême délicatesse et une grande égalité d'humeur étaient ses qualités maîtresses. Un brillant avenir lui était assuré. L'École pouvait être fière de son élève ; elle était prête à le lui prouver en lui offrant la chaire d'histoire du droit qui allait être prochainement vacante. Le coup qui nous l'a ravi a brisé une existence et un foyer pour lesquels tout pouvait être bonheur et espérance ; il n'en est que plus cruel. Le 1er septembre, Robert de Fréville fut chargé de tenir tête, avec sa compagnie, aux Allemands qui subitement débordaient nombreux d'un petit bois à la lisière de la commune de Gercourt (Meuse). Un obus lui broya atrocement l'épaule ; il chancela et ne rendit le dernier soupir que quelques heures après, au milieu de souffrances indicibles, et en pleine connaissance, à l'ambulance d'Esnes, où en hâte il avait été transporté. Si peu qu'il ait vécu, il a eu le temps de prouver qu'il eût rehaussé encore dans l'érudition et la vie sociale le nom qu'il portait.