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Le Musée de l'image d'Épinal

Le Musée de l'image a sélectionné ces documents dans son fonds 14-18.

Graines de poilus, 1917

Graines de poilus, 1917. Lithographie coloriée au pochoir. Attribué à Georges Morinet, illustrateur. Pellerin & Cie, Epinal. Coll. Musée de l’Image, dépôt MDAAC

Future relève, l’enfant est « abasourdi » d’images dans lesquelles son avenir ne fait aucun doute : son père a déposé sa graine pour qu’il prenne sa suite. Encore en lange, le bambin, « graine de poilu », a déjà le costume de son père, tirailleur, alpin, fusilier ou fantassin, les corps préférés des Français, les plus typiques et glorieux. Quant à la fillette, là aussi son avenir est tout tracé : soigner les soldats. Destinées qui doivent être assez terrorisantes même si, comme tout poilu, ils ne doivent rien en laisser paraître et considérer cet avenir prévisible comme exaltant.

D’après SADION Martine. 14/18 L’enfant découpait des images [catalogue d’exposition]. Epinal : Musée de l’Image, 2014. p.55

© Musée de l’Image / cliché H. Rouyer

Les « pépères » en permission, 1918. Zincographie coloriée au pochoir. Attribué à Georges Morinet, illustrateur. Pellerin & Cie, Epinal. Coll. Musée de l’Image, dépôt MDAAC.

Le titre au ton familier de cette image souligne l’affection portée aux combattants français durant la Grande Guerre, même si l’on met dans ce cas, l’accent sur les pères de famille. C’est la troupe qui est représentée, le peuple de France qui sert la Patrie, animé d’une force tranquille, fumant la pipe, et faisant preuve d’une débrouillardise légendaire : la capote du soldat n° 7 est maintes fois rapiécée…  L’intrication Famille-Nation est largement soulignée par l’iconographie de l’image ainsi que par la thématique, la si bienvenue permission. Droit des soldats établi à compter d’août 1915, dont les balbutiements ont débuté fin 1914, il reste soumis à une mise en œuvre chaotique jusqu’à l’automne 1916. Le rythme des permissions varie selon les opérations militaires, les types d’unité et souvent les pertes subies. Seule la crise de 1917 a amené, sous l’impulsion du Général Pétain, l’établissement d’une Charte des permissions octroyant 7 jours de permission tous les quatre mois… ce qui est peu pour des combattants souvent exténués.

D’après JALABERT Laurent. 14/18 L’enfant découpait des images [catalogue d’exposition]. Epinal : Musée de l’Image, 2014. p. 70-71.

© Musée de l’Image / cliché H. Rouyer

Juillet 1915.  Permissionnaires, 1916. Gravure sur bois coloriée au pochoir. Paul Hermann, graveur. Lutetia, Paris. Coll. Musée de l’Image, dépôt MDAAC

René Georges Hermann-Paul, graveur et illustrateur parisien né en 1864, n’est pas appelé quand la guerre est déclarée. Il décide alors de mettre ses capacités artistiques au service de la Patrie. La France manque de métal, il grave aussi le bois. Il crée pour les éditions Lutétia un Calendrier de la guerre entre août 1914 et Juillet 1915. Douze images reprenant chaque mois un événement marquant, racontent la guerre. En août, c’est la mobilisation, en novembre, l’Yser, en mai 1915, l’Italie… Pour la dernière image de la première série, juillet 1915, Hermann-Paul choisit le thème du permissionnaire. La permission est devenue un droit. Entouré d’un décor de marronniers, qui pourraient être ceux d’une promenade urbaine, un soldat se promène accompagné de sa jolie compagne qui le regarde en souriant. Il tient en main sa canne, sa capote est ornée d’une décoration. Le repos du soldat est bien mérité. Il n’a parlé que peu de ce qu’il a vu au front, laissant la nonchalance d’un temps sans souci et l’amour de sa famille prendre le pas sur l’inquiétude et l’horreur pendant cette parenthèse.

D’après SADION Martine. 14/18 L’enfant découpait des images [catalogue d’exposition]. Epinal : Musée de l’Image, 2014. p. 72-73

© Musée de l’Image / cliché E. Erfani

Ma cantine, 1917. Zincographie coloriée au pochoir. Attribué à Georges Morinet, illustrateur. Pellerin & Cie, Epinal. Coll. Musée de l’Image, acquisition 2010 avec l’aide du FRAM et du fonds du patrimoine

Dans les cantines, grandes malles noires en planches ou en cuir selon la richesse du soldat, sur lesquelles sont peints les noms, matricules et affectation, on transporte, laissés à l’arrière, les objets de valeur et les objets personnels du soldat. Celle du garçonnet, bardée d’étiquettes de destinations lointaines, Londres, Rome ou Petrograd, contient six uniformes des nations alliées. Dans son campement, il peut, en hissant le drapeau, devenir tour à tour soldat serbe, italien ou russe…  Au pied de la barrière, il a posé son barda et ses gamelles et sa tente l’attend pour la nuit. Qui sera calme, sûrement, pour l’enfant sage.

D’après SADION Martine. 14/18 L’enfant découpait des images [catalogue d’exposition]. Epinal : Musée de l’Image, 2014. p.79

© Musée de l’Image / cliché E. Erfani

Les Français en Alsace, 1915. Lithographie coloriée au pochoir. Attribué à Georges Morinet, illustrateur. Pellerin & Cie, Epinal. Coll. Musée de l’Image, acquisition 2010 avec l’aide du FRAM et du fonds du patrimoine

L’entrée des troupes françaises en Alsace, dès le 8 août 1914, répondait plus à des impératifs psychologiques et de propagande qu’à un intérêt stratégique. Il fallut rapidement en déchanter et évacuer une grande partie des régions libérées de manière éphémère. Cependant, cet épisode, censé venger l’humiliation de 1870 et l’annexion de l’Alsace-Moselle, a donné lieu à une foisonnante littérature et une abondante iconographie. L’image reprend les poncifs du genre. L’Alsace est présentée à cette population vivant dans le culte de la Patrie perdue, comme une terre d’opulence, pays de blé et de vin. Les soldats français, dans la tenue portée encore en août 1914,  sont accueillis en vainqueurs. Deux d’entre eux ont ramassé sur les lieux de précédents combats, un casque à pointe, trophée obligé, fréquemment représenté dans l’iconographie. Les jeunes filles saluent et versent à boire aux fantassins, la fillette offre un bouquet tricolore au commandant du détachement libérateur. Les couleurs nationales sont omniprésentes dans le décor. Elles affirment de la sorte une réappropriation de la terre et des biens par la France. À l’opposé, l’ancien poteau allemand frappé de l’aigle, a été brisé. La frontière qu’il incarnait n’est plus.

D’après FOMBARON Jean-Claude. 14/18 L’enfant découpait des images [catalogue d’exposition]. Epinal : Musée de l’Image, 2014. p. 83

© Musée de l’Image / cliché E. Erfani

Nos braves fusiliers marins en Belgique, 1916. Zincographie coloriée au pochoir. Attribué à Georges Morinet, illustrateur. Pellerin & Cie, Epinal. Coll. Musée de l’Image, dépôt MDAAC

En  juillet 1915, Georges Morinet propose à la maison Pellerin plusieurs sujets à réaliser. Il écrit : «Nos fusiliers marins qui se sont fort distingués en Belgique mériteraient peut-être eux aussi l’honneur d’une planche, on pourrait y glisser notre chanteur Botrel qui par ses chants les a excités à la victoire ». En 1915, un fusilier-marin avait demandé à Botrel d’écrire une marche au son de laquelle les fusiliers pourraient charger. Botrel avait accepté et écrit la chanson « Jean Gouin » du surnom que les fusiliers se donnent. Pellerin accepte l’idée pour une planche de grandes constructions « représentant des fusiliers marins en Belgique en y glissant (…) le chanteur Botrel, au milieu d'un groupe au repos à l'arrière. Ce groupe l'applaudissant ». Dans un paysage de ruines, Botrel, le barde breton est bien là, même si les soldats sont plus appliqués à se battre qu’à l’applaudir !

D’après CABLÉ Anne. 14/18 L’enfant découpait des images [catalogue d’exposition]. Epinal : Musée de l’Image, 2014. p. 96-97

© Musée de l’Image / cliché H. Rouyer

Nos gosses. Le Poilu. L’embusqué. Le bourgeois, 1915. Chromotypographie. Georges Morinet, illustrateur. Coll. Musée de l’Image

Dans cette carte postale patriotique de 1915 illustrée par Georges Morinet, illustrateur de nombreuses images de la série de guerre Pellerin, « nos gosses » prennent les postures stéréotypées des personnages du poilu, de l’embusqué et du bourgeois. Trois « types » qui, dans la propagande, représentent l’homme patriote et responsable, l’insouciant qui se dérobe et l’apeuré indifférent. Le zouave-enfant, à l’uniforme reconnaissable et reconnu comme courageux, représente le type parfait de la « graine de Poilu » tel qu’un enfant de 14-18 pourrait le rêver.

D’après SADION Martine. 14/18 L’enfant découpait des images [catalogue d’exposition]. Epinal : Musée de l’Image, 2014. p. 107

© Musée de l’Image / cliché H. Rouyer

Paul Déroulède, patriote français, 1915. Gravure sur bois coloriée au pochoir. Guy Arnoux, graveur. Devambez, Paris. Coll. Musée de l’Image, dépôt MDAAC

Guy Arnoux (1886-1951), illustrateur et peintre, réalise des images avec la technique et le style des xylographies de saints : traits noirs qui délimitent le dessin et aplats de couleur. Pendant la guerre, il illustre des feuilles volantes de propagande, Le soldat laboureur, Le parfait cuisiner français ou Paul Déroulède, patriote français… des cartes postales et des albums tels Le soldat français dans les guerres (Paris, SLF, 1916) ou Carnet d’un permissionnaire avec R. Boutet de Monvel (Devambez, 1917). Figure allégorique et héroïque, Déroulède se tient debout, un drapeau dans les bras, et montre Strasbourg, symbole de l’Alsace perdue. Comme Tolmer qui illustre en 1915 une scène de commémoration de la mort de Déroulède, il reprend le thème du poteau de frontière allemand qui a été déposé sur la tombe du patriote.

D’après SADION Martine. 14/18 L’enfant découpait des images [catalogue d’exposition]. Epinal : Musée de l’Image, 2014. p.113

© Musée de l’Image / cliché T. Lécrivain

Le 152e Poilus 1914-1915, 1915. Lithographie coloriée au pochoir. Jean-Jacques Waltz, dit Hansi, dessinateur. Pellerin & Cie, Epinal. Coll. Musée de l’Image, dépôt MDAAC

Le 152e Poilus a été dessiné par Hansi et les droits sont rachetés par Pellerin en 1915. Dans cette planche, deux dimensions se dégagent nettement. La première est en apparence strictement informative. Les uniformes sont exactement reproduits ainsi que les armes. Le drapeau du régiment porte le nom des glorieuses batailles auxquelles la 152e demi-brigade a participé. Pourtant, le discours propagandiste est également facile à repérer et  se mesure aussi bien dans le dessin que dans le commentaire en pavé, selon les techniques inaugurées par Benjamin Rabier. Pour rendre plus attractives des planches destinées théoriquement aux enfants, Jean-Jacques Waltz sait ériger l’anecdote en généralité. Les cannes de marche reprises au col de la Schlucht aux Allemands qui s’en sont enfuis, la « petite reconnaissance en Alsace » qui permet de ramener, outre le panneau frontière, 6 prisonniers allemands en sont des éléments constitutifs. Hansi passe sous silence le fait que cet épisode s’est soldé par un grave échec français au mois d’août 1914. Cette planche révèle tout autant les pratiques de la maison Pellerin que la mise en œuvre par Hansi d’un « bourrage de crâne » patriotique.

D’après COCHET François. 14/18 L’enfant découpait des images [catalogue d’exposition]. Epinal : Musée de l’Image, 2014. p. 147

© Musée de l’Image / cliché H. Rouyer

Les marionnettes du pantin, 1915. Zincographie coloriée au pochoir. Attribué à Georges Morinet, illustrateur. Pellerin & Cie, Epinal. Coll. Musée de l’Image

Nul n’est besoin ici d’une caricature au trait acéré pour humilier l’ennemi, le simple fait d’en faire des pantins suffit. Le dessinateur de ces planches, Georges Morinet s’amuse à mettre en abyme le Kaiser Guillaume, désarticulé, manipulant à son tour des marionnettes, ses alliés de la Triplice. Le sultan Mehmed V s’agite désespérément dans sa main droite, faisant face à l’empereur d’Autriche François-Joseph Ier, (surnommé le roi gaga dans une autre feuille) avachi dans la main gauche. Sur le genou, Ferdinand Ier de Bulgarie attend son tour. L’aigle impériale a quitté les sommets, pour se métamorphoser en charognard juché, bien bas, sur un obus, sa couronne impériale transformée en casque à pointe des soldats allemands. Avec ces pantins, l’enfant devient lui, un grand manipulateur !

D’après CABLÉ Anne. 14/18 L’enfant découpait des images [catalogue d’exposition]. Epinal : Musée de l’Image, 2014. p. 151

© Musée de l’Image / cliché E. Erfani

Le jeu du poilu, 1917. Lithographie coloriée au pochoir. Paul Babault, dessinateur. Pellerin & Cie, Epinal. Coll. Musée de l’Image

L’imagerie et plus spécialement depuis qu’elle s’est fait une spécialité de l’image enfantine vers 1840, a toujours créé des jeux de l’oie. Jeu de plateau, il a la faveur des familles. Du Jeu de l’oie renouvelé des Grecs au Jeu du poilu, il s’agit de varier l’iconographie du jeu mais jamais d’en changer le nombre de cases ni les règles. Les personnages se modifient selon les époques : dans les écoinçons de l’image, des scènes apparaissent, des enfants qui jouent, des soldats à la revue, des pions en forme de buste de poilu casqué… De l’enrôlement — un train part — jusqu’à l’Allemand qui se rend et la démobilisation, tous les moments et objets de la vie du combattant sont là. En suivant les circonvolutions du jeu — pourrait-on y voir une tranchée qui s’enroule sur elle-même ? — l’enfant « se joue » la vie du poilu. Vie rêvée mais bien réelle pour ces enfants qui participent ainsi, à leur manière, à la guerre de la Nation.

D’après SADION Martine. 14/18 L’enfant découpait des images [catalogue d’exposition]. Epinal : Musée de l’Image, 2014. p. 155

© Musée de l’Image / cliché E. Erfani

Le délassement des tranchées et le divertissement des petits poilus, 1915. Chromolithographie. Attribué à Georges Morinet, illustrateur. Pellerin & Cie, Epinal. Coll. Musée de l’Image, dépôt MDAAC

Ce jeu de cartes de prestidigitation, délassement des tranchées (pour les soldats après la bataille) et divertissement des petits poilus des deux sexes (garçons et filles à la fois, ce qui est notable) a pour but de transformer des cartes françaises en cartes boches et retour… On découpe les cartes que l’on colle dos à dos et en les tournant subrepticement et les plaçant en éventail, on fait apparaître les figures roi, reine, valet… (françaises) puis d’horribles trognes des mêmes mis à la mode allemande (avec croix de fer et obus en guise de nombre) puis retour aux cartes vraiment françaises. Apparaissent alors Joffre, la République française de profil et deux « sauveurs » : le canon de 75 et le poilu à la « Rosalie ». Nom donné à la baïonnette dans une chanson de Théodore Botrel, Rosalie est devenu le surnom de cet engin de mort : « Ils l’ont eue, déjà, dans l’aine — Verse à boire ! — Dans l’rein, bientôt, ils l’auront » dit la chanson. Pour édifier les petits poilus… !

D’après SADION Martine. 14/18 L’enfant découpait des images [catalogue d’exposition]. Epinal : Musée de l’Image, 2014. p. 161

© Musée de l’Image / cliché H. Rouyer

Cuisines roulantes : halte-déjeuner, 1916. Lithographie coloriée au pochoir. Attribué à Georges Morinet, illustrateur. Pellerin & Cie, Epinal. Coll. Musée de l’Image, dépôt MDAAC

Les cuisines roulantes offrent une vision idyllique de la halte-déjeuner. La cuisine roulante accompagne une compagnie et se compose d’une chaudière et deux marmites. Les hommes ici sont en mouvement entre deux positions — Arras tenue par les Français est à 3 km ! — ils font une pause, les armes en faisceau et les havresacs autour, à distance des affrontements. On improvise avec le mobilier des lieux. Caisses, rochers et tronc d’arbre transforment l’étape en pleine nature en un moment de repos convivial : la popote.  L’image d’Épinal exhausse la cuisine française, une fierté nationale, au rang d’une arme dangereuse contre l’ennemi allemand. La bouteille de vin (français) sur la table et le soldat qui amène les miches de pains (de la boulangerie roulante) sont des détails complémentaires qui renforcent la portée patriotique de l’image. Même si le rata quotidien des cuisines roulantes est loin d’être à la hauteur de la réputation culinaire française !

D’après CABLÉ Anne. 14/18 L’enfant découpait des images [catalogue d’exposition]. Epinal : Musée de l’Image, 2014. p.166-167

© Musée de l’Image / cliché E. Erfani

Messe célébrée sur le front, 1915. Lithographie coloriée au pochoir. Georges Morinet, illustrateur. Pellerin & Cie, Epinal. Coll. Musée de l’Image, acquisition 2010 avec l’aide du FRAM et du fonds du patrimoine

Cette moyenne construction est l’une des premières de la série de guerre : c’est dire l’importance que lui accorde l’Imagerie Pellerin et l’écho qu’elle en attend. Elle évoque les offices de guerre célébrés en pleine nature à proximité des tranchées. Le prêtre pourrait avoir été mobilisé comme officier, ainsi que le suggèrent le képi et les bottes posés sur la cantine près de l’autel improvisé, alors que les aumôniers militaires catholiques au front portent la soutane, au lieu de l’uniforme. Cette image témoigne de la convergence qui s’opère lors de la Grande Guerre entre la foi patriotique, symbolisée par les drapeaux, et la foi religieuse, rappelée par le calice au moment de l’élévation, c’est-à-dire le cœur de la messe, qui suggère aussi un parallèle entre le sacrifice du Christ et celui du soldat. Elle s’inscrit aussi dans la tradition morale et religieuse des images d’Épinal.

D’après BONIFACE Xavier. 14/18 L’enfant découpait des images [catalogue d’exposition]. Epinal : Musée de l’Image, 2014. p. 168-169

© Musée de l’Image / cliché E. Erfani

Une ambulance sur le front, 1916.. Zincographie coloriée au pochoir. Attribué à Georges Morinet, illustrateur. Pellerin & Cie, Epinal. Coll. Musée de l’Image, dépôt MDAAC

Dans Une ambulance sur le front, les blessés sont nombreux, amenés l’un par des brancardiers, l’autre porté sur le dos d’un camarade ; boitant, s’appuyant sur son fusil ou le bras en écharpe, deux blessés légers qui ont reçu les premiers soins au poste de secours arrivent à l’ambulance. Près des deux tentes de la Croix-Rouge, les médecins et les infirmières ne chôment pas : un blessé est soigné sur une table d’opération de fortune, un autre assis sur une caisse est réconforté par un zouave qui lui porte son fusil et qui arbore un glorieux trophée : un casque à pointe. Non loin de là, un infirmier tente de ranimer un blessé mal en point. Bien qu’à l’attention des enfants, cette image montre ce qu’elle ne peut plus leur cacher après quelques mois de guerre : le massacre des hommes. Morts et blessés sont dans toutes les familles, sinon chez les voisins ou dans la rue… Elle le fait cependant avec retenue et pudeur. La volonté initiale de cacher ces atrocités n’a rien d’étonnant : dans un pays en guerre, tout est sacrifié à la recherche de la victoire, il ne faut pas démoraliser les combattants ni la population.

D’après DOYEN Jean-Pierre. 14/18 L’enfant découpait des images [catalogue d’exposition]. Epinal : Musée de l’Image, 2014. p.176-177

© Musée de l’Image / cliché H. Rouyer

Poilus. Retour des tranchées, 1918. Zincographie coloriée au pochoir. Attribué à Georges Morinet, illustrateur. Pellerin & Cie, Epinal. Coll. Musée de l’Image, dépôt MDAAC

Cette image date de 1918. On ne pouvait plus alors cacher aux enfants que la guerre était meurtrière. Cependant, les images ne montrent aucun mort… Déclinés aussi en planche de soldats, ces soldats à aspect simple et complet bénéficient de socle de verdure, un petit talus surmonté de barbelés sert de décor. Malgré la dureté des combats et le temps passé sous les obus, les 23 poilus et leur capitaine semblent guillerets ; leur départ du front justifie entièrement cette allégresse… Seulement (!) trois soldats blessés dont un est porté par un camarade, se cachent dans l’image.

D’après SADION Martine. 14/18 L’enfant découpait des images [catalogue d’exposition]. Epinal : Musée de l’Image, 2014. p. 181

 

© Musée de l’Image / cliché H. Rouyer

Une revue sur le front où le général Joffre remet des décorations devant le président de la République et le ministre de la guerre, 1915. Lithographie coloriée au pochoir attribuée à Georges Morinet, illustrateur. Pellerin & Cie, Epinal. Coll. Musée de l’Image, acquisition 2010 avec l’aide du FRAM et du fonds du patrimoine

Les revues militaires constituaient déjà en temps de paix un cérémonial très prisé. Elles présentaient l’occasion d’extérioriser des sentiments d’ordre, de discipline et de puissance. E n temps de guerre, le rituel prend une dimension accrue, rehaussée encore par la présence d’un grand chef et des autorités civiles. Sur le front des troupes, l’on distingue les soldats émérites par la remise de décorations. La circonstance permet d’exalter l’héroïsme, la vaillance et le patriotisme de la troupe. Le personnage central est l’omniprésent général Joffre devant lequel s’effacent tant le président de la République, Raymond Poincaré, que le ministre de la Guerre Alexandre Millerand.  L’infanterie est présente dans sa diversité : la ligne formant l’arrière-plan, les tirailleurs africains en bonne place, dont l’un doit être décoré. Deux chasseurs alpins complètent la gamme, discrètement. Les troupiers distingués, de part et d’autre du drapeau tricolore, viennent du front. Leur tenue, uniformément bleue, peut indiquer qu’il s’agit de chasseurs à pied, tandis que les officiers d’état-major sont reconnaissables à leur brassard.

D’après FOMBARON Jean-Claude. 14/18 L’enfant découpait des images [catalogue d’exposition]. Epinal : Musée de l’Image, 2014. p. 189

© Musée de l’Image

Un bon coup de baïonnette ! Vers 1916. Chromotypographie. Georges Morinet, illustrateur. A. Royer, Rueil. Coll. Musée de l’Image

Cette carte de la série Patriotic est dessinée par Georges Morinet, le dessinateur de Pellerin, probablement à partir d’une photographie. Ces petits poilus emmaillotés et suspendus comme des ex-voto ou des trophées sont bien étranges : cette tradition de l’emmaillotage, encore très prisée en 1914, était censée protéger l’enfant et le réchauffer ; il était aussi plus facile à garder et l’accrochage au clou était encore pratiqué en Poitou à la fin du 19e siècle ! Plusieurs indices nous aident à comprendre leur sens : « Bravo Poilu », tout d’abord, puis une feuille de permission de six jours, et enfin, le titre, Un bon coup de baïonnette… On devine enfin que la baïonnette n’est pas employée dans son sens littéral mais plutôt figuré… La naissance de petits Français, ces petits poussins qui deviendront coqs, avec baïonnette, capables de prendre la place des combattants morts, était alors une préoccupation nationale…

D’après SADION Martine. 14/18 L’enfant découpait des images [catalogue d’exposition]. Epinal : Musée de l’Image, 2014. p. 204

© Musée de l’Image / cliché H. Rouyer

La 5eme arme : parc d’aviation, 1916. Lithographie coloriée au pochoir. Attribué à Georges Morinet, illustrateur. Pellerin & Cie, Epinal. Coll. Musée de l’Image, dépôt MDAAC

Au début de la guerre, l’aviation n’est qu’un outil d’observation des lignes ennemies. Les avions aux fragiles structures de bois et de toiles ne sont pas équipés pour combattre, le poids des lourdes mitrailleuses les déstabiliserait. C’est sans compter sur l’intrépidité des pilotes… Dès avant-guerre, les meetings d’aviation se multiplient mettant en scène les pilotes les plus audacieux, les plus fous, les plus casse-cou. Ces jeunes aviateurs au sang bouillant constituent l’aristocratie de l’armée, en France comme chez les autres nations. Le courage de chacun est mesuré au nombre de victoires dont les critères d’acquisition sont très stricts. Le comptage des victoires favorise l’émulation et peut-être les actions suicidaires… comme le suggère l’anecdote que raconte l’image La 5e Arme : Parc d’aviation. Le Général Joffre demande trois volontaires pour une mission « des plus périlleuses ». Tous les aviateurs présents se portant volontaires, il doit tirer au sort. Les trois aviateurs, une fois leurs instructions reçues, s’apprêtent à monter dans leur avion quand le général les arrête et leur demande : « Depuis quand des enfants qui vont mourir n’embrassent-ils plus leur père ? » et leur donne ému l’accolade.

D’après CABLÉ Anne. 14/18 L’enfant découpait des images [catalogue d’exposition]. Epinal : Musée de l’Image, 2014. p. 224-225

© Musée de l’Image / cliché H. Rouyer

Les zeppelins sur Paris, 1915. Lithographie coloriée au pochoir. Attribué à Georges Morinet, illustrateur. Pellerin & Cie, Epinal. Coll. Musée de l’Image, acquisition 2010 avec l’aide du FRAM et du fonds du patrimoine

Pendant les premières années du conflit, en 1915 et en 1916 plus particulièrement, l’état-major allemand s’emploie à lancer autant de raids qu’il le peut sur les grandes villes françaises et britanniques, dont Paris et Londres. L’efficacité de telles opérations laisse d’autant plus à désirer que les zeppelins ne peuvent, sous peine de subir des pertes insupportables, opérer le jour. C’est donc dans l’obscurité, sans se guider bien entendu sur les faisceaux de leurs projecteurs, que ces « plus légers que l’air » survolent silencieusement les cités ennemies et y déversent leurs bombes. Si quelques mouvements de panique se produisent, les civils, paradoxalement, s’habituent assez vite au danger. Propagande de guerre oblige, l’image représentée ici montre des Parisiens qui font preuve de la plus parfaite insouciance face au danger. Les uns n’hésitent pas à adresser un pied de nez à l’ennemi, tandis que d’autres jouent tranquillement de la guitare ou observent la scène à la jumelle.

D’après FACON Patrick. 14/18 L’enfant découpait des images [catalogue d’exposition]. Epinal : Musée de l’Image, 2014. p. 228-229

© Musée de l’Image / cliché E. Erfani
  • Graines de poilus, 1917
  • Les « pépères » en permission, 1918.
  • Juillet 1915. Permissionnaires, 1916.
  • Ma cantine, 1917.
  • Les Français en Alsace, 1915.
  • Nos braves fusiliers marins en Belgique, 1916.
  • Nos gosses. Le Poilu. L’embusqué. Le bourgeois, 1915.
  • Paul Déroulède, patriote français, 1915.
  • Le 152e Poilus 1914-1915, 1915.
  • Les marionnettes du pantin, 1915.
  • Le jeu du poilu, 1917.
  • Le délassement des tranchées et le divertissement des petits poilus, 1915.
  • Cuisines roulantes : halte-déjeuner, 1916.
  • Messe célébrée sur le front, 1915.
  • Une ambulance sur le front, 1916.
  • Poilus. Retour des tranchées, 1918.
  •  Une revue sur le front où le général Joffre remet des décorations devant le président de la République et le ministre de la guerre, 1915
  • Un bon coup de baïonnette ! Vers 1916.
  • La 5eme arme : parc d’aviation, 1916.
  • Les zeppelins sur Paris, 1915.
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sources
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