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Le Musée de l'éducation du Val d'Oise : Le traitement du conflit dans les manuels et les programmes d'hier à aujourd'hui

Cette sélection de documents provient du fonds du Musée de l'éducation du Val d'Oise.

Dictée de 1919 « Ce qu'est l'Allemagne »

Dictée « Ce qu'est l'Allemagne », niveau CM2, samedi 25 janvier 1919. Extrait d'un cahier du jour sans couverture et sans indication de provenance comportant des exercices datés du 20 janvier au 10 février 1919. Dimensions du cahier 22,5 X 16,9 cm. 1/2

L’issue de la Première Guerre mondiale et le règlement de la paix ne provoquent pas les mêmes sentiments chez les vainqueurs que chez les vaincus. Leur attitude à l’égard de l’autre s’en ressent. En Allemagne, le sentiment national est meurtri et humilié par le traité de Versailles, ce qui n’incite pas à la compréhension de l’ancien ennemi français. En France, au lendemain du conflit, les responsabilités allemandes dans le déclenchement de la guerre apparaissent incontestables. Dans cette dictée de 1919, de part le registre lexical employé, l'Allemagne est décrite comme une personne cumulant défauts, vices et pour finir considérée comme folle. La gloutonnerie renvoie ici aux appétits annexionnistes de l'Allemagne, supposée vouloir reconstituer l'empire de Charles Quint. Les termes employés pour évoquer l'Allemagne sont ainsi d'une rare dureté : « gloutonnerie », « déshonneur », « l'immense orgueil et la folie de ses barbares », « mettre à une race déchaînée, au sang lourd et puissant, la camisole de force »... Le peuple allemand semble ici tenu, dans l'immédiat après-guerre, pour unique responsable des « immenses proportions de la guerre, de sa durée et de ses horreurs ». Le « déshonneur » et les « horreurs » sont probablement des termes qui renvoient aux atrocités allemandes dans les pays occupés (Belgique et Nord de la France).

© Musée de l'Éducation du Val d'Oise

Dictée « Ce qu'est l'Allemagne », niveau CM2, samedi 25 janvier 1919. Extrait d'un cahier du jour sans couverture et sans indication de provenance comportant des exercices datés du 20 janvier au 10 février 1919. Dimensions du cahier 22,5 X 16,9 cm. 2/2

L’issue de la Première Guerre mondiale et le règlement de la paix ne provoquent pas les mêmes sentiments chez les vainqueurs que chez les vaincus. Leur attitude à l’égard de l’autre s’en ressent. En Allemagne, le sentiment national est meurtri et humilié par le traité de Versailles, ce qui n’incite pas à la compréhension de l’ancien ennemi français. En France, au lendemain du conflit, les responsabilités allemandes dans le déclenchement de la guerre apparaissent incontestables. Dans cette dictée de 1919, de part le registre lexical employé, l'Allemagne est décrite comme une personne cumulant défauts, vices et pour finir considérée comme folle. La gloutonnerie renvoie ici aux appétits annexionnistes de l'Allemagne, supposée vouloir reconstituer l'empire de Charles Quint. Les termes employés pour évoquer l'Allemagne sont ainsi d'une rare dureté : « gloutonnerie », « déshonneur », « l'immense orgueil et la folie de ses barbares », « mettre à une race déchaînée, au sang lourd et puissant, la camisole de force »... Le peuple allemand semble ici tenu, dans l'immédiat après-guerre, pour unique responsable des « immenses proportions de la guerre, de sa durée et de ses horreurs ». Le « déshonneur » et les « horreurs » sont probablement des termes qui renvoient aux atrocités allemandes dans les pays occupés (Belgique et Nord de la France).

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Rédaction « La France a beaucoup souffert...Ce que je fais déjà pour la France. Ce que je compte faire plus tard », cahier de Jean B., 9 ans, 8 mai 1925, sans indication de provenance. Dimensions : 218 x 268 mm. 1/2

Près de sept ans après la fin du premier conflit mondial, cet élève de 9 ans est amené à faire une rédaction s'articulant autour de trois thèmes : la France a beaucoup souffert et a besoin de l'amour de ses enfants ; Ce que j'ai déjà fait pour la France ; Ce que je compte faire plus tard. Ici l'accent n'est pas mis sur la responsabilité présumée de l'Allemagne comme dans la dictée de 1919 mais plutôt sur le rôle que l'on souhaite voir jouer par les enfants dans la reconstruction du pays. Peut-être est-ce déjà le début d'une attitude plus nuancée ? Les termes utilisés pour qualifier l'Allemagne sont en tout cas beaucoup moins durs. Au devoir accompli des soldats sur le champ de bataille, correspond ici le devoir du travail en classe, constamment martelé pendant la guerre et toujours en 1925. L'élève fait une allusion à ses devoirs militaires puis expose enfin, d'une manière nettement sexuée, les rôles respectifs qu'il imagine pour les jeunes garçons comme pour les jeunes filles. Si la haine de l'ancien ennemi a disparu, l'avenir apparaît cependant encore bien sombre.

© Musée de l'Éducation du Val d'Oise

Rédaction « La France a beaucoup souffert...Ce que je fais déjà pour la France. Ce que je compte faire plus tard », cahier de Jean B., 9 ans, 8 mai 1925, sans indication de provenance. Dimensions : 218 x 268 mm. 2/2

Près de sept ans après la fin du premier conflit mondial, cet élève de 9 ans est amené à faire une rédaction s'articulant autour de trois thèmes : la France a beaucoup souffert et a besoin de l'amour de ses enfants ; Ce que j'ai déjà fait pour la France ; Ce que je compte faire plus tard. Ici l'accent n'est pas mis sur la responsabilité présumée de l'Allemagne comme dans la dictée de 1919 mais plutôt sur le rôle que l'on souhaite voir jouer par les enfants dans la reconstruction du pays. Peut-être est-ce déjà le début d'une attitude plus nuancée ? Les termes utilisés pour qualifier l'Allemagne sont en tout cas beaucoup moins durs. Au devoir accompli des soldats sur le champ de bataille, correspond ici le devoir du travail en classe, constamment martelé pendant la guerre et toujours en 1925. L'élève fait une allusion à ses devoirs militaires puis expose enfin, d'une manière nettement sexuée, les rôles respectifs qu'il imagine pour les jeunes garçons comme pour les jeunes filles. Si la haine de l'ancien ennemi a disparu, l'avenir apparaît cependant encore bien sombre.

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Segond, E., Histoire de France et Notions d'Histoire générale, Cours supérieur à l'usage des aspirants au Brevet de Capacité, Hatier, Paris, 1923, page 735.

Ce texte est extrait du chapitre XCIV, intitulé La Grande Guerre de l'ouvrage Histoire de France et Notions d'Histoire générale. Il appartient à la 3ème partie d'un chapitre découpé comme suit : 1. Les causes de la guerre ; 2. La France et la guerre ; 3. La civilisation contre la barbarie ; 4. Les alliances ; 5. Les grands faits (La Marne, Verdun). Dans les manuels les plus anciens que possède le musée, comme celui-ci, l'unique responsable désigné est l'Allemagne et ses alliés alors que plus l'on avance dans le temps et plus la responsabilité s'affirme comme collégiale et plus les rivalités préexistantes ainsi que la course aux armements à l'œuvre sur le continent sont développées. Ici, seulement cinq ans après la fin du premier conflit mondial, alors que l’étude de la guerre 1914-1918 vient d’être inscrite dans ces premiers programmes du primaire publiés après la guerre, on insiste sur la prétendue responsabilité unique de l'Allemagne : « La guerre voulue, préparée, provoquée par l'Allemagne [...] ». On accuse l'Allemagne des pires atrocités comme le résume à lui seul le titre de cette partie « La civilisation contre la barbarie ». Le manuel reprend ainsi ici les thèses du traité de Versailles sans discussion.

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Lecat, L., Locqueneux, A., Piton, J., Histoire de France par l'Image et le Récit, Cours élémentaire, Programme de 1945, Delalain, Paris, 8ème édition, 1945 (vers), page 104.

Alors que l’étude de la Première Guerre mondiale est au programme du primaire depuis 1923, cet extrait provient du manuel Histoire de France par l'Image et le Récit dont il constitue la 39ème leçon intitulée : « La guerre de 1914 ; Joffre, Foch et Clemenceau ». Ici les causes du conflit sont à peine évoquées mais la responsabilité supposée de l'Allemagne et de son alliée l'Autriche est toujours clairement affirmée : « L'Allemagne qui avait fait son unité en 1871, voulait dominer l'Europe » ou plus loin « En 1914, l'Allemagne nous déclara la guerre ». Cependant, bien que publié au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, ce manuel ne tombe pas dans les accusations violentes de barbarie « naturelle » du peuple allemand ou de pangermanisme comme dans la dicté de 1919 ou le manuel de 1923. Assez rapidement après 1945, certains manuels français et allemand semblent évoluer sur le point polémique des responsabilités. La constitution, au milieu des années 1950, d'une commission franco-allemande des historiens à laquelle a participé l'APHG (Association des Professeurs d'Histoire-Géographie), lointaine ancêtre du manuel franco-allemand, en est une des illustrations. Une attitude beaucoup plus nuancée émerge, qui se concrétise réellement dans les années 1950 pendant lesquelles, les manuels d'histoire semblent franchir un pas. Ils effectuent un laborieux travail d'historisation et la question épineuse de la responsabilité de la Première Guerre mondiale est abordée et traitée de manière plus nuancée comme le précise Stéphanie Krapoth dans ses travaux (France-Allemagne : représentations réciproques. Manuels scolaires et journaux satiriques, 2010).

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Nembrini, Jean-Louis, Moretti, Anne-Sylvie, Faux, Jacques, Bordes, Jacques, Histoire, cycle 3, niveau 2, Hachette éducation, Collection « À monde ouvert », Paris, 1996, pages 118 et 120. 1/2

Ces deux documents sont extraits de la leçon 14, « Un siècle de guerres, 1914-1918, la Première Guerre mondiale » du livre Histoire, cycle 3, niveau 2 des éditions Hachette. L’étude de la Première Guerre mondiale revient avec le retour de véritables programmes d’histoire dans le premier degré dans les années 1980. Alors que dans les manuels plus anciens, les responsables désignés du conflit sont les Allemands et leurs alliés, dans cet ouvrage de 1996 on insiste désormais sur les rivalités préexistantes ainsi que sur la course générale aux armements sur tout le continent : « Au début du XXè siècle, les pays européens, divisés, se disputaient les marchés et les colonies. Pour défendre leurs intérêts, ils s'armèrent ». Le consensus actuel tend en effet à expliquer le déclenchement de la guerre par des causes générales. Jean-Jacques Becker considère ainsi qu'il n'y pas eu en 1914 d'hommes d'État capables de tenir tête à leur état-major et qu'ils ont de ce fait laisser jouer le mécanisme des alliances. On assiste à une prise de recul progressive par rapport au conflit, le ton est beaucoup moins passionnel et les références au pangermanisme ou à la prétendue « barbarie allemande » ont disparu. De la même façon, dans les manuels les plus anciens, le bilan de la guerre est souvent centré sur la France et ses malheurs alors que progressivement il est élargi aux autres pays et à toutes ses dimensions : économiques, morales, géopolitiques... De nos jours, la réconciliation étant consommée depuis longtemps, les manuels français s’intéressent à l’Allemagne (premier partenaire commercial de la France) comme à un modèle de grand pays industriel et, de 1997 à 2002, celle-ci occupe une place importante dans le programme des terminales L et ES. Les ouvrages étudient alors le « modèle allemand » et ses limites. Ces nouveaux manuels montrent que le travail de l’« historisation » des conflits franco-allemands semble être en voie d'achèvement pour cette question inscrite dans les programmes de lycée de façon continue depuis 1925. Désormais, la prise de recul est manifeste et les images liées à la réconciliation et au devoir de mémoire, comme ici la célèbre photographie Mitterrand-Kohl à Verdun, sont systématiques. Aujourd'hui, si l’image stéréotypée apparaît encore dans les manuels scolaires, s'est désormais pour la présenter comme une production historique et non comme une réalité. À noter, s'agissant de Verdun, qu'il ne faudrait pas laisser croire que le million de victimes sont des morts, qui sont plus de 300 000, ce qui est déjà considérable.

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Nembrini, Jean-Louis, Moretti, Anne-Sylvie, Faux, Jacques, Bordes, Jacques, Histoire, cycle 3, niveau 2, Hachette éducation, Collection « À monde ouvert », Paris, 1996, pages 118 et 120. 2/2

Ces deux documents sont extraits de la leçon 14, « Un siècle de guerres, 1914-1918, la Première Guerre mondiale » du livre Histoire, cycle 3, niveau 2 des éditions Hachette. L’étude de la Première Guerre mondiale revient avec le retour de véritables programmes d’histoire dans le premier degré dans les années 1980. Alors que dans les manuels plus anciens, les responsables désignés du conflit sont les Allemands et leurs alliés, dans cet ouvrage de 1996 on insiste désormais sur les rivalités préexistantes ainsi que sur la course générale aux armements sur tout le continent : « Au début du XXè siècle, les pays européens, divisés, se disputaient les marchés et les colonies. Pour défendre leurs intérêts, ils s'armèrent ». Le consensus actuel tend en effet à expliquer le déclenchement de la guerre par des causes générales. Jean-Jacques Becker considère ainsi qu'il n'y pas eu en 1914 d'hommes d'État capables de tenir tête à leur état-major et qu'ils ont de ce fait laisser jouer le mécanisme des alliances. On assiste à une prise de recul progressive par rapport au conflit, le ton est beaucoup moins passionnel et les références au pangermanisme ou à la prétendue « barbarie allemande » ont disparu. De la même façon, dans les manuels les plus anciens, le bilan de la guerre est souvent centré sur la France et ses malheurs alors que progressivement il est élargi aux autres pays et à toutes ses dimensions : économiques, morales, géopolitiques... De nos jours, la réconciliation étant consommée depuis longtemps, les manuels français s’intéressent à l’Allemagne (premier partenaire commercial de la France) comme à un modèle de grand pays industriel et, de 1997 à 2002, celle-ci occupe une place importante dans le programme des terminales L et ES. Les ouvrages étudient alors le « modèle allemand » et ses limites. Ces nouveaux manuels montrent que le travail de l’« historisation » des conflits franco-allemands semble être en voie d'achèvement pour cette question inscrite dans les programmes de lycée de façon continue depuis 1925. Désormais, la prise de recul est manifeste et les images liées à la réconciliation et au devoir de mémoire, comme ici la célèbre photographie Mitterrand-Kohl à Verdun, sont systématiques. Aujourd'hui, si l’image stéréotypée apparaît encore dans les manuels scolaires, s'est désormais pour la présenter comme une production historique et non comme une réalité. À noter, s'agissant de Verdun, qu'il ne faudrait pas laisser croire que le million de victimes sont des morts, qui sont plus de 300 000, ce qui est déjà considérable.

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  • Dictée de 1919 « Ce qu'est l'Allemagne »
  • Dictée de 1919 « Ce qu'est l'Allemagne »
  • Rédaction de 1925 « La France a beaucoup souffert... »
  • Rédaction de 1925 « La France a beaucoup souffert... »
  • Manuel 1923 « Histoire de France et Notions d'Histoire générale»
  • Manuel 1945 (vers) « Histoire de France par l'Image et le Récit »
  • Manuel 1996 « Histoire, collection à monde ouvert »
  • Manuel 1996 « Histoire, collection à monde ouvert »
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sources
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