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Le Musée d'Art moderne et contemporain de Strasbourg

Le Musée d'Art moderne et contemporain de Strasbourg a sélectionné ces oeuvres dans son fonds 14-18. Les collections d’art graphique du Musée, dont le noyau s’est constitué entre 1877 et 1918, sont naturellement riches d’œuvres d’artistes allemands actifs pendant la Première Guerre mondiale. Par sa brutalité sans précédent, le premier conflit a profondément modifié la perception de la guerre. L’image qu’en ont donnée les artistes, issue de leurs expériences individuelles et des recherches de l’avant-garde, avait relégué au passé le genre codifié de la peinture de bataille pour privilégier une représentation à la fois sensible et radicale. De ces expériences ressortent des chroniques de la vie dans les tranchées, des paysages dévastés, des portraits de soldats blessés ou mutilés.

Max Beckmann Portrait du beau-frère de l'artiste, Martin Tube, blessé; 1914

Max Beckmann, Portrait du beau-frère de l'artiste, Martin Tube, blessé ; 1914. Lithographie. Crédit photo : M. Bertola / Musées de la Ville de Strasbourg.
Engagé comme aide-infirmier sur le front oriental, Max Beckmann y retrouve son ami et beau frère Martin Tube, blessé à la tête quelques semaines plus tôt lors de la bataille de Tannenberg et en fait le portrait. Ce n’est que revenu à Berlin fin octobre, que Beckmann et son épouse apprennent la mort de Martin Tube. L’artiste rend hommage au jeune homme en publiant son portrait pour le numéro de la revue Kriegszeit du 4 novembre 1914.

© Adagp, Paris

Max Beckmann, Das Kanal Knie (Le coude du canal), 1915. Plume, encre noire et crayon sur papier vélin. Crédit photo : M. Bertola / Musées de la Ville de Strasbourg.
Après avoir été aide-infirmier volontaire sur le front oriental, Max Beckmann est transféré en Flandre, où il est affecté aux hôpitaux militaires. À partir du mois de mars 1915, il se trouve sur les premières lignes du front d’Ypres, scène de violents combats. Il en rapporte plusieurs témoignages dont ce dessin à l’encre représentant une colonne de soldats en marche, traversant un paysage de désolation.

© Adagp, Paris

Max Beckmann Portrait d'un soldat bavarois, 1915, encre de chine à la plume et crayon sur papier. Crédit photo : M. Bertola / Musées de la Ville de Strasbourg.
L’attention que porte Max Beckmann au portrait se manifeste dès les débuts de sa formation à l’école des beaux-arts de Weimar. Le genre, qui demeure une constante de sa production, lui permet dans les circonstances de la guerre de révéler l’humanité des soldats qu’il rencontre. C’est particulièrement le cas de ce soldat bavarois, saisi en train de fumer dans un moment d’attente, et dont les traits trahissent une angoisse sourde.

© Adagp, Paris

René Beeh, Tranchée. Fusain sur papier vélin. Crédit photo : M. Bertola / Musées de la Ville de Strasbourg.
Artiste d’origine strasbourgeoise, formé à l’Académie de Munich, René Beeh fait l’expérience du front comme arpenteur en Belgique et dans le Nord de la France. De ces heures sombres d’ennui et de désolation, il rapporte plusieurs dessins documentant la vie des soldats dans les premières lignes. Certains d’entre eux seront reproduits dans la revue munichoise Zeit-Echo.

Otto Dix, Paysage avec maisons, 1916, gouache sur papier. Crédit photo : M. Bertola / Musées de la Ville de Strasbourg.
Engagé volontaire en 1914, Otto Dix rejoint le front en Champagne et dans la Somme comme artilleur. Son œuvre subit alors de multiples influences et oscille entre les tendances expressionniste, réaliste ou cubo-futuriste. Le Paysage avec maisons trahit cette hésitation dans une composition qui tient d’un Franz Marc ou d’un Ludwig Meidner, et dans laquelle sont plantés des volumes cézanniens.

© Adagp, Paris

Otto Dix, Streichholzhändler (Marchand d’allumettes), 1921. Pointe sèche. Crédit photo : M. Bertola / Musées de la Ville de Strasbourg.
Revenu à Dresde après la guerre, Otto Dix développe un style qui caractérisera rétrospectivement l’essentiel de sa production. Influencé par les collages dadaïstes et initié aux techniques de la gravure par Conrad Felixmüller en 1921, il déploie une critique sociale acerbe qui veut renvoyer au nationalisme de la République de Weimar l’image cinglante de sa réalité précaire.

© Adagp, Paris

Jacques Gachot, Cheval mort, 1918. Pierre noire sur papier calque. Crédit photo : M. Bertola / Musées de la Ville de Strasbourg
Étudiant à l’Ecole des arts décoratifs de Strasbourg, Jacques Gachot poursuit sa formation aux beaux-arts de Düsseldorf, puis à l’Académie Julian à Paris. Les carnets qu’il rapporte du front indiquent qu’il a été mobilisé dans la Somme, la Picardie et dans les environs de Verdun entre 1915 et 1916. Si la plupart de ses dessins consistent en de simples exercices d’observation, décrivant la vie des tranchées ou des paysages parfois laissés intacts, cette vue d’un cheval mort étendu à la lisière d’une forêt d’arbres calcinés, rappelle la violence du conflit.

Willy Jaeckel, Sans titre, du portfolio Memento, 1914-1915. Lithographie. Crédit photo : M. Bertola / Musées de la Ville de Strasbourg.
Ayant rejoint la Sécession berlinoise après des études à Breslau et Dresde, Willy Jaeckel compte parmi les contributeurs réguliers de la revue de Paul Cassirer Kriegszeit fondée dès le début du conflit. On lui doit une série intitulée Memento, inspirée des Désatres de la guerre de Goya et perçue comme un manifeste pacifiste. Également auteur d’une toile monumentale intitulée Angriff, en 1915 (aujourd’hui perdue), Jaeckel est l’un des premiers artistes allemands à représenter le conflit sous l’angle de sa réalité brutale.

Oskar Nerlinger, Mutilés de guerre, 1915. Encre et crayons de couleur sur papier. Crédit photo : M. Bertola / Musées de la Ville de Strasbourg.
Artiste d’origine berlinoise, Oskar Nerlinger s’est d’abord formé à l’École des arts décoratifs de Strasbourg avant de rejoindre, en 1911, l’atelier du professeur Emil Orlik à Berlin, où il rencontre notamment Karl Hubbuch et George Grosz.
Épigone brillant, il emprunte le langage formel de ce dernier, en adoptant un réalisme social radical, dénonçant les travers de la société allemande de la fin de l’Empire Wilhelminien. Mobilisé en 1915, il connaît une courte expérience de la guerre dans un régiment de fusiliers à Brandebourg.

© S. Nerlinger, Berlin

Paul Paeschke, Infantist (fantassin), 1917. Lithographie. Crédit photo : M. Bertola / Musées de la Ville de Strasbourg.
Peintre et graveur berlinois, Paul Paeschke s’est formé à l’Akademie der Künste, et a pu exposer à la Sécession munichoise. Bien qu’il ait bénéficié, en 1915-1916 d’expositions et de quelques articles de presse, son œuvre et sa biographie nous sont aujourd’hui mal connus. Avec ce portrait d’un soldat allemand au front oriental, réalisé en 1917, il manifeste une attention à la psychologie. Les traits fatigués et le regard vide de l’homme trahissent son épuisement et son exténuation.

Joseph Sattler, Die Grenze (La frontière), 1915. Crayon, lavis de gouache et aquarelle sur papier vélin. Crédit photo : M. Bertola / Musées de la Ville de Strasbourg.
Illustrateur d’origine bavaroise, Joseph Sattler a été formé à l’Académie des beaux-arts de Munich, avant de rejoindre Strasbourg en 1891, où il a enseigné un court temps le dessin à l’École des arts décoratifs. De son expérience de la guerre, on connaît des dessins de la région de Sainte-Maries-aux-Mines. Le dessin Die Grenze, réalisé à la même période, évoque le conflit sous un angle allégorique en sollicitant le thème des danses macabres.

Richard Seewald, Sodome et gomohrre, 1914. Bois gravé en couleurs. Crédit photo : M. Bertola / Musées de la Ville de Strasbourg.
Illustrateur pour divers hebdomadaires satiriques, dont Jugend à Munich et les Lustige Blätter à Berlin, Richard Seewald prend part à la Nouvelle Sécession munichoise dès 1913. Lorsqu’éclate le premier conflit mondial, Seewald se réfugie en Suisse, auprès des milieux pacifistes. A la veille de la guerre, les thèmes apocalyptiques traversent la pensée et la littérature allemande. Dans cette gravure, Seewald représente le thème biblique de Sodome et Gomorrhe frappée par les colonnes de feux, faisant également écho au récit du Zarathoustra de Nietzsche.

  • Max Beckmann Portrait du beau-frère de l'artiste, Martin Tube, blessé; 1914
  • Max Beckmann, Das Kanal Knie (Le coude du canal), 1915
  • Max Beckmann Portrait d'un soldat bavarois, 1915
  • René Beeh, Tranchée
  • Otto Dix, Paysage avec maisons, 1916
  • Otto Dix, Streichholzhändler (Marchand d’allumettes), 1921
  • Jacques Gachot, Cheval mort, 1918
  • Willy Jaeckel, Sans titre, du portfolio Memento, 1914-1915
  • Oskar Nerlinger, Mutilés de guerre, 1915
  • Paul Paeschke, Infantist (fantassin), 1917
  • Joseph Sattler, Die Grenze (La frontière), 1915
  • Richard Seewald, Sodome et gomohrre, 1914
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sources
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