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La Grande Guerre postale

Dès sa création, le 1er janvier 1849, l’imagerie postale avait montré une certaine perméabilité à l’évolution de la conjoncture politique comme à ses aléas. Ainsi le profil de Cérès, d’abord choisi sous la IIe République, avait vite été remplacé par celui de Napoléon III, tête nue, puis après le 2 décembre 1852 couronné de lauriers. Toutefois, cette aptitude osmotique se limitait strictement au domaine politique et aucune possibilité d’extension au temps présent n’était alors envisagée, ni même envisageable. Cependant, le surgissement du conflit dans l’horizon ordinaire un peu morne de cette imagerie postale encore très fortement ancrée dans une symbolique monétaire ne fut pas sans conséquences. En effet, la Première Guerre mondiale a été indirectement à l’origine de deux innovations philatéliques majeures qui marquèrent durablement l’histoire postale française : l’irruption de l’événement dans les thèmes iconographiques choisis et l’apparition de la surtaxe au profit de la Croix-Rouge.

À noter : les timbres sont visibles sur le site www.phil-ouest.com, mis en ligne avec l’accord de Phil@poste.

Semeuse camée avec une surcharge au profit de la Croix-Rouge, 1914, 10 c. + 5 c. rouge foncé. Dessin : Louis Oscar Roty - Gravure : Jean-Baptiste Lhomme

Semeuse camée avec une surcharge au profit de la Croix-Rouge, 1914, 10 c. + 5 c. rouge foncé. Dessin : Louis Oscar Roty - Gravure : Jean-Baptiste Lhomme.

Le 18 août 1914, soit quelques jours seulement après le déclenchement des hostilités, est émise la première figurine vendue avec une surtaxe au profit de la Croix Rouge. Dans un premier temps, l’administration des Postes s’est contentée simplement d’apposer sur un timbre-poste d’usage courant une surcharge composée d’une petite croix tout en mentionnant également le montant ajoutée à la valeur faciale initiale.

© L'Adresse Musée de La Poste, Paris / La Poste

Semeuse camée avec une surcharge au profit de la Croix-Rouge, 1914, 10 c. + 5 c. rouge. Dessin : Louis Oscar Roty - Gravure : Jean-Baptiste Lhomme.

Cet essai quelque peu artisanal fut cependant jugé concluant car vite transformé à peine un mois plus tard avec l’émission cette fois d’un timbre-poste spécifique. Sur le plan iconographique, cette innovation pouvait sembler bien modeste. Elle se matérialisait en effet par l’adjonction dans le coin gauche d’une figurine d’un petit pavé blanc cette fois très lisible reprenant l’ensemble des informations contenues dans la précédente surcharge, à savoir une petite croix non plus rouge mais orange et le montant de la surtaxe.

© L'Adresse Musée de La Poste, Paris / La Poste

Veuve au cimetière, 1917, 2c. + 3c. brun-lilas. Dessin : Louis Dumoulin - Gravure : Léon Ruffé.

Si les réalités du front échappaient pour une large part à l’opinion publique, certaines de ses conséquences collatérales la touchaient en revanche de plein fouet et l’image de la veuve associée à ses stigmates vestimentaires fit son entrée dans l’univers visuel ordinaire des Français. Rétrospectivement la vision de cette femme éplorée errant enveloppée dans une large mantille noire dans un cimetière anonyme peut paraître sinistre. Toutefois ces silhouettes fugaces faisaient partie intégrante de la vie quotidienne durant le premier conflit mondial au cours duquel périrent près de 1,4 millions de soldats.

© L'Adresse Musée de La Poste, Paris / La Poste

Deux orphelins, 1917, 5 c. + 5 c. vert. Dessin : Louis Dumoulin - Gravure : Léon Ruffé.

Les orphelins de guerre, futurs pupilles de la nation, constituaient l’autre pendant des conséquences du conflit sur les familles. Cependant, si l’évocation de la veuve évoquait une sorte de pétrification affective, à travers les enfants de soldats disparus, c’est aussi la capacité de la nation à se régénérer y compris dans la douleur et le sacrifice qui se trouvait magnifiée.

© L'Adresse Musée de La Poste, Paris / La Poste

Paysanne à la charrue, 1917, 15 c. + 10 c. gris-vert. Dessin : Louis Dumoulin - Gravure : Léon Ruffé.

Ce timbre constitue la première apparition du thème agrarien de la femme au labour.

© L'Adresse Musée de La Poste, Paris / La Poste

Paysanne à la charrue, 1917, 25 c. + 15 c. bleu. Dessin : Louis Dumoulin - Gravure : Léon Ruffé

Ce timbre constitue la première apparition du thème agrarien de la femme au labour.

© L'Adresse Musée de La Poste, Paris / La Poste

La Marseillaise, 1917, 1 f. + 1 f. carmin. Dessin : Louis Dumoulin - Gravure : Léon Ruffé.

Après la compassion, d’autres figurines vinrent magnifier la grandeur de la nation et de la résistance française à travers une allégorie sans grande originalité représentant un détail de la frise de François Rudé « la Marseillaise » située sur l’un des piédroits de l’Arc de triomphe.

 

© L'Adresse Musée de La Poste, Paris / La Poste

La Marseillaise, 1917, 5 f. + 1 f. bleu. Dessin : Louis Dumoulin - Gravure : Léon Ruffé.

Après la compassion, d’autres figurines vinrent magnifier la grandeur de la nation et de la résistance française à travers une allégorie sans grande originalité représentant un détail de la frise de François Rudé « la Marseillaise » située sur l’un des piédroits de l’Arc de triomphe.

© L'Adresse Musée de La Poste, Paris / La Poste

Lion de Belfort, 1917, 50 c. + 50 c. brun et brun clair. Dessin : Louis Dumoulin - Gravure : Léon Ruffé.

Cette approche allégorique de la nation risquait cependant d’apparaitre quelque peu évanescente, aussi un rappel à un passé récent tout aussi fédérateur s’imposait avec la réplique belfortaine du lion de la place Denfert-Rochereau symbolisant l’héroïsme de la résistance française durant la guerre 1870.

© L'Adresse Musée de La Poste, Paris / La Poste

Tranchée et drapeau, 1917, 35 c. + 25 c. ardoise et violet. Dessin : Louis Dumoulin - Gravure : Léon Ruffé.

En sept figurines, une seule évoque la Grande guerre au sens propre du terme mais ce paysage de tranchées déserté par les combattants des deux camps apparait cependant bien éloigné de la réalité ordinaire des combattants.

© L'Adresse Musée de La Poste, Paris / La Poste

Infirmière, 1917, 15 c. + 5 c. noir et rouge. Dessin : Louis Dumoulin - Gravure : Léon Ruffé.

Un réalisme aseptisé commun également à la figurine évoquant les blessés de guerre dont le quotidien était plus proche du tableau de Jean Galtier-Boissière le « Défilé des mutilés. 14 juillet 1919 » que de ce cadre bucolique peuplé de religieuses infirmières aussi attentives que dévouées.

© L'Adresse Musée de La Poste, Paris / La Poste
  • Semeuse camée avec une surcharge au profit de la Croix-Rouge, 1914, 10 c. + 5 c. rouge foncé. Dessin : Louis Oscar Roty - Gravure : Jean-Baptiste Lhomme
  • Semeuse camée avec une surcharge au profit de la Croix-Rouge, 1914, 10 c. + 5 c. rouge. Dessin : Louis Oscar Roty - Gravure : Jean-Baptiste Lhomme.
  • Veuve au cimetière, 1917, 2c. + 3c. brun-lilas. Dessin : Louis Dumoulin - Gravure : Léon Ruffé
  • Deux orphelins, 1917, 5 c. + 5 c. vert. Dessin : Louis Dumoulin - Gravure : Léon Ruffé
  • Paysanne à la charrue, 1917, 15 c. + 10 c. gris-vert. Dessin : Louis Dumoulin - Gravure : Léon Ruffé.
  • Paysanne à la charrue, 1917, 25 c. + 15 c. bleu. Dessin : Louis Dumoulin - Gravure : Léon Ruffé
  • La Marseillaise, 1917, 1 f. + 1 f. carmin. Dessin : Louis Dumoulin - Gravure : Léon Ruffé.
  • La Marseillaise, 1917, 5 f. + 1 f. bleu. Dessin : Louis Dumoulin - Gravure : Léon Ruffé.
  • Lion de Belfort, 1917, 50 c. + 50 c. brun et brun clair. Dessin : Louis Dumoulin - Gravure : Léon Ruffé
  • Tranchée et drapeau, 1917, 35 c. + 25 c. ardoise et violet. Dessin : Louis Dumoulin - Gravure : Léon Ruffé
  • Infirmière, 1917, 15 c. + 5 c. noir et rouge. Dessin : Louis Dumoulin - Gravure : Léon Ruffé
informations
Auteur
  • Grégory Aupiais
    Ingénieur d'études - université Paris Diderot/Paris 7
sources
Musée de La Poste
Diaporama (série d'images thématique)