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La Géographie Humaine de Jean Bruhnes dans les Archives de la Planète

Le géographe Jean Brunhes, directeur scientifique des Archives de la Planète depuis 1912, considère que « la photographie est devenue (…) une véritable méthodologie de l'enseignement1 », aussi ses cours de Géographie Humaine au Collège de France sont-ils très fréquemment illustrés de projections d’autochromes dont il programme et dirige lui-même une bonne partie de la production.

Entre décembre 1914 et mai 1915, il dirige un reportage photographique en quatre étapes sur les traces laissées par la bataille de la Marne, la bataille de l'Aisne et la « course à la mer ». Deux opérateurs des Archives de la Planète l’accompagnent et réalisent 1000 autochromes, qui sont utilisées par le professeur dans le cadre de ses cours pendant toute la durée de la guerre.

Les propos tenus par Jean Brunhes à l'appui de ces images nous sont connus grâce à la transcription du contenu de ses cours2.

En 1915 et 1916, les autochromes servent une série de leçons de « géographie de la guerre », où le déroulement du conflit est analysé dans sa relation avec la géographie physique et la géographie des voies de circulation.

En 1917 et 1918, Jean Brunhes réoriente son cours en direction de la géographie politique. Concerné par les « grands problèmes qui se posent aujourd'hui (…) à propos de la guerre et comme suite à la guerre3 », il s’exprime sur les notions de nationalité, d'État, de frontière, de capitale, sur l'opportunité de la création d'une Société des Nations ou encore sur les conditions d’application du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

En se saisissant de ces questions, Jean Brunhes positionne la Géographie Humaine comme une science d’expertise propre à accompagner la décision politique, à la veille des grands débats internationaux qui présideront à la recomposition de l’ordre mondial sur les ruines des empires austro-hongrois, russe et ottoman.

Encore plus pratiquement, les opérateurs des Archives de la planète sont envoyés sur les terrains où se jouent les intérêts particuliers de la France : en Alsace-Lorraine, dont le retour après 50 ans d’annexion allemande constitue le but de guerre français principal, et au Proche-Orient où se joue, en rivalité avec la Grande-Bretagne, la répartition des zones d’influence sur l’Arabie, l’Irak, le Liban, la Syrie, la Palestine…

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1Jean Brunhes, « Un nouveau procédé de reproduction appliqué à l’étude et à la représentation des faits géographiques : phototypie stéréoscopique (avec dix planches stéréoscopiques) », Études géographiques, I, 1, 1900, pages 1-12
2Archives nationales de France, 615 AP 32
3Cours au Collège de France du 3 décembre 1917, ibid.

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« Le canal de la Marne au Rhin et le chemin de fer de Paris à Nancy dans la coupure de l’Ornain sur la route », Faims, Meuse, 28 décembre 1914, autochrome de Georges Chevalier, inv. A 4834.

Citation de Jean Brunhes :

« Ce que je voudrais vous dire en quelques mots, ce sont les réalités géographiques qui me paraissent se dégager de cette prise de contact, dans une heure de crise, avec la terre. Ces réalités géographiques, ce sont surtout les routes, les rivières, les forteresses naturelles. » (Jean Brunhes, cours au Collège de France du 1er février 1915).

© Collection Archives de la Planète - Musée Albert-Kahn / Département des Hauts-de-Seine

« Le pont que l’on a fait sauter, et sur lequel s’est engagé le train de blessés qui a été jeté dans la rivière », Mary-sur-Marne, Seine-et-Marne, 27 décembre 1914, autochrome de Georges Chevalier, inv. A 4782.

Citation de Jean Brunhes :

« Il n’y a plus de batailles de villes pour ainsi dire, mais des batailles de fleuves, de rivières ; nous comprenons très bien ce qu’on entend par bataille de la Marne, bataille de l’Ourcq, bataille de l’Aisne, bataille des trois fronts, l’Aisne, la Meuse, la Somme. » (Jean Brunhes, cours au Collège de France du 1er février 1915)

© Collection Archives de la Planète - Musée Albert-Kahn / Département des Hauts-de-Seine

« Anciennes tranchées devant Vassincourt », Meuse, 21 janvier 1915, autochrome de Georges Chevalier, inv. A 4805.

Citation de Jean Brunhes :

« Encastré dans le sol, agrippé au sol », le front « demeurera un des plus grands faits d'ordre politique et géographique qui aient jamais existé. » (Jean Brunhes, cours au Collège de France du 6 décembre 1915)

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« Entre Meaux et Vareddes, à la côte 127, emplacement des batteries allemandes qui tiraient sur la cathédrale de Meaux », Seine-et-Marne, 27 décembre 1914, autochrome de Georges Chevalier, inv. A 4769.

© Collection Archives de la Planète - Musée Albert-Kahn / Département des Hauts-de-Seine

« Un trou d’obus », Léomont, Meurthe-et-Moselle, 30 août 1915, autochrome d’Auguste Léon, inv. A 5438.

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« Le siège de la mission militaire », Masevaux, Haut-Rhin, 25 juin 1918, autochrome de Georges Chevalier, inv. A 14 310.

Citation de Jean Brunhes :

« Notre mission administrative militaire de l’Alsace occupée a été une administration merveilleuse. Lorsqu’on fera l’histoire de cette occupation, on verra quelle a été sa compréhension du pays, quelle a été à la fois son autorité et sa douceur, quels ont été se moyens d’information et quels ont été ses moyens d’influence par persuasion. » (Jean Brunhes, « Paysages d’Alsace libérée », conférence donnée pendant les Journées d’Alsace-Lorraine, 11 novembre 1918)

© Collection Archives de la Planète - Musée Albert-Kahn / Département des Hauts-de-Seine

« Mlles Hélène et Denise Lauth », Masevaux, Haut-Rhin, 7 juillet 1918, autochrome de Georges Chevalier, inv. A 14 355.

Commentaire de Jean Brunhes :

 « Une de ces deux alsaciennes a une physionomie à la fois blême de la tristesse de tout le passé souffert et de l’espérance de la reconquête qui est venue. Cette dernière photographie est encore plus l’expression de tout ce qu’on a peiné en Alsace et de toute la fermeté, de toute la fidélité avec laquelle on a toujours regardé vers la France (Vifs applaudissements). » (Jean Brunhes, « Paysages d’Alsace libérée », conférence donnée pendant les Journées d’Alsace-Lorraine, 11 novembre 1918)

© Collection Archives de la Planète - Musée Albert-Kahn / Département des Hauts-de-Seine

« Capitaine Pisani [Chef du détachement français d’Akaba]», Gouaira, Arabie, 4 mars 1918, autochrome de Paul Castelnau, inv. A 15512.

Depuis 1917, un détachement français en Arabie appuie l’armée anglaise, qui elle-même appuie la révolte arabe contre l’empire ottoman. Il s’agit alors pour la France de gagner sa légitimité à conserver et étendre sa zone d’influence dans la région après la victoire, qui intervient effectivement en octobre 1918 (armistice de Moudros).

© Collection Archives de la Planète - Musée Albert-Kahn / Département des Hauts-de-Seine

« Camp français», environs d’Akaba, Arabie, 24 février 1918, autochrome de Paul Castelnau, inv. A 15480.

© Collection Archives de la Planète - Musée Albert-Kahn / Département des Hauts-de-Seine

« Coin du camp anglais», Akaba, Arabie, 23 février 1918, autochrome de Paul Castelnau, inv. A 15477.

© Collection Archives de la Planète - Musée Albert-Kahn / Département des Hauts-de-Seine

« L’Emir Fayçal», Akaba, Arabie, (26 ?) février 1918, autochrome de Paul Castelnau, inv. A 15488.

Fayçal (1885-1933) : fils du chef de la révolte arabe (le chérif Hussein). Dans le contexte du démantèlement de l’empire ottoman il espère régner sur un royaume arabe qui comprendrait la Syrie et la Palestine. La gestion de ces deux régions étant attribuées respectivement à la France et à la Grande-Bretagne sous la forme de mandats de la Société des Nations, les Alliés installent Fayçal sur le trône d’Irak, qu’il occupe de 1921 à 1933.

© Collection Archives de la Planète - Musée Albert-Kahn / Département des Hauts-de-Seine

« Nouveau sérail [palais], le général Gouraud reçoit les délégations [libanaises] » (extrait, durée 00 :00), Beyrouth, Liban, 22 novembre 1919, Lucien Le Saint, film négatif, réf. AI 141 183.

Avant même l’attribution de son mandat sur la Syrie et le Liban par la Société des Nations (avril 1920), la France y envoie le général Henri Gouraud  en qualité de haut-commissaire de la République française dès novembre 1919. Au Liban, le général est favorablement accueilli par la population, traditionnellement francophile. Dans les régions syriennes, partisanes de la création d’un royaume arabe, l’accueil sera plus réservé. Lucien Le Saint, qui partage alors ses services entre les Archives de la planète et le service cinématographique de l’Armée, fait partie des quatre reporters qui couvrent les premiers jours de la mise en place du haut-commissariat.

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