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Dans les collections presse et périodiques de la BnF : le Traité de Versailles

Le traité de Versailles est signé le 28 juin 1919 dans le cadre de la conférence de Paris. Il institue la paix entre l'Allemagne et les Alliés, mettant ainsi un terme à la Première Guerre mondiale. Produit des délibérations du Conseil des Quatre (constitué de Lloyd George pour la Grande-Bretagne, de Vittorio Orlando pour l'Italie, de Georges Clemenceau pour la France et de Woodrow Wilson pour les Etats-Unis), le traité a l'immense tâche de mettre sur pied une paix durable qui tient compte des intérêts et des attentes de chacun des vainqueurs, en cherchant également à reconstruire une Europe nouvelle, profondément bouleversée par le conflit le plus meurtrier et destructeur de l'Histoire. Le sort de l'Allemagne, écartée des délibérations, est évidemment au centre des discussions. Clemenceau veut l'affaiblir durablement pour éloigner le plus longtemps possible tout risque de nouveau conflit. Lloyd George, fidèle à la théorie de l'équilibre des puissances, voudrait la ménager pour ne pas créer une hégémonie française sur le continent et dresser un rempart solide contre le bolchevisme. Pour sa part, le président Wilson, rompant avec l'isolationnisme américain, vient en personne sur le sol européen défendre sa nouvelle vision de la diplomatie internationale, exposée devant le Congrès en « quatorze points » : y figure notamment l'idée nouvelle du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, qui débouchera sur la création de la Société des Nations. Condamnée moralement, amputée territorialement, l'Allemagne est sommée de payer d'énormes réparations et de renoncer à son empire colonial. La presse française de l'époque rend compte largement, à partir de janvier 1919, des négociations de paix ainsi que de la signature du traité lui-même. Elle se fait le reflet des attentes et aussi parfois des illusions de l'opinion publique et des hommes politiques français au sujet des modalités de la paix. Revenue de l'idéal wilsonien et d'une « paix française » qui garantirait une sécurité durable par une démilitarisation totale de l'Allemagne forcément impossible à mettre en oeuvre, elle se fait aussi l'écho des difficultés d'application de certains de ses principes et du problème parfois insoluble du tracé des nouvelles frontières, ainsi que du sort des minorités qui seront une source de conflit latente pour l'avenir1.

Voici une sélection commentée d'articles des journaux de l'époque consacrés au Traité de Versailles qui proviennent des collections presse et périodiques de la BnF. Chaque légende renvoie vers le document complet sur Gallica >>

1 Sources : Pierre Miquel, La paix de Versailles et l'opinion publique française, Flammarion, 1972 - Bruno Cabanes, « Le vrai échec du traité de Versailles », L'Histoire n°343, 2009.

Une de l'Echo de Paris du 14 décembre 1918, Le président Wilson / L'arrivée à Brest du président Wilson

Une de l'Écho de Paris du 14 décembre 1918. Le président Wilson / L'arrivée à Brest du président Wilson, Pertinax. L'Écho de Paris rend compte de l'arrivée triomphale du président américain, accueilli à Brest comme le messie de la paix. La une s'accompagne d'un article de Pertinax qui salue le mérite de Wilson d'avoir su engager son pays dans la guerre et faire ainsi basculer la victoire du côté des Alliés.
Le journal : lancé par Valentin Simond en 1884, il tarde à rencontrer le succès malgré un contenu varié traité de façon légère. Le journal mène une campagne anti-dreyfusarde : son contenu perd rapidement tout caractère grivois pour exprimer les idées de la droite nationaliste et conservatrice tout en faisant la part belle à l'actualité littéraire et artistique. Fortement patriote, le journal soutient Clemenceau durant la Conférence de paix de Versailles. En 1940, le titre se replie en zone Sud avant de se saborder en 1942.
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Une du Petit Parisien du 15 décembre 1915. Ce fut un immense cri d'amour. Le lendemain, Wilson arrive à Paris. Le ton dithyrambique du Petit Parisien permet de souligner le rapprochement de la France et des Etats-Unis à travers les souffrances de la guerre. L' égalité de vue entre les deux nations est soulignée. Le reste de l'article rend compte de la visite du président américain sous la forme désuète d'une chronique mondaine.
Le journal : fondé en 1876 par Louis Andrieux, il soutient la République, la laïcisation de la société et la séparation de l'Église et de l'État. Sous la direction de Jean Dupuy, le titre adopte un ton plus modéré. Le journal connaît un fort succès grâce à la qualité et à la variété de ses articles (politique, sports, faist-divers...). En 1940, le titre se replie en zone Sud puis revient à Paris. Collaborationniste, il disparaît en 1944.
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Une de l'Écho de Paris du 24 février 1919. Laissons les théories pour la réalité, Gabriel Bonvalot. Les premières atteintes au wilsonisme apparaissent à la suite de la publication des travaux sur l'établissement d'une Ligue des Nations. Le projet n'offre pas de garanties suffisantes pour une grande partie de la presse nationaliste. Gabriel Bonvalot reproche l'idéalisme du projet, sans efficacité militaire pour faire respecter le droit et la paix et l'absence de protection internationale. Face à cette coquille vide, l'ancien système des alliances doit perdurer.
Le journal : lancé par Valentin Simond en 1884, il tarde à rencontrer le succès malgré un contenu varié traité de façon légère. Le journal mène une campagne anti-dreyfusarde : son contenu perd rapidement tout caractère grivois pour exprimer les idées de la droite nationaliste et conservatrice tout en faisant la part belle à l'actualité littéraire et artistique. Fortement patriote, le journal soutient Clemenceau durant la Conférence de paix de Versailles. En 1940, le titre se replie en zone Sud avant de se saborder en 1942.
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Une du Temps du 02 mars 1919. Le désarmement de l'Allemagne. En France, contrairement à Clemenceau, l'État-major français, avec à sa tête le maréchal Foch, est partisan d'une occupation militarisée de la rive gauche du Rhin et d'un désarmement encore plus poussé de l'Allemagne pour prévenir plus facilement tout nouveau risque d'invasion. Le rapport du maréchal Foch sur ce sujet est détaillé dans les colonnes du Temps. Pour le journal, ce désarmement est nécessaire, mais pas suffisant : il faut aussi changer la mentalité allemande. La Grande-Bretagne, en la personne de Lloyd George, s'opposera vigoureusement à ce rapport.
Le journal : lancé en 1861 par le libéral Auguste Neffzer, Le Temps est repris par Adrien Hébrard. Le journal se démarque par son important réseau de correspondants. Sa qualité et son sérieux sont unanimement reconnu. Républicain conservateur, il devient l'organe officieux de la diplomatie française. Il se saborde en 1942.
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Une du Petit Journal du 16 mars 1919. La Pologne restaurée : quelles frontières aura demain le nouvel Etat ? Lieutenant-colonel de Thomasson. Ni nouvellement créée, ni démantelée, la Pologne est restaurée en tant qu'État souverain. Le Lieutenant-colonel de Thomasson expose sa reformation en termes stratégiques. Il évoque évidemment le corridor de Dantzig qui permettra à la Pologne d'avoir un libre-accès à la mer Baltique comme l'avait spécifié Wilson dans son 13ème point.
Le journal : lancé par Moïse Millaud en 1863, le titre remporte un rapide succès grâce à son coût modique et son petit format. Plus que sur l'analyse de la vie politique, le journal mise sur le fait divers traité de manière sensationnelle. Son supplément hebdomadaire renforce sa popularité par l'emploi de couvertures illustrées. En 1937, il devient l'organe du Parti social français. Replié à Clermont-Ferrand en 1940, il est supprimé en 1944.
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Une du Petit Parisien du 24 avril 1919. Les délégués italiens à la Conférence ont décidé de quitter Paris aujourd'hui. Au sein du conseil des Quatre, Orlando joue un rôle beaucoup moins prédominant que ses trois autres collègues. La déclaration du président Wilson sur son refus de céder la ville portuaire de Fiume à l'Italie provoque le départ de la délégation italienne le 24 avril. Les revendications territoriales italiennes découlent du pacte de Londres dont les Etats-Unis ne sont pas signataires. On parle de « victoire mutilée », provoquant rancoeur et mécontentement. Le traité de Rapallo, signé en novembre 1920, institue Fiume ville libre et indépendante que Mussolini reprend en 1924 au nom de l'Italie fasciste.
Le journal : fondé en 1876 par Louis Andrieux, il soutient la République, la laïcisation de la société et la séparation de l'Église et de l'État. Sous la direction de Jean Dupuy, le titre adopte un ton plus modéré. Le journal connaît un fort succès grâce à la qualité et à la variété de ses articles (politique, sports, faist-divers...). En 1940, le titre se replie en zone Sud puis revient à Paris. Collaborationniste, il disparaît en 1944.
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Une de l'Action Française du 08 mai 1919. Une paix trop douce pour ce qu'elle a de dur. Jacques Bainville. Une fois les clauses du traité connues, certains journaux conservateurs et nationalistes font part de leur réticence voire de leur profond scepticisme. Ils peuvent toutefois, au-delà de prises de position trop attendues, nourrir une analyse intéressante sur les faiblesses que porte en lui-même le traité. Ainsi, Jacques Bainville, dans L'Action française : « Cette paix n'est pas d'une coulée pure. Elle réalise un compromis entre le programme primitif des Alliés, celui des restitutions, des réparations et des garanties et le programme wilsonien. [...] L'Allemagne reste un grand Etat qui, avec un peu de patience, peut se soustraire un jour aux conditions que la défaite le contraint d'accepter[...] Qu'on se mette à la place des Allemands de 1934. Quel peuple, dans leur cas, ne regarderait alors autour de lui pour voir si l'heure de l'indépendance n'a pas sonné. »
Le journal : fondé par Charles Maurras et Léon Daudet, le journal s'affirme rapidement comme le fleuron de la presse nationaliste et anti-républicaine. Son ton provocateur asseoit son succès. Violemment antisémite et antimaçonnique, il fédère l'ensemble de la droite conservatrice jusqu'en 1926, date à laquelle il est mis à l'index par le pape. Le soutien qu'il apporte à Vichy lui vaut d'être interdit en 1944.
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Une du Petit Journal du 09 mai 1919. Une paix française. Marcel Ray. Pour Marcel Ray, le traité de Versailles est une totale réussite qui…« met une telle distance entre le vainqueur et le vaincu...C'est une grande victoire, la victoire diplomatique après les victoires militaires ». L'illusion d'une paix française perdure dans ses propos. Pourtant celle-ci sera battue en brèches moins d'un an plus tard lorsque la promesse de protection du territoire français, en cas de nouvelle agression de l'Allemagne, sera invalidée par la non-ratification du traité par le Sénat américain en mars 1920.
Le journal : lancé par Moïse Millaud en 1863, le titre remporte un rapide succès grâce à son coût modique et son petit format. Plus que sur l'analyse de la vie politique, le journal mise sur le fait divers traité de manière sensationnelle. Son supplément hebdomadaire renforce sa popularité par l'emploi de couvertures illustrées. En 1937, il devient l'organe du Parti social français. Replié à Clermont-Ferrand en 1940, il est supprimé en 1944.
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Une de L'Humanité du 04 juin 1919. Le mouvement de grève s'amplifie. Raoul Evrard. Le traité de Versailles et les pourparlers de paix paraissent parfois très éloignés des préoccupations immédiates des français touchant leurs conditions de vie dans l'immédiate après-guerre. En témoignent les mouvements de grève de plus en plus nombreux durant le mois de juin 1919 dont L'Humanité se fait largement l'écho dans ses colonnes.
Le journal : Fondé par le socialiste Jean Jaurès en décembre 1904, L'Humanité soutient les revendications ouvrières, marque son hostilité face à l'engagement français au Maroc et affiche son pacifisme. Après la mort de Jaurès, il soutient cependant le gouvernement de guerre. En 1920, à l'issue du Congrès de Tours, le journal rompt avec le réformisme pour rejoindre le communisme révolutionnaire. Le 26 août 1939, le journal est saisi.
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Une du Petit Journal du 29 juin 1919. La paix du droit est signé. Hier à Versailles, 1919 a effacé 1871. Le Petit Journal rend compte en détail de la cérémonie de signature du traité : elle est orchestrée de manière extrêmement symbolique. Le lieu choisi, la Galerie des Glaces du château de Versailles, est censé laver l'affront qu'avait représenté la proclamation du Reich allemand en ce même lieu en 1871. La date se réfère à l'assassinat cinq ans plus tôt de l'Archiduc François-Ferdinand. La présence de quelques « gueules cassées » rappelle les atrocités de la guerre à ceux qui sont accusés de l'avoir provoquée.
Le journal : lancé par Moïse Millaud en 1863, le titre remporte un rapide succès grâce à son coût modique et son petit format. Plus que sur l'analyse de la vie politique, le journal mise sur le fait divers traité de manière sensationnelle. Son supplément hebdomadaire renforce sa popularité par l'emploi de couvertures illustrées. En 1937, il devient l'organe du Parti social français. Replié à Clermont-Ferrand en 1940, il est supprimé en 1944.
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Une du Matin du 29 juin 1919. La paix est conclue. La Chine est la seule puissance alliée à refuser de signer le traité. En cause la volonté du président américain Wilson de donner au Japon les anciennes possessions allemandes de la péninsule du Shandong, conquises au début de la guerre. Ainsi, pour la délégation chinoise, « Les clauses du traité transfèrent les droits allemands dans la province chinoise du Chantoung entre les mains du Japon au lieu de les restituer à la Chine, souveraine de ce territoire ». Ce refus met en lumière la difficulté d'application de nouveaux principes plus respectueux du droit des peuples et des États face au réalisme politique. La déception est d'autant plus grande que les nouveaux principes wilsoniens, comme celui du « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes » avaient eu le temps de se propager, grâce aux progrès de la presse, jusqu'en Egypte, en Chine et en Inde.
Le journal : lancé en 1884 par Sam Chamberlain, il devient sous la direction de Maurice Bunau-Varilla, rencontre un vif succès grâce à son ton accrocheur et original. Nationaliste et antiparlementaire, il mène de grandes campagnes contre les « affaires », grâce à un ton accrocheur et à de grandes campagnes autour des "affaires". Proche de l'extrême-droite, Le Matin se rallie à l'occupant en 1940 et disparaît à la Libération.
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  • Une de l'Echo de Paris du 14 décembre 1918, Le président Wilson / L'arrivée à Brest du président Wilson
  • Une du Petit Parisien du 15 décembre 1915. Ce fut un immense cri d'amour.
  • Une de l'Echo de Paris du 24 février 1919. Laissons les théories pour la réalité, Gabriel Bonvalot.
  • Une du Temps du 02 mars 1919. Le désarmement de l'Allemagne.
  • Une du Petit Journal du 16 mars 1919. La Pologne restaurée : quelles frontières aura demain le nouvel Etat ?
  • Une du Petit Parisien du 24 avril 1919. Les délégués italiens à la Conférence ont décidé de quitter Paris aujourd'hui.
  • Une de l'Action Française du 08 mai 1919. Une paix trop douce pour ce qu'elle a de dur.
  • Une du Petit Journal du 09 mai 1919. Une paix française.
  • Une de L'Humanité du 04 juin 1919. Le mouvement de grève s'amplifie.
  • Une du Petit Journal du 29 juin 1919. La paix du droit est signé. Hier à Versailles, 1919 a effacé 1871.
  • Une du Matin du 29 juin 1919. La paix est conclue.
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Auteur
  • Laurent Arzel
    BnF
sources
Bibliothèque nationale de France
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