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Les Archives municipales de Toulouse : Drôle de guerre !?, le catalogue des cartes postales dessinées éditées à Toulouse

Dès le début de ce qui allait devenir la « Grande Guerre », Toulouse s’affirme comme l’une des principales villes de l’arrière. Mais son rôle en tant que centre de propagande patriotique est largement ignoré. En 2008, les Archives municipales avaient publié un premier ouvrage recensant l’ensemble des cartes postales photographiques réalisées et diffusées par des maisons toulousaines entre 1914 et 1919. Mais cette propagande locale ne s’est pas limitée à la diffusion de clichés photographiques, et d’autres maisons d’édition ont privilégié l’art qui dominait encore dans la presse comme sur les murs de la ville : le dessin.

Le principal éditeur qui va diffuser ce type d’image est la maison Laclau, dont toute la production est, dès le début du conflit, entièrement dédiée à la propagande patriotique et au soutien du moral et de la confiance des civils.

D'autres, comme la grande entreprise d’imprimerie et de lithographie toulousaine Sirven, se lancent aussi dans ce genre d’édition. L’un des artistes locaux de talent dont Laclau diffuse les œuvres, Jan Metteix, publie également à son compte plusieurs séries, dont des « Pages d’histoire » vibrantes de patriotisme et une « Série comique » d’une extrême virulence.

Tous firent alors de Toulouse une ville patriote et solidaire de ses enfants qui combattaient dans les tranchées, comme le donne à voir Drôle de guerre !? Catalogue des cartes postales dessinées éditées à Toulouse (1914-1918) rédigé par Cédric Marty et Fabrice Pappola, sous la direction de François Bordes. Ce diaporama présente une sélection de cartes postales issues de ce catalogue.

A Berlin. En avant tous et sus aux Allemands, dessin de Jan Metteix. Éditée par A.-F. Laclau. Cote 9 Fi 6614.

La Guerre n°1. A Berlin. En avant tous et sus aux Allemands, dessin de Jan Metteix. Éditée par A.-F. Laclau. Cote 9 Fi 6614.

Cette carte témoigne de l’affichage patriotique caractéristique des premiers jours du conflit : « A Berlin ! » « En avant tous et sus aux Allemands ». On trouve ces mêmes inscriptions sur les trains au départ des troupes dans les gares. Cette forêt de baïonnettes n’est pas sans évoquer les piques des foules révolutionnaires, ici fichées de têtes d’officiers prussiens et de celle de l’empereur d’Allemagne Guillaume II. Le dessinateur Metteix fait également référence aux Alliés appelés à lutter aux côtés de la France.

© Ville de Toulouse, Archives municipales

La Guerre n°3. Le Lion de Belfort. La revanche. Français debout. 1870-1914. Et dire que j'ai dormi 44 ans. La France redevient la France, [Le réveil du Lion de Belfort], dessin de Jan Metteix. Éditée par A.-F. Laclau. Cote 9 Fi 5496.

Conçu par le sculpteur Auguste Bartholdi en 1880, le lion de Belfort commémore la résistance de la citadelle éponyme de décembre 1870 à février 1871 face aux armées prussiennes. Une copie de cette statue, toujours visible à Paris, place Denfert-Rochereau, est l’un des points de rassemblement principaux des manifestations organisées par les nationalistes français jusqu’en 1914. Metteix se fait ici l’écho du resurgissement dans l’espace public, à l’été 1914, de la notion de « Revanche » dans l’espace public. Les Français sont invités par l’auteur à prendre l’épée (la statue originale n’en porte pas), afin d’effacer l’humiliation de la défaite de 1871.

© Ville de Toulouse, Archives municipales

La Guerre n°6. Hommage à la Belgique. Défense héroïque de Liège. Halte-là : On n'entre pas ici comme dans un moulin. La Belgique a la Croix et le Roi sa médaille. Et toi, Prussien, sais-tu, un paquet de mitraille ! [Une croix bien gagnée], dessin de Jan Metteix. Éditée par A.-F. Laclau. Cote 9 Fi 5684.

Le 6 août 1914, Erich Ludendorff parvient à prendre la ville de Liège, protégée par une ceinture de forts, sans obtenir la reddition de ces ouvrages défensifs qui cèdent finalement un à un, après un lourd bombardement entre le 12 et le 16 août. La défense des forts de Liège a été largement relayée par la presse française, et s’impose comme un symbole de l’héroïsme des Belges. Leur résistance est officiellement saluée par le gouvernement français, qui attribue le 7 août à la ville la Croix de la Légion d’Honneur, et le 9 août la Médaille Militaire au roi des Belges, Albert Ier.

© Ville de Toulouse, Archives municipales

La Guerre n°8. Le Tusto-Batistou. Allons-y les enfants de bon cœur. Et Vive la France ! [La tête prussienne (Tusto-Batistou). Tapez fort sur l’Allemagne], dessin de Jan Metteix. Éditée par A.-F. Laclau. Cote 9 Fi 5079.

Tiré d’une chanson traditionnelle en occitan, le « Tusto-Batistou » est ici habillé en « uhlan » (cavalier léger allemand) et reçoit les coups portés par la France et ses alliés : la Russie armée d’un knout, la Belgique brandissant un sabre, l’Angleterre représentée sous les traits d’un majordome, et le Japon, simple observateur de la scène.

© Ville de Toulouse, Archives municipales

La Guerre n°11. Que je t'aime, petit soldat de France ! - Tu ne m'effraies point, maître d'école devenu soldat. Ce petit pioupiou est bien à moi, je l'aime ! Il est articulé et sonne le refrain de la victoire, par Jan Metteix. Éditée par A.-F. Laclau. Cote 9 Fi 5952.

Dès les premiers jours du conflit, les références aux régions perdues en 1870, l’Alsace et la Lorraine, sont réactivées. Ici, une jeune Alsacienne refuse d’obéir à son ancien instituteur allemand, devenu soldat, et affiche son amour pour la France. L’auteur suggère ainsi que quarante années d’enseignement allemand n’ont pas été en mesure de d’effacer le sentiment national et les références culturelles des Alsaciens-Lorrains.

© Ville de Toulouse, Archives municipales

La Guerre n°13. La victoire. En avant ! Pour la victoire !, par Jan Metteix. Éditée par A.-F. Laclau. Cote 9 Fi 6842.

Cette composition illustre la force des conventions iconographiques dans la représentation des batailles. Inspirée de la peinture académique du XIXe siècle, elle réduit la guerre à une marée humaine déferlant inexorablement sur l’ennemi. On distingue clairement des fantassins chargeant à la baïonnette au son des clairons, des cavaliers levant leur sabre et des artilleurs s’activant autour d’un canon de 75. La légende met ici l’accent sur la tactique générale de l’armée française, prônant l’offensive à outrance à la veille de la guerre.

© Ville de Toulouse, Archives municipales

La Guerre n°26. Les détrousseurs de cadavres. « Ah ! Vieux filou, tu voles tabac à frère à moi, il va t’en donner de meilleur que chez le marchand du coin », par A. de Caunes. Éditée par A.-F. Laclau. Cote 9 Fi 6841.

Outre la nouvelle accusation de vol portée contre les troupes allemandes, cette carte est l’une des premières à mettre en scène un soldat colonial. Le « français simplifié », mieux connu sous le nom de « petit-nègre », a été promu à partir de la fin du XIXe siècle par les autorités militaires pour communiquer avec les soldats coloniaux jusqu’après la Première Guerre mondiale. Notons enfin que la légende n’est cependant pas totalement adaptée à la scène et au titre.

© Ville de Toulouse, Archives municipales

La Guerre n° 55. Un enfant héroïque. « La vie sauve étant offerte au jeune Emile Desprez, de Lourches, s’il consentait à achever un sergent français blessé, l’enfant fait mine d’accepter mais retourne son arme contre l’officier prussien et l’abat (17 septembre 1914.) », par A. de Caunes. Éditée par A.-F. Laclau. Cote 9 Fi 6279.

Emile Desprès est l’un des enfants-héros les plus fréquemment cités dans la littérature de jeunesse pendant la guerre. Cet employé d’une mine âgé de 13 ou 14 ans, originaire de Lourches dans le Nord, fait l’objet de plusieurs récits plus ou moins convergents durant le conflit. L’un le présente comme un enfant-héros, abattant un officier allemand qui lui aurait ordonné d’achever un blessé français. Une autre version insiste davantage sur son martyre : après avoir tué l’officier allemand, il meurt à son tour sous les coups de baïonnettes. Ces exploits de jeunes enfants sont le plus souvent imaginaires, conçus pour offrir à la société civile des modèles d’héroïsme, de patriotisme et de résistance à l’ennemi.

© Ville de Toulouse, Archives municipales

La Guerre n°63. Mater dolorosa. [La Vierge soutenant dans ses bras un petit soldat français blessé], par A. de Caunes. Éditée par A.-F. Laclau. Cote 9 Fi 6099.

La mort du soldat est ici traitée selon un angle religieux. Dans cette Piétà – symbole de la douleur des hommes – la Vierge pleure la mort de ce combattant, vouant son âme au Paradis en évoquant le souvenir de la Passion du Christ.

© Ville de Toulouse, Archives municipales

Cote n°73. La cavalerie française à Lille. « Dans les combats autour de Lille, la cavalerie française se couvrit de gloire. Un régiment hongrois fut particulièrement décimé. 850 magyars mordirent la poussière. », par Serviac. Éditée par A.-F. Laclau. Cote 9 Fi 6365.

Les faits d’armes rapportés dans les cartes postales obéissent à des conventions iconographiques très marquées. La charge de cavalerie constitue ainsi un topos de la représentation de combats. L’originalité de la carte tient à l’identité des adversaires. Il s’agit ici de cavaliers magyars, intégrés à l’armée austro-hongroise.

© Ville de Toulouse, Archives municipales

La Guerre. Série comique n°I. « Le diable l’emporte !... (Le dernier des Hohenzollern) », dessin de Jan Metteix. Éditée par Jan Metteix. Cote 9 Fi 6067.

L’association entre Guillaume II et le diable est très fréquente chez les caricaturistes. L’air hagard du démon, les éperons fixés aux bottes du Kaiser, les bras serrés autour de l’encolure indiquent que ce dernier a choisi sa monture. Mais l’espoir de sa disparition est récurrent. Tout au long de la guerre, les prophéties et fausses nouvelles annonçant sa mort imminente se multiplièrent. Metteix affirme que sa disparition mettra fin à la dynastie royale puis impériale (« le dernier des Hohenzollern ») qui avait permis à la Prusse puis l’Allemagne d’accéder au rang de puissance européenne de premier ordre. L’histoire lui donnera raison, puisque Guillaume II abdiquera finalement le 9 novembre 1918, ouvrant ainsi la voie à l’instauration de la République de Weimar.

© Ville de Toulouse, Archives municipales

La Guerre. Série comique n°III.Dessin de Jan. Il se vante d’avoir : (...) [Merde pour le roi de Prusse]. Dessin et édition de Jan Metteix. Cote 9 Fi 5497.

Cette carte sur fond tricolore oppose la facétie du soldat français à la lourdeur d’un officier allemand baignant dans un plat de choucroute. La carte est à lire avec un miroir ou par transparence, les chiffres laissant alors apparaître la phrase « Merde pour le roi de Prusse. » Le décompte des prisonniers ou du matériel pris à l’ennemi fut un procédé fréquemment utilisé par les autorités civiles et militaires comme un outil de communication permettant de rassurer les populations quant à l’issue de la guerre.

© Ville de Toulouse, Archives municipales

La Guerre. Série comique n°VII. La croix de fer d’Allemagne. « Qui n'a pas sa Croix de fer - Hoch !... hoch!... hoch!... » 1914-1918. Mention imprimée au dos : « Atelier de dessins et clichés. J. Metteix, Toulouse ». Cote 9 Fi 7024.

Metteix joue ici sur un autre aspect du militarisme allemand : le poids pris par l’armée et la course aux décorations. La médaille ainsi arborée est la croix de fer de 1870 délivrée par Guillaume Ier, roi de Prusse (le « W » sur la croix renvoie à Wilhelm, traduction de Guillaume en allemand).

 

© Ville de Toulouse, Archives municipales

8. Faits de guerre 1914-1915. « Héroïque conduite d’un artilleur, demeuré seul avec sa pièce en face des allemands, qui tire sur eux jusqu’au dernier obus et se retire ensuite, après avoir mis son canon hors de service. ». Dessin signé « JOB », Jacques Marie Gaston Onfroy de Breville dit JOB. Au dos, publicité pour la « Pharmacie centrale du P.L.M. (en face la gare de Lyon) ». Carte postale patriotique. Imprimerie B. Sirven. Cote 9 Fi 7221.

© Ville de Toulouse, Archives municipales

9. Faits de guerre 1914-1915. « Beau trait d’un officier anglais qui, ayant ramassé un blessé allemand et quoique mortellement frappé lui-même, le traîne jusqu’au tranchées ennemies aux acclamations des allemands enthousiasmés par cet actes d’héroïsme ». Dessin signé « JOB », Jacques Marie Gaston Onfroy de Breville dit JOB. Au dos, publicité pour la « Pharmacie centrale du P.L.M. (en face la gare de Lyon) ». Carte postale patriotique. Imprimerie B. Sirven. Cote 9 Fi 7230.

© Ville de Toulouse, Archives municipales
  • A Berlin. En avant tous et sus aux Allemands, dessin de Jan Metteix. Éditée par A.-F. Laclau. Cote 9 Fi 6614.
  • Le Lion de Belfort. La revanche. Français debout. 1870-1914. Et dire que j'ai dormi 44 ans. La France redevient la France, [Le réveil du Lion de Belfort], dessin de Jan Metteix. Éditée par A.-F. Laclau. Cote 9 Fi 5496.
  • Hommage à la Belgique. Défense héroïque de Liège. Halte-là : On n'entre pas ici comme dans un moulin. La Belgique a la Croix et le Roi sa médaille. Et toi, Prussien, sais-tu, un paquet de mitraille ! [Une croix bien gagnée], dessin de Jan Metteix. Éditée par A.-F. Laclau. Cote 9 Fi 5684.
  • Le Tusto-Batistou. Allons-y les enfants de bon cœur. Et Vive la France ! [La tête prussienne (Tusto-Batistou). Tapez fort sur l’Allemagne], dessin de Jan Metteix. Éditée par A.-F. Laclau. Cote 9 Fi 5079.
  • Que je t'aime, petit soldat de France ! - Tu ne m'effraies point, maître d'école devenu soldat. Ce petit pioupiou est bien à moi, je l'aime ! Il est articulé et sonne le refrain de la victoire, par Jan Metteix. Éditée par A.-F. Laclau. Cote 9 Fi 5952.
  • La victoire. En avant ! Pour la victoire !, par Jan Metteix. Éditée par A.-F. Laclau. Cote 9 Fi 6842.
  • Les détrousseurs de cadavres. « Ah ! Vieux filou, tu voles tabac à frère à moi, il va t’en donner de meilleur que chez le marchand du coin », par A. de Caunes. Éditée par A.-F. Laclau. Cote 9 Fi 6841.
  • Un enfant héroïque. Éditée par A.-F. Laclau. Cote 9 Fi 6279.
  • Mater dolorosa. [La Vierge soutenant dans ses bras un petit soldat français blessé], par A. de Caunes. Éditée par A.-F. Laclau. Cote 9 Fi 6099.
  • La cavalerie française à Lille. « Dans les combats autour de Lille, la cavalerie française se couvrit de gloire. Un régiment hongrois fut particulièrement décimé. 850 magyars mordirent la poussière. », par Serviac. Éditée par A.-F. Laclau. Cote 9 Fi 6365.
  • « Le diable l’emporte !... (Le dernier des Hohenzollern) », dessin de Jan Metteix. Éditée par Jan Metteix. Cote 9 Fi 6067.
  • Dessin de Jan. Il se vante d’avoir : (...) [Merde pour le roi de Prusse]. Dessin et édition de Jan Metteix. Cote 9 Fi 5497.
  • La croix de fer d’Allemagne. « Qui n'a pas sa Croix de fer - Hoch !... hoch!... hoch!... » 1914-1918. Mention imprimée au dos : « Atelier de dessins et clichés. J. Metteix, Toulouse ». Cote 9 Fi 7024.
  • Carte postale patriotique. Imprimerie B. Sirven. Cote 9 Fi 7221.
  • Carte postale patriotique. Imprimerie B. Sirven. Cote 9 Fi 7230.
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