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Les Archives départementales d'Indre-et-Loire

Les Archives départementales d'Indre-et-Loire ont sélectionné ces documents dans leur fonds 14-18.

Fleurs de guerre : le témoignage émouvant de Stanislas Boireau, soldat tourangeau, à sa fiancée

Stanislas Boireau a 28 ans en 1914 quand la guerre interrompt sa vie d’épicier à Ligueil (commune située à 50 km au sud de Tours) dans le magasin tenu par Louis Guitton, son futur beau-père. Il est mobilisé dès le 3 août 1914, incorporé au 20e régiment d’infanterie à Tours. Il a la charge, en tant que canonnier-conducteur, de diriger l’attelage qui tire une pièce d’artillerie d’un canon de 75mm.

Le 24 août 1914, il connait, à 15km de Lille, son premier jour de guerre, dans la plus grande confusion. Lors des combats de septembre 1914, Stanislas note l’utilisation difficile du canon de 75, avec notamment les dangers des balles et des éclats d’obus pour l’équipe de 6 hommes chargés du tir et décrit la violence des attaques, qui touche aussi les civils, obligés de fuir leurs villages détruits.

Le mois suivant le 14 novembre 1914, il est cité à l’ordre de l’artillerie de la 88e division d’infanterie : « étant agent des avant-trains a su par son sang-froid et son courage maintenir l’ordre dans ses attelages qui étaient soumis à un feu violent d’artillerie de gros calibre notamment à Hébuterne où deux chevaux, dont l’un tenu en main par lui ont été tués et une dizaine blessés. ».

Pendant l’année 1915, il stationne en Artois et rejoint à partir de février 1916 les troupes françaises qui s’opposent à la percée allemande autour de Verdun.

À Ligueil, Stanislas a quitté sa fiancée Marthe Guitton. Dans la correspondance qu’il lui adresse, il joint des fleurs cueillies près des champs de bataille, elle les range dans un herbier qu’elle intitule Fleurs de guerre.

Stanislas Boireau est démobilisé le 26 mars 1919. Il revient s’installer à Ligueil et reprend son métier d’épicier. Il épouse le 8 mai 1919 sa chère Marthe.

Ce précieux herbier, ainsi que les carnets de guerre de Stanislas Boireau ont été donnés par sa nièce Roseline Guittton, en 2007, au Conseil Général d'Indre-et-Loire, pour être conservés aux Archives départementales d’Indre-et-Loire, où ils sont classés sous la cote 1 J 1352.

L’herbier Fleurs de Guerre

Cet herbier est constitué d’un cahier de feuilles de papier formant 42 pages. La première page sert de couverture; elle est ornée d’un dessin à la plume représentant un bouquet de plusieurs plantes : pensées, glands et feuilles de chêne. Les 147 fleurs ou feuilles collectées sont maintenues sur les pages grâce à des bandes de papier collées. Celles-ci ont été placées de la page 1 à 23 et de la page 35 à 41. Les pages 24 à 34 sont restées blanches, réservées certainement pour replacer ultérieurement les fleurs envoyées.

Dans la grande majorité des cas, chaque page accueille cinq végétaux. Sur les bandes apparaissent deux types de détails écrits à la plume et à l’encre, la date et le lieu de la cueillette. Parfois, des informations complémentaires sont ajoutées sur des pétales ou sur des feuilles, comme une année de guerre ou le lieu de la découverte, par exemple près des positions, les ruines d’un château, d'une gare ou près d’un moulin.

La première plante mise en valeur sur l’herbier est récoltée avant le 19 mars 1915 en Artois, près d’Ablain-Saint-Nazaire (Pas-de-Calais). La dernière est prélevée à Ham (Somme) le 9 septembre 1918.

Dans une première partie, l’ordre chronologique est à peu près respecté dans l’herbier et se poursuit jusqu’au mois d’octobre 1917. Après quelques pages blanches, sept pages supplémentaires correspondent à un arriéré de collecte datant de la fin de l’année 1915 et de la première moitié de l’année 1916. En tenant compte de tous les prélèvements datés, l’année 1917 est la plus prolifique avec cinquante-deux spécimens présentés dans l’herbier, suivi de quarante-six en 1916, vingt en 1918 et neuf en 1915.

> À consulter également : la page Facebook des Archives départementales d'Indre-et-Loire et la page Facebook de Germaine Dufour, institutrice 1914-18.

Stanislas Boireau placé à l’extrême droite en uniforme d’artilleur. 1909.
Stanislas Boireau placé à l’extrême droite en uniforme d’artilleur. 1909.
© Archives départementales d’Indre-et-Loire
Portrait de Marthe Guitton, fiancée de Stanislas Boireau. Sur cette photo prise en 1911, elle est âgée de 16 ans et tient sur ses genoux sa petite sœur Adèle, âgée d'un an.
© Archives départementales d’Indre-et-Loire
Couverture de l’herbier Fleurs de guerre ornée d’un dessin à la plume représentant un bouquet de plusieurs plantes : pensées, glands et feuilles de chêne. Le dessin et le titre ont été réalisés par Marthe Guitton.
© Archives départementales d’Indre-et-Loire

Première page de l’herbier.

Trèfle à quatre feuilles. Cueilli sur le champ de bataille [Artois], sans date.

Violettes

Dainville (Pas-de-Calais), [fin de l’année 1915 ou janvier 1916].

Environs de Béthonsard, du bois de Berthonval (Pas-de-Calais),

[fin de l’année 1915 ou janvier 1916]

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Deuxième page de l’herbier.

Page de gauche : Pervenche cueillie le 25 janvier 1916 en promenade au moulin de Caucourt (Pas-de-Calais). Pervenche cueillie le 20 février 1916 dans le bois de Bouvigny (Pas-de-Calais). Une pensée de Caucourt (Pas-de-Calais). Souvenir de Caucourt. Bouquet d’Ablain-S[ain]t-Nazaire.

Page de droite : Souvenir du bois de Mingoval (Pas-de-Calais). Trèfle blanc de Mont-S[ain]t-Eloi (Pas-de-Calais). Une rose rescapée de Carency (Pas-de-Calais). Souvenir de N[otre] D[ame] de Lorette (Pas-de-Calais). Fleurs de Beaumetz-les-Loges (Pas-de-Calais).

Voici le témoignage de la journée du 21 février 1916, correspondant à la date de collecte de ces fleurs, extrait du carnet de guerre de Stanislas Boireau, dont l’orthographe a été respectée :

« Le 21 février [1916].

Le temps est assez beau d’où souffle un petit vent est, tous les préparatifs sont fait de la veille pour attendre l’ennemi, les réserves sont à leurs postes, tout est prêt. Dans la matinée nos tranchées situées cote 119 sont légèrement bombardées, mais dans l’après midi à 13 heures, heure qui nous avait été fixée la veille, les allemands commencèrent un bombardement terrible avec la plus grande partie d’obus de gros calibre et gaz asphixiants et lacrymogène, toutes nos tranchées furent boulversées et ils étendirent leurs feux jusqu’à nos retranchements de 2me lignes, ce bombardement qui fut un des plus violents que nous ayons connu jusqu’à maintenant dura jusqu’à 17 heures. »

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Troisième page de l’herbier.

Page de gauche : Violette de Carency (Pas-de-Calais) le 1er février 1916. Cueilli le 6 mars 1916 à Paillard (Oise). Feuille de lierre. Dernier souvenir d’Ablain-S[ain]t-N[azaire], le 12 mars 1916 ? Souvenir de Verdun cueilli le 6 mars 1916, à Haudainville. Souvenir de Landrecourt (Meuse), cueillie le 13 avril 1916.

Page de droite : Au centre, bouquet de violettes. Offert pour mes vingt ans. 19 mars 1915. Bouquet tricolore d’Ablain St Nazaire (Pas-de-Calais). Myosotis de Dainville (Pas-de-Calais). Un liseron et une pensée d’A[blain] S[ain]t N[azaire] (Pas-de-Calais). Buis béni en l’église de Dainville (Pas-de-Calais).

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Huitième page de l’herbier.

Page de gauche : Myosotis et pensées. Souvenir de Marizelle (commune de Bichancourt, Aisne), 23-28 avril 1917 ; 3-12-16 mai 1917.

Page de droite : Au centre, fleur portant une inscription sur chaque pétale : Tanis . Campagne 1914-1915-1916-1917, souvenir de Marizelle (commune de Bichancourt, Aisne), 25.5.17. Muguet entouré d’un ruban tricolore. Souvenir de la basse forêt de Coucy (Aisne), le 23 mai 1917. Fleur. Souvenir de Sinceny (Aisne), le 20 mai 1917. Fleur. De passage à Bitry (Oise), le 30 mai 1917. Fleur. Souvenir de Torny-Sorny (Aisne), le 4 juin 1917.

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Une fleur du 24 avril 1917 et vingt plantes de février à septembre 1918 ne sont pas insérées dans l’herbier. Elles sont seulement protégées dans des petites feuilles pliées en deux sur lesquelles sont écrits les lieux et dates de collecte. Dans plus de la moitié des cas, seule l’initiale du lieu est citée. En effet, les plantes récoltées étaient envoyées par la poste aux armées, ce qui explique l’autocensure pratiquée par Stanislas Boireau.

Sur cette feuille il mentionne que ces fleurs « sont un peu jaunes, mais avec la collection plus variées. Je fais mon possible pour ne pas envoyer les mêmes. »

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Fleur isolée. Anemone hépatique (fleurs) et Cyclamen hederifolium (Feuille).

Souvenir de Cornedo (Italie, Vénétie). Ascension du mont de la Croix, le 24 février 1918.

Nous ne disposons pas de renseignements sur la raison de la présence de Stanislas Boireau en Italie et son carnet de guerre s’arrête en 1917.

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Fleur isolée. Deux pensées.

Souvenir de Remiencourt (Somme), le 7 mai 1918.

Mes meilleures pensées à ma Mathau (surnom donné à Marthe par son fiancé).

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Un brin de muguet portant une inscription à l’encre sur la feuille. Souvenir de la forêt d’Amiens près de Boves (Somme), le 9 mai 1918.
© Archives départementales d’Indre-et-Loire

Fleurs de pieds d’alouette envoyées à l’occasion de l’anniversaire d’Adèle, jeune sœur de sa fiancée Marthe.

Souvenir de F[ouencamps] (Somme), le 3 juillet 1918

Bon anniversaire à petite Adèle mignonne 6 juillet

© Archives départementales d’Indre-et-Loire
  • Stanislas Boireau placé à l’extrême droite en uniforme d’artilleur. 1909.
  • Portrait de Marthe Guitton, fiancée de Stanislas Boireau. Sur cette photo prise en 1911, elle est âgée de 16 ans et tient sur ses genoux sa petite sœur Adèle, âgée d'un an.
  • Couverture de l’herbier Fleurs de guerre ornée d’un dessin à la plume représentant un bouquet de plusieurs plantes : pensées, glands et feuilles de chêne. Le dessin et le titre ont été réalisés par Marthe Guitton.
  • Première page de l’herbier.
  • Deuxième page de l’herbier.
  • Troisième page de l’herbier.
  • Huitième page de l’herbier.
  • Une fleur du 24 avril 1917 et vingt plantes de février à septembre 1918 ne sont pas insérées dans l’herbier.
  • Fleur isolée.
  • Fleur isolée.
  • Un brin de muguet portant une inscription à l’encre sur la feuille. Souvenir de la forêt d’Amiens près de Boves (Somme), le 9 mai 1918.
  • Fleurs de pieds d’alouette envoyées à l’occasion de l’anniversaire d’Adèle, jeune sœur de sa fiancée Marthe.
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sources
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