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L'étonnant destin du sous-lieutenant Gapin

La photo retrouvée d'Alexandre Gapin, grenade à la main, quelques instants avant de tomber sous le feu de l'ennemi.
© Fonds privé de Mme Gayral
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Dans son livre Le Cinquantième jour (éditions Amis du Perche) en 2014, Michel Ganivet, un membre actif de l'association Amis du Perche, une association qui promeut le patrimoine perchois, raconte l'histoire d'Alexandre Gapin, un jeune sous-lieutenant mort au combat en 1917. Malgré des années de recherche, l'auteur n'a pu retrouver de photo de ce héros de la Grande Guerre, devenu officier de la légion d'honneur à titre posthume. Jusqu'au jour où, non sans émotion, il fut contacté par un professeur d'histoire, situé à plusieurs centaines de kilomètres de là.

A travers le prisme d’une histoire familiale, celle de Julia et Arthur Leveau, Michel Ganivet décrit dans Le Cinquantième jour la brutalité de la guerre vue depuis un espace rural et agricole préservé, au coeur du Perche, constitué de cinq villages : Comblot, Corbon, Eperrais, Mauves et Pin la Garenne. L’originaité de ce livre, labellisé par la Mission du Centenaire, est son utilisation de trois sources mémorielles différentes. D’abord, une mémoire orale, celle de Julia Leveau, qui raconte sa vie à Mauves dans différents témoignages enregistrés en 1990. Ensuite, une mémoire écrite, grâce à la monographie d’Albert Croizé instituteur et secrétaire de mairie de Mauves, La Commune de Mauves (Orne) pendant la Grande Guerre. Enfin, une mémoire que l’auteur qualifie de reconstruite grâce aux apports de journaux, notamment Ouest-France et l'hebdomadaire Le Perche, mais aussi aux archives départementales et nationales.

Alexandre Gapin, un héros sans visage

Parmi les différents témoins et acteurs de la Première guerre mondiale issus de ces villages ornais dont il est question dans ce livre, l'un d'entre eux, Alexandre Gapin, occupe l'intégralité du chapitre 6. Né à Paris en 1893 et recueilli par l’Assistance publique de Paris, il fut élevé dans le Perche. Il est mort au combat le 23 avril 1917. Officier de la légion d’honneur à titre posthume, ses parents nourriciers espéraient recevoir l’héritage financier mais la maigre épargne – quatre francs - fut transférée à l’Assistance Publique de Paris le 14 décembre 1937. L’auteur évoque, avec regret, n’avoir pu retrouver une photo de cet homme pour illustrer son livre. Mais grâce à la dynamique du Centenaire, il a pu profiter en octobre 2016 d'une découverte inattendue.

Les photographies de Mme Gayral

Loin du Perche, dans le Lot et Garonne, Mme Gayral conserve précieusement une série de photographies appartenant au grand-père de son mari, le docteur Gayral, qui oeuvra en tant que médecin militaire au 117 RI. L’un des clichés conservés montre trois officiers français dans une tranchée. Au dos de la photo figurent leurs noms ; l’un d’entre eux, prêt à lancer une grenade, est identifié comme étant le sous-lieutenant Gapin. Suit cette mention particulièrement tragique : «  Le sous-lieutenant Gapin, a été tué par une torpillette en plein visage au moment où il venait de lancer sa grenade. »

Grâce à Internet, un visage retrouvé

En octobre 2016, Christian Gayral, professeur d’histoire-géographie en Gironde et fils de Mme Gayral, décide d’entreprendre des recherches sur les trois hommes photographiés. Il découvre sur Internet un sous-lieutenant du nom d‘Alexandre Gapin, figurant parmi les annonces et comptes-rendus de colloques édtés par les Amis du Perche. Il contacte l'association qui le met en relation avec Michel Ganivet. Le 27 décembre 2016, Christian Gayral et Michel Ganivet ont pu se rencontrer et échanger sur cette heureuse découverte, tout en prenant la mesure de l’immense champ de recherche que constitue le destin de tant d'autres soldats.

Alexandre Gaspin repose aujourd’hui à la nécropole nationale de Marbotte, près de Saint-Mihiel, en Lorraine.