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La correspondance d'Henri Sentilhes, lieutenant à 19 ans dans les tranchées

Henri Sentilhes est un jeune officier sarthois qui entretient entre 1915 et 1916 une correspondance régulière avec ses parents. Publié fin 2013 dans un ouvrage collectif par son fils Henri, ce témoignage riche et inédit d'un jeune officier dans la guerre regroupe plus de 200 lettres et 250 photographies commentées, dont voici une sélection.

Lettre du 25 février 1915, 1er feuillet sur 8

25 février 1915, 1er feuillet sur 8. Henri Sentilhes vient de vivre trois jours d'attaque, une dizaine de jours après son arrivée sur le front. Il en relate les détails à ses parents dans cette lettre du 25 février, son premier baptême du feu. «Impossible de s'imaginer même de façon approchante quelle épreuve représentent ces deux jours de combat. On sort de là tellement déprimé, tellement à bout …»

© Henri Sentilhes

25 février 1915, 2ème feuillet sur 8. Les marches d'approche en direction de Perthes-les-Hurlus dans des boyaux couverts de boue et c'est la découverte des cadavres « qui les encombrent, …, puis les cadavres se multiplièrent … »

© Henri Sentilhes
Photographie qui accompagne la lettre du 25 février 1915 « des boyaux où l’on marchait sur les cadavres »
© Henri Sentilhes

25 février 1915, 3ème feuillet sur 8. ces cadavres qu'« il fallait enjamber et même des glissades pouvaient vous forcer à les embrasser ». Pour mieux expliquer la position qu'il doit tenir durant plus de vingt-quatre heures, Henri dessine le plan du boyau où tant d'hommes furent tués.

© Henri Sentilhes

25 février 1915, 4ème feuillet sur 8.«  Comment les hommes durent lutter pour conserver ce boyau durant la nuit et le lendemain matin, l'ennemi tirant presque à bout portant. La mort de nombreux poilus dans ce boyau ».

© Henri Sentilhes

25 février 1915, 5ème feuillet sur 8. Pour rejoindre ce renfoncement dans ce boyau, il fallait passer à un endroit où le parapet n'existait plus et où les hommes étaient « tirés », tous frappés à la tête. Une balle entre dans le sac porté par Henri, qui lui sauve la vie.

© Henri Sentilhes
Photographie qui accompagne la lettre du 25 février 1915 « Le sac qui m'a sauvé la vie »
© Henri Sentilhes

25 février 1915, 6ème feuillet sur 8. « Mais je le répète, ce qui m'a fait la plus vilaine impression, ce n'est pas tant la fusillade et la canonnade, mais ces boyaux et cette plaine remplie de cadavres, spectacle d'ailleurs nouveau pour beaucoup d'anciens, qui n'en avaient jamais tant vu. »

© Henri Sentilhes
Photographie qui accompagne la lettre du 25 février 1915 « Corps à demi-ensevelis »
© Henri Sentilhes

25 février 1915, 7ème feuillet sur 8. Le 1er bataillon est celui « qui a le plus donné », la conduite d'Henri fait l'objet de félicitations de la part de son commandant. Le bataillon se retire en arrière dans un mauvais bois où les hommes doivent s'abriter sous des feuillages et se lever la nuit, tellement ils ont froid aux pieds.

© Henri Sentilhes

25 février 1915, 8ème feuillet sur 8. « Au revoir mes chers parents, je vous embrasse de tout cœur » et signature.

© Henri Sentilhes

31 mars 1915, Un fusillé pour l'exemple. Ces scènes d'exécution d'un fusillé pour l'exemple ont été relatées par la suite après la guerre. Ici, Henri raconte ce triste épisode à ses parents l'après-midi même. « C'était un mutilé volontaire qui, condamné à mort, fut exécuté devant le front des troupes. … L'homme est descendu pour être amené au pied du poteau et il se lamentait comme un enfant, jusqu'à ce que le feu du peloton l'ait abattu par terre ; nous avons défilé ensuite devant son cadavre … ». Il semblerait bien selon son dossier qui a été publié récemment, qu'Albert Valet, originaire des environs du Mans, ne s'était pas automutilé mais avait reçu une balle dans la main. Dans cette incertitude, il aurait fait l'objet d'une sévérité excessive du commandement.

© Henri Sentilhes

18 juin 1915, 1er feuillet. L'artillerie française parvient à atteindre un « aéro boche ». Puis Henri Sentilhes adresse à ses parents les premières photos qu'il peut prendre avec son nouveau Vest Pocket Kodak. Il légende ses clichés un à un. « Le n°1 représente quelques poilus de notre compagnie photographiés dans la tranchée de 2ème ligne ; les fils téléphoniques (car il y a le téléphone partout)barrent certains visages… »

© Henri Sentilhes
Photographie qui accompagne la lettre du 18 juin 1915. Les officiers français observent les mouvements d'un avion allemand.
© Henri Sentilhes
18 juin 1915. « Poilus de la 3e compagnie en seconde ligne ».
© Henri Sentilhes

18 juin 1915, 2ème feuillet. Henri poursuit la description de ses photos : la n°2 : prise au bivouac en 2ème ligne appelé l'oasis, on y voit « une corvée partant pour porter la soupe en 1ère ligne, dans les marmites de gauche, le pinard dans un seau à droite…, porter la soupe en 1ère ligne, dans les marmites de gauche, le pinard dans un seau à droite…, l'un des poilus a même des boules de pain dans le dos ». La n° 3, « au cantonnement de Courmelois, la revue d'armes passée par le chef armurier dans une section ».

© Henri Sentilhes
Photographie qui accompagne la lettre du 18 juin 1915. "Au bivouac de l’oasis, corvée de soupe et de pinard".
© Henri Sentilhes
Photographie qui accompagne la lettre du 18 juin 1915. 18 juin 1915 « La revue des armes à Courmelois »
© Henri Sentilhes

9 juillet 1915, 1er feuillet et deuxième feuillets sur 3. Henri se réjouit de voir rétablies les possibilités de permissions. Il fait alors des calculs éléborés pour faire durer sa permission quelques heures de plus en fonction du trajet qu'il aurait à parcourir pour rejoindre ses parents.

© Henri Sentilhes

9 juillet 1915, deuxième feuillet sur 3. Henri se réjouit de voir rétablies les possibilités de permissions. Il fait alors des calculs éléborés pour faire durer sa permission quelques heures de plus en fonction du trajet qu'il aurait à parcourir pour rejoindre ses parents.

© Henri Sentilhes

9 juillet 1915, 3ème feuillet sur 3. En joignant à son envoi un nouveau rouleau de photos, il commente celles-ci : la n° 1 : « le barbier est en train de raser le matin même du retour de 1ère ligne », la n°2 « le nettoyage des armes. Vous voyez que les gourbis sont bien enterrés, on circule quand même dans des boyaux, mais devant la porte de chaque gourbi on a fait de petits-ronds-points où les hommes peuvent rester dehors et manger ». Il est rare de disposer de photos ainsi légendées par le combattant lui-même.

© Henri Sentilhes
Photographie qui accompagne la lettre du 09 juillet « Se raser au retour des 1ères lignes »
© Henri Sentilhes
Photographie qui accompagne la lettre du 09 juillet « Nettoyage des armes. Boyau conduisant aux abris »
© Henri Sentilhes

24 juillet 1915 , 1er feuillet sur 3. Les tâches d'un sous-lieutenant : observation des tranchées ennemies, multiples notes à établir pour le commandement, …

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Photographie qui accompagne la lettre du 24 juillet 1915 « Surveiller les travaux »
© Henri Sentilhes

24 juillet 1915, fin du 2ème feuillet sur 3. La lutte contre les rats qui sont « en quantité fantastique » et qui vont jusqu'à courir sur le visage la nuit.

© Henri Sentilhes

24 juillet 1915, 3ème feuillet sur 3. Dans un gourbi, « nous sommes obligés de prendre toutes les précautions possibles pour empêcher les rats de se balader sur notre figure pendant la nuit et encore on n'y réussit pas toujours. Toute la nuit, c'est à 2 m de mon gourbi des cris de rats, à croire qu'ils s'égorgent entre eux, et chaque matin il y a dans mon abri deux tas de terre que messieurs les rats ont fait dégringoler en se baladant entre les rondins du plafond ».

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Photographie qui accompagne la lettre du 24 juillet 1915 « Un gourbi »
© Henri Sentilhes

23 septembre 1915, une lettre codée. Henri revient quinze jours plus tôt d'une permission auprès de ses parents avec lesquels il a mis au point un système de code pour ses lettres, non pas tant pour contourner la censure mais pour le cas où il serait fait prisonnier. Voici la seconde lettre codée envoyée à ses parents. Si l'on retient tous les caractères sous lesquels un très petit point a été marqué, il apparait un autre message, ici : « nous avons changé de bivouac » à l'avant-veille de la grande attaque du 25 septembre 1915.

© Henri Sentilhes

5 octobre 1915, recto d'une carte postale, écrite au crayon. L'attaque du 25 septembre n'ayant permis que de prendre les 1ères lignes allemandes, sans faire la « percée », le commandement ordonne le 6 octobre de tenter la rupture des deuxièmes lignes allemandes, attaque quasi désespérée. Henri sait les risques qu'elle comporte. Il évoque dans sa lettre ce à quoi il pense en cette veille du grand jour : « C'est dans ces moment d'attente du grand combat, dans le fracas de la canonnade que l'on se replonge avec le plus de délices dans les souvenirs des beaux jours passés. Je vis presque continuellement en pensée avec vous au Mans. Qui sait … »

© Henri Sentilhes

8 octobre 1915, recto d'une carte postale écrite au crayon. Comme il était prévisible, l'attaque relancée le 6 octobre fut un très grave échec. Henri indique que sur près de 50 officiers dans le régiment, ils ne sont plus que 15 survivants en bonne santé et qu'il a perdu le tiers des hommes de sa compagnie. A la fin de sa carte, il se laisse aller près de ses parents : « Quelle tristesse de voir tant de bons camarades restés sur le terrain ! La vie va être insupportable ici. Quel cafard monstre ! »

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12 octobre 1915, 1er feuillet sur 2. Le bilan de ce deuxième assaut du 6 octobre : il faut répartir les officiers qui restent entre les compagnies du régiment. Henri reste au commandement de la 3ème compagnie du 1er Bataillon.

© Henri Sentilhes
12 octobre 1915. Quelques officiers dont Henri, assistent à la messe dite au Bois Raquette
© Henri Sentilhes
12 octobre 1915, 2ème feuillet sur 2. Il note enfin qu'il a perdu dans l'attaque le tiers des hommes de sa compagnie.
© Henri Sentilhes

24 novembre 1915, le post-scriptum sur le 5ème feuillet. Dans une lettre, son père a dû lui suggérer de profiter de l'amitié qui lie son nouveau général Putz à son oncle, pour obtenir une affectation plus tranquille. La réponse du fils dans ce post-scriptum est claire : « Il n'y en a aucun que je demanderai jamais, car ce sont tous des postes d'embuscade. Etant donné que nous sommes au poste le plus périlleux de l'armée française et l'on a besoin d'hommes pour ces postes, nous sommes unanimes … pour considérer que se serait une lâcheté et une embuscade que de quitter un tel commandement pour quelque chose de moins dangereux. »

© Henri Sentilhes

18 janvier 1916, 1er feuillet sur 4. Dans cette longue lettre, Henri relate de quoi est fait le quotidien dans ce secteur de la Main de Massiges. Il donne d'abord des nouvelles sur les nouvelles promotions, puis annonce qu'il fera parvenir des photos par un permissionnaire vers le Mans.

© Henri Sentilhes

18 janvier 1916, 2ème feuillet sur 4. « Moments de bombardements, crainte des gaz, il faut remonter  en 1ère ligne, les obus tombant au milieu des sections pendant leur trajet. »

© Henri Sentilhes

18 janvier 1916, 3ème feuillet sur 4. « Déplacements incessants dans des tranchées pour partie abandonnées et très mal entretenues, alors que les obus ne cessent de tomber. »

© Henri Sentilhes
Photographie qui accompagne la lettre du 18 janvier 1916 « Corps à demi-ensevelis »
© Henri Sentilhes

18 janvier 1916, 4ème feuillet sur 4. L'un de ces obus atteint un homme qui était tout à côté d'Henri, et le tue. Cette lettre montre bien qu'en dehors des moments d'attaque, le plus grand risque vient de ces bombardements incessants certains jours.

© Henri Sentilhes
Photographie. Henri à sa table de travail dans un abri.
© Henri Sentilhes
  • Lettre du 25 février 1915, 1er feuillet sur 8
  • Lettre du 25 février 1915, 2e feuillet sur 8
  • Photographie qui accompagne la lettre du 25 février 1915 « des boyaux où l’on marchait sur les cadavres »
  • Lettre du 25 février 1915, 3e feuillet sur 8
  • Lettre du 25 février 1915, 4e feuillet sur 8
  • Lettre du 25 février 1915, 5e feuillet sur 8
  • Photographie qui accompagne la lettre du 25 février 1915 « Le sac qui m'a sauvé la vie »
  • Lettre du 25 février 1915, 6e feuillet sur 8
  • Photographie qui accompagne la lettre du 25 février 1915 « Corps à demi-ensevelis »
  • Lettre du 25 février 1915, 7e feuillet sur 8
  • Lettre du 25 février 1915, 8e feuillet sur 8
  • Lettre du 31 mars 1915, un fusillé pour l'exemple
  • Lettre du 18 juin 1915, 1er feuillet
  • Photographie qui accompagne la lettre du 18 juin 1915. Les officiers français observent les mouvements d'un avion allemand.
  • 18 juin 1915. « Poilus de la 3e compagnie en seconde ligne ».
  • Lettre du 18 juin 1915, 2e feuillet
  • Photographie qui accompagne la lettre du 18 juin 1915. "Au bivouac de l’oasis, corvée de soupe et de pinard".
  • Photographie qui accompagne la lettre du 18 juin 1915. 18 juin 1915 « La revue des armes à Courmelois »
  • Lettre du 09 juillet 1915, 1er feuillet
  • Lettre du 09 juillet 1915, 2e feuillet
  • Lettre du 09 juillet 1915, 3e feuillet
  • Photographie qui accompagne la lettre du 09 juillet « Se raser au retour des 1ères lignes »
  • Photographie qui accompagne la lettre du 09 juillet « Nettoyage des armes. Boyau conduisant aux abris »
  • Lettre du 24 juillet 1915, 1er feuillet
  • Photographie qui accompagne la lettre du 24 juillet 1915 « Surveiller les travaux »
  • Lettre du 24 juillet 1915, fin du 2e feuillet
  • Lettre du 24 juillet 1915, 3e feuillet
  • Photographie qui accompagne la lettre du 24 juillet 1915 « Un gourbi »
  • 23 septembre, une lettre codée.
  • 5 octobre 1915, recto d'une carte postale, écrite au crayon.
  • 8 octobre 1915, recto d'une carte postale écrite au crayon.
  • Lettre du 12 octobre 1915, 1er feuillet sur 2.
  •  12 octobre 1915. Quelques officiers dont Henri, assistent à la messe dite au Bois Raquette
  • 12 octobre 1915, 2ème feuillet sur 2. Il note enfin qu'il a perdu dans l'attaque le tiers des hommes de sa compagnie.
  • Lettre du 24 novembre 1915, le post-scriptum sur le 5ème feuillet.
  • Lettre du 18 janvier 1916, 1er feuillet sur 4.
  • 18 janvier 1916, 2ème feuillet sur 4. Moments de bombardements, crainte des gaz, il faut remonter  en 1ère ligne, les obus tombant au milieu des sections pendant leur trajet.
  • 18 janvier 1916, 3ème feuillet sur 4. "Déplacements incessants dans des tranchées pour partie abandonnées et très mal entretenues, alors que les obus ne cessent de tomber."
  • Photographie qui accompagne la lettre du 18 janvier 1916 « Corps à demi-ensevelis »
  • 18 janvier 1916, 4ème feuillet sur 4. L'un de ces obus atteint un homme qui était tout à côté d'Henri, et le tue.
  • Photographie. Henri à sa table de travail dans un abri.
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  • Henri Sentilhes
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