Synthèse de la journée d'étude "Le Centenaire de la Première Guerre mondiale à l’école"

Synthèse de la journée d'étude "Le Centenaire de la Première Guerre mondiale à l’école"

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La journée sur Le Centenaire de la Première Guerre mondiale à l’école s’est tenue le 13 avril 2013, au lycée Louis-le-Grand le matin, en Sorbonne l’après-midi. Après quelques mots de bienvenue de notre collègue Alexandre Lafon, Joseph Zimet, Directeur de la Mission du Centenaire, a ouvert la manifestation, rappelant que le projet en réseau était destiné à couvrir tout le territoire, que le volet pédagogique y était essentiel et que le but de la Mission était d’impliquer l’ensemble de la société. Hubert Tison a souligné que les professeurs d’histoire et géographie avaient également été des combattants et les victimes de cette guerre, ce qui, à titre mémoriel, était une justification supplémentaire de la présence de l’APHG au sein de cette commémoration.

Antoine Prost a pris la parole pour souligner que le projet ne devait pas se limiter à l’hommage aux victimes, ni à une chronologie commémorative des batailles, ni se réduire à l’évocation du conflit franco-allemand. Il devra faire apparaître la Grande Guerre comme un phénomène historique majeur, à caractère mondial, engageant les sociétés, qui y ont joué un rôle actif,  mais aussi les États qui y ont développé l’interventionnisme. Cette guerre a contribué à redéfinir les rapports entre États et citoyens, à travers la question du consentement et de la légitimité du sacrifice. Elle a conduit à rechercher une légitimité au-delà de l’État-nation, a été à terme porteuse de la Société des Nations, puis de l’ONU, et aussi de l’Union européenne qui apparaît comme une réalisation régionale de cet idéal. La France en guerre s’est efforcée de maintenir l’équité entre le front et l’arrière, à telle enseigne que la République a survécu à l’épreuve. De ce point de vue, commémorer la Première Guerre mondiale, c’est aussi commémorer la République.

La table ronde animée par Nicolas Offenstadt a permis ensuite de poser les enjeux de l’enseignement de la Grande Guerre. Il a été rappelé que cet enseignement avait été d’emblée une histoire du temps présent, en entrant dans les programmes dès les années 1920, et que les maîtres, qui en avaient été les acteurs, étaient aussi pour la plupart pacifistes. Jean-François Chanet a souligné la difficulté d’enseigner aux élèves du XXIe siècle, qui n’ont connu que la paix, et pour qui la guerre est étrangère ; difficulté aussi à faire saisir que l’on peut être à la fois pacifiste et patriote. Laurent Wirth a insisté sur la nécessité d’introduire une dimension critique à travers la commémoration, dont les élèves doivent comprendre qu’elle est elle-même objet d’histoire, et que nulle histoire n’est écrite une fois pour toutes. Rainer Bendick a pointé les écarts culturels entre la France et l’Allemagne. Le récit national, possible en France, ne l’est pas en Allemagne. Alors que la France fait à travers la Première Guerre mondiale l’apologie de la IIIe République, l’enseignement en Allemagne stigmatise l’impérialisme du Reich wilhelmien. Les manuels français évoquent le refus de l’amputation des provinces perdues, les manuels allemands le refus du Diktat de Versailles. Bien plus, l’enseignement de la Grande Guerre en Allemagne est éclipsé par la critique du nazisme et la Seconde Guerre mondiale. Le 9 novembre, pour les enseignants et les élèves allemands, renvoie bien davantage à la Nuit de Cristal qu’à l’abdication de Guillaume II. Les années qui s’annoncent seront ainsi riches du point de vue de la comparaison des historiographies.

Il est nécessaire, pour enseigner la Grande Guerre, de partir des expériences vécues, comme l’a souligné Laurent Wirth. L’après-midi, sous la présidence du recteur Philippe Joutard, est justement consacré à la présentation des ressources et projets pédagogiques. Marie-Christine Bonneau-Darmagnac a évoqué les ressources du SCEREN, qui, soucieux de lier enseignement et recherche, propose des dossiers thématiques, par exemple sur les « fusillés » ou « l’armistice du 11 novembre », mais aussi des Textes et Documents pour la classe, par exemple sur « l’Art et la littérature pendant la Grande Guerre », ainsi que des films documentaires d’époque.
Marc Ferro, avec le talent qui est le sien, présente à ce propos le petit film de 13 mn – adapté à une heure de cours, qu’il a réalisé en 1970 à la demande de Henri Michel et de Pierre Renouvin. Il évoque les difficultés de diffusion liées à la faiblesse des équipements techniques des établissements, pose le problème de l’authenticité des images – beaucoup de films sont des reconstitutions de batailles tournées en 1919, montre que la musique compte davantage que le texte pour donner sens au film.

Les années 1970 ont été le point de départ d’une réflexion sur l’image, dans laquelle Marc Ferro a joué un rôle pionnier. Cette piste a été depuis approfondie par l’ECPAD. Véronique Pontillon et Élise Tokuoka présentent les archives considérables dont dispose la Défense au fort d’Ivry sous forme numérisée : 100 000 plaques de verre, 2 000 films et rushes, des photos stéréoscopiques, auxquels s’ajoutent des fonds privés – plaques de verre, cartes postales, dessins, journaux intimes. Sont ainsi proposés en ligne des dossiers pédagogiques et des vidéos, mais aussi des ateliers pédagogiques dédiés aux analyses d’images ou au montage par les élèves eux-mêmes, qui peuvent s’initier à la production de films d’histoire en choisissant les fonds. Une démarche exemplaire pour faire naître la distance critique dans notre monde saturé d’images.

D’intéressants projets pédagogiques sont d’ores et déjà mis en œuvre. Vincent Bervas et Yann Mariaux, qui enseignent dans des structures différentes et qui enseignent l’un dans une « terre de feu », à Château-Thierry, l’autre dans une « terre de départ », à Mayenne, ont mis en place entre leurs élèves une synergie qui mêle les sources – exploration des mémoires familiales, étude des monuments aux morts, et les ressources – monographies régionales, fichier national des combattants, rencontres avec des historiens. L’ensemble débouche sur des visites de sites de la Grande Guerre, sur des spectacles, sur une synthèse présentée dans les établissements sous forme d’exposition itinérante.

Sébastien Bertrand, chargé de mission pour la Commémoration et professeur en classe Abibac, a travaillé sur « La recherche de la paix en 1917 » et proposé un jeu de rôle sur la conférence de Stockholm, chaque lycéen représentant une nation. Il a permis à ses élèves de s’approprier les connaissances, de travailler l’argumentation écrite et orale, d’approcher les différences d’état d’esprit des pays représentés. Les élèves n’ont d’ailleurs pas pu se mettre d’accord sur une résolution commune, touchant ainsi du doigt les raisons de la durée du conflit…

Philippe Joutard souligne l’intérêt de ces expériences, qui balayent tous les publics des lycées, généraux, technologiques, professionnels et agricoles. Il insiste sur la nécessité de la pluridisciplinarité, de la mutualisation des heures, ainsi que sur la possibilité d’utiliser les TPE pour faire jouer la liberté pédagogique des enseignants.

La journée est conclue par Jean-Jacques Becker, qui a assisté à l’ensemble des travaux.