Quand les héros deviennent des traumatisés

Quand les héros deviennent des traumatisés

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Synthèse de l'article sans auteur, « Als die Helden das Kriegszittern bekamen », Süddeutsche Zeitung, 4 février 2014.

L’article relate ici les principaux éléments de l’exposition « Guerre et traumatisme » située à Gent.

Il y a 100 ans, des milliers de soldats, naïvement, entrèrent en guerre, pensant obtenir honneur et décorations. Innombrables sont ceux qui revinrent dans un état de délabrement physique et psychologique. Aucune attaque fleur au fusil, aucune victoire rapide de courageux héros décorés. Au lieu de cela : beaucoup de morts, et des jeunes hommes au regard usé et vide, des hommes qui ne peuvent plus s’arrêter de trembler. La Première Guerre mondiale, mais aussi des guerres plus tardives comme au Vietnam ou dans le Golfe persique, ont provoqué des dommages psychologiques chez les soldats. Les blessures corporelles vont souvent de pair avec des blessures psychologiques, comme le montre l’exposition à Gent.

En Flandre, qui fut l’un des théâtres de la guerre des tranchées entre 1914 et 1918, d’innombrables soldats moururent dans une guerre d’usure dont les gains territoriaux étaient très faibles mais qui exigeait un immense bain de sang. Les survivants en revinrent marqués, la plupart à vie. En Allemagne, on parle de « Kriegszittern », dans les pays anglophones, on parle de « shell-schock », en France et en Belgique, on nomme cela « obusite », lorsqu’un soldat qui revient du front ne peut plus s’arrêter de trembler, et est harcelé par des cauchemars et des troubles du comportement.

Le lieu de l’exposition n’est pas choisi au hasard. Il s’agit du plus ancien asile psychiatrique de Belgique. Il fut construit au XIXème siècle et une partie du bâtiment est encore en service. Il y a bientôt cent ans, des hommes qui revenaient des tranchées avec des symptômes inhabituels y furent traités. Cependant, la psychiatrie fut bien souvent d’aucune aide pour les victimes, car les soldats atteints n’étaient pas considérés comme malades, mais comme des simulateurs et des dégonflés. Au front, « le destin de l’individu était subordonné à celui du groupe » énonce le directeur de l’exposition, Patrick Allegaert. « C’est pourquoi les traumatismes psychologiques furent souvent abordés comme un problème de discipline ». Certains malades furent fusillés en tant que déserteurs. L’exposition, cependant, ne s’arrête pas à la Première Guerre mondiale, même si cette dernière est appelée « Grande Guerre » en Belgique comme dans d’autres pays. Elle se tourne aussi vers d’autres conflits plus récents. […]

Quoi qu’il en soit, la sensibilité pour les souffrances des soldats grandit en même temps que le nombre de guerres et de soldats revenant du front. Tout de suite après la Guerre du Golfe et depuis les opérations en Afghanistan, le problème du syndrome de stress post-traumatique (SSPT en français, PTBS en allemand, PTSD en anglais) est de plus en plus pris au sérieux. Certes les SSPT sont difficiles à diagnostiquer et à traiter, mais « ce type de traumatisme au aujourd’hui bien mieux considéré par la médecine ».

L’art, avec ses moyens, a représenté le mutilé. Le « Selbstporträt in Uniform » (autoportrait en uniforme) d’Achille Van Sassenbrouck, datant de la dernière année de guerre, montre un visage et un uniforme dans le même ton vert sinistre : l’individualité humaine se confond avec la tenue du soldat. L’artiste Rick Wouters a peint après son service militaire l’œuvre « Total verstört » (totalement bouleversé). Il écrit en 1915 : « La vue de ses nombreux et jeunes morts m’a rendu fou ». Le montage « Das Opfer » (La victime), de James Nachtwey, composé d’une douzaine d’images, a été réalisé en 2006 parmi les soldats américains en Irak. Elles montrent des victimes couvertes de sang dont le regard effrayé bouleverse avant tout. Les soldats qui survécurent avec un syndrome post-traumatique furent longtemps laissés seuls avec leurs souffrances. Cela dura jusqu’en 1994, jusqu’à ce que le syndrome post-traumatique fût reconnu comme une maladie à part entière, soit 80 ans après le déclenchement de la Première Guerre mondiale.