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Littérature extrascolaire et Grande Guerre : propositions de pistes pédagogiques

Les petits orphelins de la guerre à l'école, [Saint-Jean] Cap-Ferrat, 9 décembre 1915, Agence Rol
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Avant propos

Antoine Prost, historien de l’éducation, dans son ouvrage intitulé L’enseignement en France de 1800 à 19671 , veut contribuer au réveil d’une pensée pédagogique indigente comparée à la floraison littéraire du 19e siècle. Ses remarques quant à la production livresque scolaire nous ont été très utiles. Les lectures de Huysmans, de Daudet, de Zola, de Maupassant, d’Apollinaire, de Cendrars, pour ne citer que les auteurs les plus commentés, contribuent à l’éveil d’une curiosité sans cesse sollicitée par des questionnements d’ordre historique, éthique et politique. Comment expliquer Boule de Suif sans évoquer l’occupation prussienne née de la défaite de Sedan ? Comment analyser La Débâcle sans mentionner la chute du Second Empire et la trahison de Bazaine ? Comment comprendre « La fantaisie et l’histoire » des Contes du lundi, sans connaître les implications du Traité de Francfort et l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Allemagne ? Comment sensibiliser aux Poèmes à Lou sans se référer à la Grande Guerre et aux fulgurances poétiques qu’elle a engendrées ? Comment apprécier la prose ardente et sincère de La main coupée sans connaître l’horrible boucherie de 1914-1918 ?

L’étude de mouvements littéraires est consubstantielle à la connaissance de l’histoire et des facteurs politiques et sociaux qui les ont générés. Les perspectives d’étude proposées par les instructions officielles de 2001, de 2006 et de 2010 recommandent une analyse argumentative, rhétorique, générique, génétique et culturelle des productions livresques du 17e au 20e siècles. Le choix d’ouvrages s’échelonnant sur cinquante années de vie littéraire française, encadrée par deux guerres, s’avère fructueux tant sur le plan pédagogique que didactique. L’intérêt accordé à des événements politiques qui ont marqué la France, l’Europe, le monde, sélectionne des œuvres en phase avec l’actualité, et capables d’émouvoir un siècle plus tard.

Découvrir ce qui conditionne l’apprentissage de l’instruction civique et morale des enfants, de 1870 à 1919, permet de mesurer l’évolution des techniques pédagogiques à l’aune des réactions des élèves actuels. La conscience d’une inféodation des ouvrages offerts à la lecture scolaire, quel que soit le siècle envisagé, décille les yeux sur la corrélation entre la voix officielle et sa matérialisation littéraire et iconographique. L’élève est sollicité dans sa réflexion sur une littérature née d’un phénomène politique. Le recul qui lui est demandé, l’oblige à se départir de préjugés tenaces à l’encontre de textes considérés comme inabordables. Pour les aborder, il faut tenir compte du passé et du présent, de « tout le passé, car la langue, la littérature et la culture ne prennent sens que dans leur perspective historique. »2

Présentation du dossier

Ainsi, l’étude de livres extrascolaires destinés à des enfants de cinq à treize ans s’adjoint naturellement à celle des textes de littérature française de la période envisagée. Les débats marquants de l’histoire culturelle ne peuvent être éludés, dans une perspective épistémologique. Comprendre l’art de démontrer, de convaincre et de persuader, passe par un travail sur l’argumentation et notamment l’introduction à la « littérature d’idées ». L’analyse rhétorique de discours épidictiques suppose la comparaison entre des textes littéraires et non littéraires. Le statut de la vérité visée est subordonné à la position de l’énonciateur dans son discours. La démonstration de la nécessité du triple théorème de l’instruction gratuite, laïque et obligatoire, a pour méthode la logique, et pour moyen le calcul. La cohérence du raisonnement aboutit à l’affirmation d’une vérité générale. Cette optique d’analyse des formes de l’argumentation relève  du délicat raisonnement distancié et de l’usage circonstancié du langage, tendu entre la sécurité rationnelle et objective de la preuve, et le risque de manipulation trompeuse et subjective. Soumettre à l’appréciation des élèves une démonstration, une harangue, un discours prônant la laïcité comme celui de Jaurès, ou l’effort de guerre comme ceux de Poincaré, de ses ministres pendant la Grande Guerre, invite à réfléchir sur les enjeux des décisions étatiques.

Le dossier propose trois types d’études, ressortissant à trois niveaux de destinataires :

Nous proposons à cet égard cinq fiches didactiques exposant de façon synthétique les objectifs à atteindre, les compétences à développer et acquérir et les moyens mis en œuvre pour ce faire, selon le public visé. Nous rappelons dans un prologue les grandes lignes officielles qui régissent l’enseignement du français afin de mieux ancrer les recherches menées dans l’actualité littéraire et socio-politique.

Notes

1 Antoine Prost, L’enseignement en France 1800-1967, Paris, Armand Colin, coll. U, 1968.
2 Français, classes de seconde et de première, Lycée. CNDP, collection « Lycée », 2001, préface, p.7. Disposition de l’arrêté du 5 juin 2001.