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Comment inscrire la Guerre de 1914-1918 dans les programmes de Français ?

Portrait de Blaise Cendrars extrait de l'édition de 1946 de La Main coupée.
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

« Je n’oublierai jamais le 10 septembre 1914. Mes souvenirs de cette journée ne sont pourtant pas extrêmement précis. Surtout ils s’enchaînent assez mal. Ils forment une série discontinue d’images, à la vérité très vives, mais médiocrement coordonnées, comme un rouleau cinématographique qui présenterait par places de grandes déchirures et dont on pourrait, sans que l’on s’en aperçût, intervertir certains tableaux ». Ainsi l’historien Marc Bloch notait-il dès 1915, dans ses Souvenirs de guerre, la difficulté de se représenter pour la décrire, fût-elle très proche, l’expérience brutale du front. Il savait de métier l’incertitude de tout témoignage : pour formuler le sien, naît sous sa plume une remarquable comparaison.

Sous le feu de l’artillerie, la violence de la Grande Guerre, en brisant tant d’hommes, présente donc une réalité déchiquetée, qui contraint le langage, obligeant ici à une figure de style qui n’est en rien un ornement, mais une exigence de précision. Que la tragédie de 1914-1918 soit un objet littéraire, l’abondance des écrits – notes, discours, carnets, correspondances, mais aussi poèmes, mémoires et romans – contemporains ou ultérieurs, suffirait à le prouver. En ouvrant pleinement le vingtième siècle, elle y déploie ses conséquences, tant politiques qu’esthétiques, si bien que les futurs citoyens ne comprendraient rien au monde dont ils héritent si l’on ne mettait à leur disposition les connaissances qui en éclairent la terrible genèse. Il convient donc de construire, non par goût des anniversaires, mais pour réaliser pleinement la formation des esprits, une vraie culture la concernant, adaptée à l’âge de nos élèves des collèges et lycées professionnels, technologiques ou généraux.

Dès la première rencontre entre le groupe des Lettres de l’inspection générale et la Mission du Centenaire, nous fûmes d’accord pour déclarer que l’approche devait favoriser l’interdisciplinarité, mais aussi soucieux – l’enjeu est trop grave, au plan moral - que la pédagogie ne cède en rien à la simplification. Un thème commun réclame des méthodes diverses, et s’enrichit de ce que les compétences construites en français, en histoire, en langues vivantes ou en histoire des arts notamment, peuvent lui apporter. Découvrir, un siècle après son déclenchement, la guerre de 1914-1918, suppose qu’on ne néglige aucun acteur, qu’on en propose une mémoire partagée par les peuples qui s’y déchirèrent. Il ne suffisait pas de célébrer ou d’illustrer une poussière de faits, quand les élèves doivent être en position d’interroger des représentations. C’est là où l’apport de la littérature est sans doute décisif : si les Muses sont filles de Mémoire, elles n’en sont pas la copie. Elles naissent lorsque le souvenir s’interroge, réclame la forme luttant contre la plus grande violence des rétrospections, sans doute : celle qui croit que le sens irait de soi.

Dans l’histoire littéraire, la présence de la Grande Guerre fut discontinue. Elle se répartit en mouvements divers, depuis les écrits immédiats de Genevoix ou Barbusse, jusqu’aux impacts durant les années vingt ou trente, et une quasi-disparition dans l’urgence et les traumatismes du deuxième conflit mondial. Au moment même où la disparition des acteurs aurait pu l’estomper, elle a connu un retour considérable, marquant toute une génération d’écrivains contemporains dont les premiers livres éprouvèrent souvent le besoin de s’ancrer dans cette origine presque estompée. Des témoignages directs des divers combattants à ce qu’on a pu appeler les Fables du deuil, les œuvres proposent, non des documents, mais des formes, qui réclament une appréhension à la fois sensible et critique. Aussi a-t-on tenté, pour aider les professeurs, de mettre à leur disposition les instruments (description de programmes, propositions de projets, ressources de documents organisés…) leur permettant de construire à leur guise mais en toute responsabilité les activités par lesquelles leurs élèves pourront découvrir tout ce qui aide à connaître, et donc à ressentir comme à penser, une transformation politique, culturelle et même, comme l’a admirablement formulé Valéry, de civilisations découvrant leur mortalité.

C’est donc en historien, mais aussi en écrivain, que Marc Bloch, étudiant avec précision les « grandes déchirures » de son « rouleau cinématographique », tentait de faire de ses souvenirs une mémoire réfléchie. C’est ce à quoi les collègues d’abord, et à leur suite leurs élèves, ne manqueront pas de parvenir : on tente ici d’y aider.

Comment inscrire la Guerre de 1914-1918 dans les programmes de Français au collège et au lycée ?

Comment inscrire la Guerre de 1914-1918 dans les programmes de Français au lycée professionnel ?