Pays belligérants > La Nouvelle-Zélande sur le front occidental

La Nouvelle-Zélande sur le front occidental

Des offi ciers de la New Zealand Rifl e Brigade à la ferme de La Signy, près de Puisieux, le 6 avril 1918.
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Les Néo-Zélandais ont servi sur trois principaux théâtres d’action durant la Première Guerre mondiale ; le premier au Samoa où les Néo-Zélandais capturèrent la colonie allemande ; le second au Moyen-Orient, notamment la campagne de Gallipoli et les autres batailles contre l’Empire ottoman, tandis que le troisième, et de loin le plus important, se situa sur le Front de l’Ouest en Europe du Nord.

Au début de la guerre, la Nouvelle-Zélande comptait un peu plus d’un million d’habitants. 120 000 s’enrôlèrent, dont 103 000 qui servirent à l’étranger. De plus, on estime que 3 370 Néo-Zélandais se sont battus au sein des Forces armées australiennes et des Forces britanniques. Près de 700 ont combattu dans les airs, au sein du Royal Flying Corps, du Royal Naval Air Service et de l’Australian Flying Corps, promulgués par Ordre militaire le 22 octobre 1912. Un total de 550 infirmières servirent aussi bien au pays qu’à l’étranger, tout comme 2 227 Maoris et 458 Néo-Zélandais originaires des îles du Pacifique.

En tout, 18 500 Néo-Zélandais ont été tués ou sont morts des suites de la guerre. Près de 50 000 ont été blessés. Le Front occidental a de loin été le plus meurtrier avec 12 500 morts comparé aux 2 700 pertes humaines à Gallipoli.

En guerre

La Nouvelle-Zélande s’est engagée dans la guerre déclarée par le Roi George V contre l’Allemagne, le 4 août 1914. L’annonce en a été faite par le Gouverneur-général, Lord Liverpool, sur le perron du Parlement à Wellington devant une foule enthousiaste.

La Nouvelle-Zélande avait considérablement réorganisé et reformé son armée après les conférences sur la défense impériale à Londres en 1909 et 1911 et l’introduction d’un service militaire obligatoire en 1910. En 1911, un officier britannique, le Général de division A. J. (plus tard, Sir Alexander) Godley, vétéran de la guerre des Boers en Afrique du Sud, avait été nommé Commandant des forces militaires de Nouvelle-Zélande. Le Defence Act de 1909 avait permis la création d’une force spéciale pouvant combattre à l’étranger et, en 1912, Godley demanda au gouvernement un accord provisionnel pour mettre en place une telle force, afi n de lui donner suffisamment de temps pour rassembler les moyens nécessaires.

Le Ministre de la Défense, le Colonel James Allen, donna son accord et en juin 1913 le Cabinet approuva la formation d’une force de 7 500 hommes, qui devait être initialement composée de volontaires des unités territoriales. Godley avait basé sa planification sur l’hypothèse que l’Allemagne serait l’ennemi et avait envisagé trois objectifs alternatifs de guerre pour la Nouvelle-Zélande : capturer les possessions allemandes dans le Pacifique, un déploiement en Egypte afin de soutenir les Forces impériales au cas où la Turquie entrerait en guerre aux côtés de l’Allemagne ou un déploiement avec les forces britanniques et du Commonwealth en Europe qui, estimait-il, serait le principal théâtre d’action. De fait, son jugement s’est avéré correct dans les trois cas.

La Nouvelle-Zélande était prête pour la guerre. Le gouvernement britannique accepta l’offre d’une force expéditionnaire le 7 août. Dans la semaine suivant le déclenchement de la guerre, 14 000 Néo-Zélandais se portèrent volontaires.

Les premiers détachements quittèrent Wellington le 15 août 1914. Leur destination n’était cependant pas l’Europe mais Apia, où les 1 370 membres de la Samoa Expeditionary Force devaient saisir la station radio de la colonie allemande. Apia n’était défendue que par une force policière de 80 hommes dont des officiers allemands, et l’Expeditionary Force, sous le commandement du Colonel Robert Logan, s’en empara sans trop d’efforts le 29 août. Plus inquiétant était la localisation de l’escadron est-asiatique allemand sous le commandement de l’Amiral Graf Maximilian von Spee qui avait à sa disposition deux cuirassés, le Scharnhorst et le Gneisenau. L’escadron se trouvait dans les Iles Caroline, mais après une brève apparition au large d’Apia le 14 septembre, von Spee décida de se diriger vers la côte ouest de l’Amérique du Sud, bombardant au passage Papeete dans les territoires français de Tahiti.

Le corps principal de la New Zealand Expeditionary Force (NZEF) composé d’une brigade d’infanterie et d’une brigade montée de fusiliers partit le 16 octobre sur 10 navires transport de troupes, leur départ ayant été retardé par l’incertitude posée par la localisation de l’escadron de von Spee. Ils étaient escortés par le HMS Minotaur de la Royal Navy et l’IJN Ibuki de la Marine impériale japonaise, dont le gouvernement avait déclaré la guerre à l’Allemagne le 23 août. Avec 8 454 hommes, cela reste encore aujourd’hui le plus important contigent de soldats néo-zélandais a quitté le pays en même temps.

La NZEF accosta à Alexandrie le 3 décembre et établit son camp à Zeitoun, près du Caire. Elle rejoignit ses homologues australiens afin de former les Australia et New Zealand Army Corps (Anzac), aucune des deux n’ayant des effectifs et unités suffisants pour former des corps d’armées uniques. En janvier 1915, le Conseil de Guerre à Londres décida de lancer une campagne pour forcer la Turquie à se retirer du conflit comme stratégie pour battre l’Allemagne, une alternative à l’impasse du Front occidental, et soulager les forces russes, alors en difficulté dans le Caucase. Cela commença par un assaut naval sur les forts gardant le détroit des Dardanelles, et passa rapidement à un débarquement dans la Péninsule de Gallipoli. Alors que les forces britanniques et françaises débarquaient sur le Cape Helles à l’extrémité de la péninsule, les soldats de l’Anzac débarqueraient sur la côte plus au nord.

L’assaut initial était planifié pour le 23 avril mais le mauvais temps le retarda de deux jours. Le premier corps Anzac à débarquer fut la troisième Brigade australienne, à 5h le jour fatidique du 25 avril. Plus tard dans la matinée, l’Auckland Battalion commença à progresser sur la plage suivi par deux compagnies du Canterbury Battalion. Ils avancèrent jusqu’à la seconde crête où les combats contre les forces turques débutèrent.

Pendant près de huit mois, la bataille fit rage sur ce terrain impraticable, idéal pour la défense menée par les vaillantes forces armées turques commandées notamment par le brillant Général Mustafa Kemal (plus tard, Attaturk),avant que la décision ne soit prise par le Maréchal Lord Kitchener d’évacuer. Dans un mouvement superbement exécuté, les forces alliées se retirèrent de la Péninsule de Gallipoli, tout d’abord de Suvla/Anzac en décembre et enfin du Cape Helles en janvier. Quelques unités néozélandaises retournèrent brièvement à Gallipoli après la signature d’un armistice par la Turquie le 31 octobre 1918 afin de chercher et enterrer les morts au combat.

2 721 Néo-Zélandais sont morts à Gallipoli (un sur quatre ayant débarqué) et plus de 4 700 ont été blessés. L’invasion aura coûté la vie à 120 000 Britanniques, 27 000 Français et 26 000 Australiens. Bien que cette campagne ait été justement décrite comme un échec coûteux, une force et une compréhension certaines sont nées de la peine et de la tragédie. Le 25 avril est commémoré aujourd’hui en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Turquie du fait de la place que tient Gallipoli dans le développement de l’identité nationale de chacun de ces pays.

La NZEF battue repartit en Egypte pour se reposer, se regrouper et s’entraîner. Une brigade montée resta pour combattre dans la campagne du Sinaï-Palestine, tandis que la New Zealand Division formée par deux brigades supplémentaires de fusiliers, partit en direction de la France et du Front de l’Ouest en avril 1916.

La France et la Somme

Alors que la situation stratégique au Moyen-Orient commençait à se stabiliser, il devenait évident qu’un nombre trop important de forces se trouvaient au Moyen Orient par rapport à ce qui avait été nécessaire après l’évacuation. Il fut donc décidé d’envoyer les forces néo-zélandaises en Europe pour soutenir les armées alliées enlisées. La NZEF commença l’embarquement sur 16 navires de transport de troupes à Port Saïd en Egypte au début du mois d’avril 1916. Le voyage, « sur une mer calme, fut sans événement », selon l’Histoire officielle. « Toutes les précautions furent prises contre les sous-marins ». Les navires arrivèrent à Marseille à partir du 11 avril. Le Quartier général resta d’abord en Egypte mais fut vite transféré au Royaume-Uni, où le camp et le dépôt principal se trouvaient au Camp Sling, sur la Plaine de Salisbury. En France, un dépôt de base fut établi à Etaples, au sud de Boulogne dans le Nord du pays.

De Marseille, la New Zealand Division prit la direction du nord en train, le trajet de 58 heures n’étant allégé que par « le paysage exquis de la vallée du Rhône. Le vert tendre des arbres et les herbes grasses, les fl eurs précoces dans les prés et les bois ensoleillés, séduits par les fleurs et la parade du printemps, étaient en contraste frappant avec la monotonie du désert asséché », écrit l’historien officiel, le Lt Col Hugh Stewart.

À la mi-mai, la New Zealand Division se trouvait en première ligne dans le secteur d’Armentières, près de la frontière franco-belge. Les soldats néo-zélandais s’étaient alors entraînés durement, s’habituant au climat et à la préparation intensive de l’infanterie, qui avait dû se familiariser à la marche sur des routes pavées et un sol dur après les sols changeants du désert. Ils avaient également été formés aux procédures modernes comme les tactiques d’artillerie ou bien comment faire face à la menace du gaz. Une partie d’entre eux était très expérimentée mais il y avait également deux brigades additionnelles au sein de la Division, dont la plupart n’avait pas servi à Gallipoli. Les Néo-Zélandais s’apprêtaient à affronter une forme de guerre de tranchées complètement différente, et en fin de compte beaucoup plus coûteuse : la boue et la misère du Front de l’Ouest.

La guerre sur le Front occidental avait commencé pratiquement deux ans plus tôt avec l’invasion allemande de la Belgique en août 1914. Débuta alors une série de tentatives d’actions d’encerclement alors que les Alliés essayaient de bloquer les efforts allemands visant à atteindre la Manche. Les deux côtés connurent des succès ; les Français menant une contre-attaque réussie dans la vallée de la Marne, au sud-ouest de Paris, forçant ainsi une importante retraite allemande et, de fait, stoppant leur invasion.

Durant l’année 1915, des tentatives allemandes à Ypres, en Belgique, puis britanniques, à Neuve Chapelle, et françaises, en Champagne puis en Artois, échouèrent toutes, et les deux côtés s’installèrent dans une guerre de tranchées, aucun n’arrivant à prendre un avantage substantiel. La situation se stabilisa en partie le long d’une ligne de front fluide parcourant environ 750 kilomètres de la Manche à la Suisse, où chaque côté creusait des tranchées ou fortifications protégées par des noeuds de fil barbelé. Les armées qui utilisaient les tactiques traditionnelles d’avancée des troupes en groupes à travers un espace ouvert essuyèrent de nombreuses pertes à cause du matériel moderne, notamment la mitrailleuse, et des feux d’artillerie ciblés.

Telle était la situation à laquelle la New Zealand Division était confrontée alors qu’elle se mettait en position le long d’un front de cinq kilomètres allant du sud d’Armentières jusque vers la rivière Lys, où elle fit face au 2e Corps Saxon Royal allemand sous le commandement du Général von Laffert. Les tranchées allemandes n’étaient distantes que de 100 mètres par endroit, et le front était raisonnablement stable, les deux côtés recourant à des patrouilles et des échanges de feu d’artillerie.

L’Allemagne lança une offensive majeure dans le nord-est de la France, près de Verdun-sur-Meuse, dans le but d’infliger de lourdes pertes et d’essayer ainsi de forcer les lignes françaises ouvertes. Verdun se trouvait sur une ligne stratégique et juchait la voie ferrée reliant Paris. Du 21 février 1916 au 18 décembre 1916, la Bataille de Verdun fit rage, causant un énorme carnage des deux côtés.

Afin de soulager la pression à Verdun, une attaque conjointe franco-britannique fut conçue pour la vallée de la Somme, dans le nord de la France, à l’Est d’Amiens. Ce fut la première campagne majeure de la New Zealand Division sur le Front de l’Ouest. Après s’être reposée et réentrainée autour d’Abbeville, dans le nord de la France, la Division continua sa progression, et au 14 septembre, se trouva sur le flanc ouest d’une ligne entre High Wood et Delville Wood près de la ville de Longueval. À 18h le 14 septembre 1916, l’artillerie entama un tir de barrage massif sur les lignes allemandes et la Division prit position à minuit. À 6h20 le 16 septembre, des coups de siffl et retentirent pour annoncer l’attaque.

Chargés d’un fusil Lee Enfield avec baïonnette, de 200 cartouches de munition, de deux grenades à mains, d’outils pour les tranchées et de kits personnels, les membres de l’infanterie de la Division purent avancer assez loin. Dans la demi heure, les premières tranchées ennemies étaient capturées, et les Néo-Zélandais aidaient à prendre le village de Flers. Pendant trois semaines, la bataille fit rage, les conditions météorologiques devenant de plus en plus difficiles ; des pluies torrentielles qui commencèrent à s’abattre en fin de journée le jour de l’attaque, rendaient un sol argileux imbibé d’eau et déjà labouré par le feu imposant de l’artillerie en une masse glutineuse de boue et de mares d’eau.

Pratiquement toute la Division s’était retirée au 4 octobre, à part les canonniers qui continuèrent jusqu’au 25, date à laquelle ils avaient alors tiré près de 500 000 obus contre l’ennemi. Il en résulta un assaut coûteux avec plus de 1 500 tués et presque 5 000 blessés – un lourd bilan même comparé à Gallipoli.

La première Bataille de la Somme se termina en novembre 1916, les Britanniques ayant perdu 400 000 hommes et les Français 200 000. Bien que la campagne n’ait pas atteint son objectif ultime, elle entraina de fortes pertes allemandes. Déjà très touchée par la bataille de Verdun, l’Allemagne retira ses forces des champs de bataille de la Somme âprement contestés vers de nouvelles lignes défensives en février 1917.

La New Zealand Division fut envoyée dans le secteur de Sailly proche de la frontière avec la Belgique et au sud d’Ypres, avant de revenir sur le secteur d’Armentières lorsque l’hiver s’intensifia, moment où les combats s’enlisèrent dans des raids occasionnels et des accrochages entre tranchées. En mars 1917, elle fut transférée en Belgique où elle connaitra certains de ses moments les plus durs.

L'enfer d'Ypres et Passchendaele

Après les combats sanglants de la bataille de la Somme en 1916, la New Zealand Division fut déployée dans le nord de la France, près de Sailly, avec une brigade placée à l’arrière à Armentières. Son rôle durant cette période consistait à attaquer les tranchées ennemies avant d’être déployée dans le secteur de Messines, en Flandres belges. Ce nom évoque certains des pires moments de la Grande Guerre. Les Flandres furent le lieu d’âpres batailles dans des conditions souvent épouvantables ; la boue était « pire que les Allemands » selon un officier haut gradé.

La ville belge d’Ypres, également dénommé Ieper en Anglais, constituait l’objectif des Allemands. Les tentatives pour prendre la ville flamande durant l’avancée de 1914 s’étaient révélées infructueuses. Ypres (ou « Wipers » tel que l’appelaient les Tommies, les soldats britanniques) était adossée à une zone de grande importance prise lors des intenses combats d’octobre et de novembre de cette année-là, durant la première bataille d’Ypres. (Le terme « wipers » entrera brièvement dans le lexique du rugby après la guerre afin de décrire un coup de pied en chandelle).

La seconde bataille d’Ypres débuta le 22 avril 1917 par un assaut féroce donné par les forces allemandes au nord de cette zone. Les Allemands utilisèrent pour la première fois de la guerre des armes chimiques, déchargeant du chlore vers les lignes situées entre Langemark et le Canal, d’Yser, tenues par des unités françaises. Face à cette effrayante nouvelle arme, les Français se retirèrent. Les semaines qui suivirent donnèrent lieu à d’incessantes attaques et contre-attaques et en un peu plus de quatre semaines, la bataille exténua les forces de deux camps. On dénombra 35 000 victimes coté allemand, mais 59 000 chez les Britanniques et 10 000 chez les Français.

L’utilisation d’armes chimiques souleva un vent de protestation international, ce qui n’empêcha pas les Britanniques de les utiliser cinq mois plus tard contre l’Allemagne lors de la Bataille de Loos, le 25 septembre 1915.

La troisième bataille d’Ypres débuta le 31 juillet 1917. Passchendaele constituait l’objectif initial et l’assaut de la ville faisait partie d’une vaste offensive alliée. Sir Douglas Haig, le commandant en chef, espérait maintenir les Allemands sous pression après la longue épreuve de la Somme l’année précédente. Son plan incluait notamment la prise de la crête de Pilkem et du plateau de Geluveld–Passchendaele afin d’ouvrir la voie vers la ville de Roulers, un important carrefour de routes et de chemins de fer. Une fois que ceci serait tombé entre les mains alliées, les Britanniques prévoyaient de poursuivre au nord jusqu’à la côte, afin de neutraliser les bases navales allemandes.

En amont de cette offensive, Haig décida de capturer la crête de Messines au sud. Partie intégrale de cette opération majeure, la New Zealand Division devait capturer le village de Messines. L’attaque soigneusement préparée fut un succès frappant. Elle débuta à 3h10 du matin le 7 juin 1917 par l’explosion de trois énormes mines placées dans des souterrains creusés sous les lignes allemandes. On pense que jusqu’à 10 000 soldats allemands périrent dans les explosions. Sous couvert d’un barrage d’artillerie précis, les troupes des 2nd et 3rd(Rifle) Brigades s’élancèrent de leurs tranchées vers la crête devant elles où se trouvait le village en ruines de Messines. Les troupes britanniques et australiennes sur chaque flanc firent de même. Suivant une séquence méticuleusement planifiée de tirs de barrages et d’avancées, les troupes traversèrent le no man’s land en quelques minutes. À sept heures du matin, la ville était prise et les Néo-Zélandais poursuivirent leur avancée.

La prise de Messines fit relativement peu de victimes. L’attaque devint avec le temps un modèle ; le résultat d’une planification soignée et d’une exécution habile. Gênée au début de l’attaque, l’artillerie allemande n’eut que peu d’impact sur les troupes qui avançaient. Mais plus tard dans la journée, les Allemands commencèrent à bombarder les zones fraichement prises avec une intensité croissante. Lorsque la Division fut relevée le 9 juin, 3 000 soldats avaient été blessés et 700 avaient péri. Lorsque l’offensive principale débuta tardivement le mois d’après, la Cinquième Armée du Général Gough fi t peu de progrès face à une opposition cinglante. L’avancée s’enlisa rapidement, les fortes pluies transformant le champ de bataille en un bourbier. Bien que les hommes de Gough tentèrent à plusieurs reprises d’avancer sous ces conditions extrêmes, ils ne purent progresser en direction de Passchendaele.

Telle était la situation qui attendait les Néo-Zélandais qui, après s’être reposés et entrainés dans le nord de la France, retournèrent en Flandres où ils couvrirent les flancs lors de l’assaut sur la crête de Broodseinde le 4 octobre 1917. Le contrefort de Gravenstafel, l’un des deux contreforts de la principale crête à Passchendaele, constituait l’objectif néo-zélandais. Le maniement habile de l’artillerie fi t de nombreuses pertes chez les Allemands et permis aux 1st et 4thBrigades d’avancer, de capturer le contrefort et de consolider leur position. Ils avancèrent de plus de 1 000 mètres, une distance considérable eu égard à la nature des combats sur le front de l’Ouest. Ils firent plus de 1000 prisonniers allemands, mais 320 Néo-Zélandais périrent, dont Dave Gallaher, capitaine des All Blacks entre 1905 et 1906.

Le pire était encore à venir. Le haut commandement britannique décida d’une nouvelle attaque, estimant que la résistance allemande s’amenuisait au vu des lourdes pertes subies. La Division attaqua le 12 octobre le contrefort de Bellevue, le deuxième depuis la crête principale. L’attaque débuta à l’aube malgré le crachin se transformant progressivement en pluie, réduisant un sol labouré par les éclats d’obus en une boue qui allait devenir un véritable cauchemar et avec laquelle l’infanterie devait se débattre. L’artillerie de soutien fut également retardée par la boue. Il était difficile de trouver des terrains assez stables sur lesquels poser des pièces d’artillerie, et l’acheminement de munitions par trains se trouvait également compromis. Ceci eut un impact majeur sur le succès de l’attaque. L’infanterie avança sous des tirs de barrage insuffi sants pour au final se retrouver devant les fils barbelés ennemis pratiquement intact. Ils ne pouvaient pas atteindre les blockhaus situés derrière. De fait, l’infanterie ne pouvait compter que sur elle-même.

Les conséquences furent tragiques. Certains Néo-Zélandais furent victimes de leurs propres obus, tirés trop courts. Les mitrailleuses allemandes se montrèrent sans pitié pour ceux qui se débattaient face aux barbelés à l’approche de la crête. Nombreux furent fauchés alors qu’ils atteignaient leur objectif. D’autres périrent dans la boue, les brancardiers étant incapables de les atteindre. Ceci devint la journée la plus terrible pour la Nouvelle-Zélande ; il y eut plus de morts ou de blessés au combat que n’importe quel autre jour dans l’histoire moderne de la guerre. Cela fut bien plus terrible que tout ce qu’avait enduré la Division à Gallipoli. Les 2700 morts, blessés ou disparus incluaient 45 offi ciers et 800 soldats décédés sur le champ ou mortellement blessés. Les troupes canadiennes prirent la relève de la Division le 18 octobre afin que celle-ci puisse se retirer, reprendre des forces et recevoir des renforts en provenance de Nouvelle-Zélande.

Déployée dans le secteur de Polygon Wood près d’Ypres, la Division subit un nouveau revers en décembre lorsqu’elle attaqua un point fort allemand à Polderhoek, à l’Est d’Ypres et juste au Nord de la route de Menin. L’attaque devait renforcer les défenses néo-zélandaises au nord en repoussant les Allemands. Les commandants décidèrent de ne pas avoir recours aux tirs de barrage d’artillerie préliminaires habituels, espérant ainsi prendre l’ennemi par surprise. Les 1st Canterbury et 1st Otago Battalions firent ainsi face au feu nourri des mitrailleuses allemandes. Ils furent incapables d’atteindre leur objectif et l’attaque périclita.

Après un hiver difficile dans la zone d’Ypres, la Division quitta finalement la Belgique en début d’année 1918. Les Néo-Zélandais y revinrent, bien que brièvement, lorsqu’ils traversèrent le territoire belge afin de rejoindre les forces d’occupation alliées en Allemagne. Ils passèrent par Charleroi le 7 décembre 1918 avant d’atteindre Verviers le 19. Ils reçurent un accueil chaleureux tout au long du chemin avant de traverser le Rhin le jour suivant.

Inverser le cours des choses

Le haut commandement allemand, dirigé par le Général Erich Ludendorff lança début 1918 un nouvel assaut à travers le nord de la France en direction des côtes de la Manche espérant diviser les armées britannique et française. Les Français avaient été affaiblis par le nombre dramatique de victimes lors de la bataille de Verdun et les mutineries qui s’ensuivirent, tandis que les Britanniques se voyaient amoindris suite aux campagnes prolongées dans les Flandres.

L’opération allemande sous le nom de code Opération Michael fut lancée à 5 heures du matin le 21 mars 1918 par un barrage d’artillerie le long d’un front de près de 63 kilomètres. L’attaque fut facilitée par un épais brouillard blanc qui recouvrait la majeure partie du pays et cachait les fusées de détresse lancées par l’infanterie alliée. Bientôt, les Britanniques durent battre en retraite, cédant des territoires ardemment conquis durant les féroces batailles dans la Somme en 1916. La force de l’assaut allemand était accablante. Près de 74 divisions d’infanterie renforcées par 46 autres transférées du front de l’Est suite à la débâcle russe de 1917 étaient soutenues par 6 000 pièces d’artillerie tirant des obus explosifs et à gaz, en plus de troupes de choc armées de lance-flammes.

À l’époque, la New Zealand Division récupérait de leurs efforts des batailles de 1917. Elle allait jouer un rôle majeur en contrant l’offensive allemande conçue pour mettre terme à la Première Guerre mondiale.

La Division prit le train le 22 mars à 2 heures du matin en direction des côtes de la Manche et le sud d’Amiens, d’où elle s’avança à travers la ville jusqu’à la ligne de front. Les soldats néozélandais furent pour la première fois confrontés à des réfugiés, principalement des gens âgés ou très jeunes, se déplaçant vers l’ouest, en train ou à pied, sous des pluies diluviennes et précédant l’avancée allemande. L’officier d’artillerie R. J. Byrne écrirait dans l’Histoire officielle de l’artillerie de campagne néo-zélandaise (Official History of the New Zealand Field Artillery) que « les routes traversées par les unités alors qu’elles se déplaçaient en direction d’Amiens présentaient un spectacle misérable et extraordinaire ».

L’infanterie se retrouva pour la première fois au contact de l’ennemi le 26 mars à 11 heures du matin. Le lendemain vers 17 heures, la New Zealand Field Artillery se trouvait près du village de Mailly-Maillet et les canons de ses obusiers howitzer de 4,5 pouces commencèrent à rugir avant que l’aube ne se lève le lendemain. Ce hameau formait avec ceux de Bertrancourt et Colincamps un cercle de 4 kilomètres de diamètre et constituait la dernière ligne de défense dite « ligne pourpre ». Ils furent largement détruits par les puissants tirs ennemis. Dans la nuit du 28 mars, un puissant obus vint détruire le quartier général de la 3rd (Rifle) Brigade basé à Colincamps, blessant mortellement le Général de brigade Harry Fulton, tuant son chef d’état-major et blessant neuf autres. Fulton devint ainsi l’un des trois généraux de brigade néo-zélandais morts au combat durant la guerre.

Soutenue par le feu concentré de l’artillerie, l’infanterie réussit à faire battre les Allemands en retraite jusqu’au 5 avril, où, vers 5h30 du matin, ces derniers lancèrent un second assaut féroce couplé à de lourds bombardements. Les Néo-Zélandais répliquèrent avec une telle efficacité que les prisonniers allemands reportèrent plus tard que l’artillerie, couplée aux tirs cinglants du bataillon de mitrailleuses néo-zélandais, rendit toute avancée impossible. À 15h30, les tirs ennemis perdirent en intensité et les mitrailleurs néo-zélandais armés de leurs Lewis détruisirent un avion d’observation ennemi.

L’artillerie déclencha un tir de barrage roulant au-dessus des tranchées ennemies le lendemain matin à 5 heures, au cas où un nouvel assaut d’infanterie était en préparation. Ceci calma l’offensive allemande et il devint évident que l’Opération Michael avait été stoppée. Les Allemands avaient perdu près de 400 000 hommes depuis le début de l’opération.

Le Haut Commandement allemand lança l’Opération Georgette début avril 1918. Son but était de forcer les Britanniques à battre en retraite jusqu’aux ports de la Manche, à l’instar de l’objectif de l’Opération Michael. La bataille débuta le 7 avril 1918 et dura jusqu’au 29 avril. La New Zealand Division se joignit à la bataille le 9 avril. Une semaine plus tard, 220 hommes du 2nd Entrenching Battalion furent encerclés et fait prisonniers.

En mai, les Néo-Zélandais prirent part à l’attaque sur l’Aisne. Cette région avait la réputation peu enviable d’être le lieu de naissance de la guerre de tranchées. La Division fût relevée du front et n’y retournât pas avant juillet. Début août, une attaque conjointe australo-canadienne sur Amiens porta un coup sévère aux Allemands. Le 21 août, la Division prit part à un assaut majeur le long d’un front de 15 kilomètres qui vit les Allemands enfin repoussés hors de la Somme. Les Néo-Zélandais capturèrent Bapaume le 29 août puis se déplacèrent vers l’est afin de d’aider à forcer les Allemands hors du contrefort de Trescault. La Division fut à nouveau relevée du front le 15 septembre mais y retourna deux semaines plus tard afin de participer à l’attaque le long de la ligne Hindenburg.

Tandis que les Allemands faiblissaient (n’ayant jamais récupéré des Opérations Michael et Georgette, leurs troupes étant par ailleurs mises à mal par l’épidémie de grippe qui sévissait également chez les alliés), la New Zealand Division pris part à une série d’assauts rapides qui permit de capturer une large part de territoire. Lorsqu’ils eurent à nouveau quitté le front le 12 septembre, ils avaient franchi la Selle et parcouru 14 kilomètres. Leur succès refl était la compétence et l’efficacité croissante de la Division, de ses offi ciers et de ses sous-offi ciers. Les difficiles leçons des batailles de la Somme et des Flandres, et notamment le besoin de coordination rapprochée entre l’artillerie et l’infanterie, avaient été bien retenues.

La New Zealand Division retourna au front le 23 octobre. Cette fois incorporée à la Troisième armée, elle força les Allemands à battre en retraite vers l’est. Début novembre, elle dut faire face à une plus grande résistance allemande près de la cité médiévale du Quesnoy. Le 8 novembre, et dans une manoeuvre d’encerclement exemplaire dont on se souvient encore aujourd’hui, la Division captura la ville après avoir escaladé les remparts à l’aide d’échelles. Trois jours plus tard le 11 novembre, la guerre prendrait fi n avec l’armistice entre l’Allemagne et les alliés ; les empires ottoman et austro-hongrois ayant respectivement capitulé les 30 octobre et 3 novembre.

Le Quesnoy

La libération du Quesnoy la semaine avant la fin de la Grande Guerre reste, encore aujourd’hui, l’un des moments forts de l’histoire militaire néozélandaise. L’impact sur la ville et ses habitants fut tel que les événements du 8 novembre 1918 sont encore aujourd’hui commémorés chaque année, et ce depuis 1919.

La commune du Quesnoy est une cité médiévale fortifi ée protégeant une vallée fluviale qui fut ravagée par les guerres pendant des siècles. Les premiers habitants se sont installés au XIIe siècle et les fortifi cations, construites afin de défendre ce qui était alors les Pays-Bas espagnols des Habsbourg, remontent à 1536. La région fut capturée par la France en 1654, et sous le règne de Louis XIV, l’ingénieur militaire Sébastien le Prestre de Vauban reçut l’ordre de construire une série de bastions destinés à protéger les nouvelles frontières du nord-est afin qu’elles ne soient jamais reprises. Le Quesnoy constitue l’un de ses meilleurs exemples. Il construisit un labyrinthe de remparts, de murs, de chaussées et de tunnels entourés de fossés.

Début novembre 1918, les forces néozélandaises s’approchèrent du Quesnoy, sous l’emprise des Allemands depuis août 1914. Plutôt que de détruire les fortifications historiques par des tirs d’artillerie, il fut décidé à la place d’utiliser l’infanterie. La 3rd New Zealand (Rifle) Brigade néo-zélandaise hérita de la tâche et ses 2ndet 4th Battalions entamèrent les manœuvres d’encerclement. Le 2nd fit une approche par l’ouest tandis que le 4th s’avança en direction de la Porte de Valenciennes.

L’offensive fut lancée le 4 novembre et plusieurs centaines de prisonniers furent capturés. Les bataillons firent jonction au niveau du village d’Herbignies, deux kilomètres à l’est du Quesnoy. Dans une tentative visant à épargner des vies, plusieurs prisonniers allemands furent envoyés avec des messages à l’attention des assiégés les appelant à se rendre. Au vu de ces informations, les soldats étaient prêts à mettre fin aux combats mais les officiers refusèrent.

Il était clair que la commune devait être prise d’assaut. Couverts par les tirs de mortiers et de mitrailleuses, et protégés par la brume et la fumée projetées par les Royal Engineers, les Néo-Zélandais avancèrent en direction des remparts extérieurs sous le feu des mitrailleuses et des tireurs embusqués ennemis.

Tandis que l’artillerie britannique pilonnait les défenses externes, les Néo-Zélandais progressaient lentement. Utilisant les échelles fournies par les Royal Engineers, ils passèrent les défenses extérieures adverses. Le Lieutenant Colonel H Barrowclough, l’officier en charge du bataillon, dirigea personnellement l’assaut. Aux alentours de 16h00, le Lieutenant H W Kerr mena une patrouille vers un endroit des fortifications où se situait une étroite passerelle. C’était quasiment le seul endroit où les échelles pouvaient atteindre le sommet des fortifications. Il prit avec lui le Sous-lieutenant L C L Averill MC, l’officier responsable des renseignements au sein du bataillon, qui avait passé la majeure partie de la matinée à surveiller les fortifi cations. Aidés par les tirs de mortier et couverts par le feu des fusils-mitrailleurs Lewis, ils atteignirent le pont et érigèrent l’échelle, tenue par deux fantassins. Averill fut le premier à monter, suivi par le reste du bataillon.

Reconnaissant le fait accompli, les Allemands se rendirent et peu de temps après, le 2nd Battalion marcha à travers la Porte de Valenciennes. Les Néo-Zélandais furent accueillis par les acclamations des habitants qui sortirent de leurs cachettes à leur arrivée. Un prisonnier allemand se rendit utile en localisant ses compagnons qui s’étaient cachés sous terre. Bientôt, quelques 700 soldats se retrouvèrent prisonniers.

Le lendemain matin, à 11h00, une parade eut lieu avec le 4th Battalion en formation sur la place. Ce moment est raconté dans l’Histoire officielle de la division: « …précédés par le Maire, les conseillers municipaux et par la fanfare du 2nd Battalion, les soldats défi lèrent devant le Général de brigade et une foule de civils applaudissant à tout rompre, puis le long des remparts pour finir par regagner leur cantonnement près de Solesmes. Pas un seul véhicule du convoi ne manquait d’arborer le drapeau tricolore, et chaque section reçut son lot de fleurs, de drapeaux et de souvenirs des habitants enchantés ». Le jour suivant, le président français Raymond Poincaré rendit une visite officielle aux Néo-Zélandais servants de garde d’honneur sur la Place d’Armes, tandis que le 14 novembre, la ville et la Division procédèrent à un échange de drapeaux.

Encore aujourd’hui, on se souvient du Sous-lieutenant L C L Averill MC comme du premier Néo-Zélandais à être entré dans Le Quesnoy. Né le 25 mars 1897, Averill était étudiant en médecine au moment de son engagement, et il se porta volontaire pour rejoindre la New Zealand Expeditionary Force en 1916. Il quitta la Nouvelle-Zélande avec les 34th Reinforcements début 1918. Averill se vit décerner la Croix militaire pour son « exceptionnelle bravoure et pour son bon commandement » durant l’assaut sur Bapaume en août 1918. Après la guerre, il termina ses études de médecine et passa de nombreuses années à pratiquer à Christchurch, en Nouvelle-Zélande. Il resta attaché au Quesnoy le reste de sa vie. En 1961, il fut nommé Compagnon de l’Ordre de St Michael et St George pour son exceptionnel service envers la médecine et la communauté, et fut fait Citoyen d’honneur du Quesnoy en 1968. En 1973, il reçut son plus grand honneur quand le gouvernement français le fit Chevalier de la Légion d’honneur. Il mourut à Christchurch le 4 juin 1981.

Un mémorial commémore sa bravoure (et, indirectement, celle du Lieutenant Kerr). Il est situé près des remparts intérieurs où Averill
grimpa en haut de l’échelle. Le sculpteur néozélandais A.R. Fraser produisit un modèle que le sculpteur français Félix Desruelles utilisa pour préparer son mémorial. Il fut inauguré lors d’une cérémonie le 15 juillet 1923, à laquelle assistèrent le Maréchal Joseph Joffre, Lord Alfred Milner (qui
fut membre du Cabinet de guerre britannique) et Sir James Allen, le Haut Commissaire néozélandais au Royaume-Uni. Le mémorial peut être vu depuis la rive opposée du fossé désormais vide. À sa gauche se trouve l’étroite passerelle où l’échelle d’Averill fut posée.

La victoire

Le lundi 11 novembre 1918 à 11h00 du matin, les canons se turent le long du front de l’Ouest. L’Allemagne venait d’accepter les conditions de l’Armistice présentées par les gouvernements alliés. La Division se trouvait en retrait de la ligne de front dans le nord-est de la France, à Beauvais et à Fontaine. La nouvelle fut reçue par télégraphe à 8h ce matin-là. Le livre de l’Histoire officielle de la Nouvelle-Zélande dans la Grande Guerre retrace d’ailleurs ce moment dramatique : « La nouvelle fut reçue par la Division et par les armées d’une manière généralement très factuelle, totalement dénouée d’émotion. Un office religieux fut organisé par la Division le 14 novembre afin de rendre Grâce. »

La Division fut affectée en Allemagne en tant que l’une des forces d’occupation et débuta sa longue marche de Beauvais à Cologne le 28 novembre. Elle traversa une partie de la France et de la Belgique. Le Roi George V passa la Division en revue le 1er décembre, accompagné de ses fils les princes Edouard et Albert. Après une marche de 175 kilomètres, elle atteignit Verviers le 19 décembre, moment où le Pioneer Battalion se sépara du reste de la Division pour rentrer en Nouvelle-Zélande ; le premier bataillon à prendre le chemin du retour.

L’Histoire officielle retrace l’émotion du moment : « Reçue partout avec un enthousiasme débordant et la plus grande hospitalité, la Division fut particulièrement touchée par la chaleur de l’accueil qu’elle reçut à Verviers. Des guirlandes étaient déployées à profusion et des étendards portant des messages de bienvenue accrochés au-dessus des rues. Les troupes qui se risquaient à s’arrêter dans la ville pour l’habituel 10 minutes, 10 minutes avant l’heure, repartaient, hommes, fusils, chevaux et charriots, décorés de drapeaux et de fleurs. »

La discipline restait de mise malgré les routes exécrables et le mauvais temps, partiellement compensés par la beauté des vallées de la Sambre, de la Meuse et de la Vesdre, et des villes qu’ils traversèrent, notamment Liège, Namur et Charleroi. Le 1st Battalion of the Canterbury Regiment devint la première unité d’infanterie néo-zélandaise à traverser le Rhin le 20 novembre (à l’aide d’un pont flottant) et fut accueilli par des foules silencieuses et dénuées de toute expression.

La Division fut stationnée à travers la ville avec l’infanterie à Leichlingen, Mülheim et Bensburg, l’artillerie à Deutz et Mülheim, et les QG Divisionnels à Leverkusen. Ils furent chargés de maintenir la paix, de se protéger contre de possibles éruptions de violence et d’assurer l’ordre.

Un programme éducatif fut mis en place afin de remplacer l’entrainement militaire et les préparatifs débutèrent en vue du retour de la Division en Nouvelle-Zélande. Les premiers à partir en décembre furent les hommes mariés et ceux qui s’étaient enrôlés en 1914 et 1915. Alors que les troupes se réduisaient peu à peu, la Division fut progressivement réorganisée en de plus petites unités jusqu’au 25 mars 1919, date qui marqua la fin de son histoire.

Le Général Sir Alexander Godley, qui avait commandé la New Zealand Expeditionary Force, écrivit dans son message d’adieu: « Ce fut un immense privilège (et un privilège que j’apprécie à sa juste mesure) d’avoir non seulement bâti et emmené un tel corps depuis la Nouvelle-Zélande, mais d’avoir eu l’honneur de le commander sur toute la durée de la guerre… Vous laisserez derrière vous une réputation de discipline, de qualité au combat, de constance, de ressource, d’initiative, de dureté à la tâche et de chevalerie dont vous, mais aussi la Nouvelle-Zélande, avez toutes les raisons d’être fière. (…) La Nouvelle-Zélande, j’en suis convaincu, est capable et est destinée à jouer un rôle dans le monde allant bien au delà du poids de sa superficie et de sa population. »

Les Allemands avaient également un certain égard pour les Néo-Zélandais. Un document de l’espionnage allemand saisi à Hébuterne, à 24 kilomètres au sud-ouest d’Arras, notait : « Une division d’assaut particulièrement efficace. Elle se caractérise par un sens de l’initiative ou de la confiance en soi très développé, caractéristique des colons britanniques, et une haine des Allemands particulièrement prononcée. La Division se fait un honneur de ne prendre que peu de prisonniers. »

Les soldats en partance pour la Nouvelle-Zélande devaient transiter par la Grande Bretagne afin d’attendre les navires qui les reconduiraient chez eux. D’inévitables retards furent aggravés par une grève du transport maritime. Un programme éducatif obligatoire fut mis en place afin de développer la citoyenneté et des compétences pratiques, géré avec la YMCA néozélandaise, qui avait déjà ouvert une école pour les soldats handicapés.

Un comité sportif fut mis en place et l’équipe de rugby de l’Armée de terre néo-zélandaise prit part et remporta les championnats Inter-services et des Dominions, ainsi que la Coupe du Roi en 1919. L’armée de terre britannique et la Royal Air Force représentaient la Grande-Bretagne, tandis que les participants du Commonwealth étaient les quatre Dominions : la Nouvelle-Zélande, l’Australie, l’Afrique du Sud et le Canada. Ils furent rejoints par la France qui prit part au Trophée impérial. L’équipe néo-zélandaise, surnommée les Kiwis, le remporta le 19 avril 1919 à Twickenham sur le score de 20 à 3, battant l’équipe de l’armée française (qui comportait notamment René Crabos et Adolphe Jauréguy). L’équipe des Kiwis se rendit en France en mai 1919 afin de jouer deux matches contre l’équipe française, gagnant 10 à 6 à Colombes et 14 à 13 à Toulouse. Ces matchs ne furent cependant jamais officiellement reconnus.

L’équipe joua quarante matchs, en remporta trente-cinq, fi t trois matchs nuls et en perdit deux. Une juste façon de se rappeler des 13 All Blacks qui périrent au cours de la Première Guerre mondiale. Le plus connu d’entre eux était Dave Gallaher, le capitaine des « Originaux », la première équipe nationale de rugby à XV connue sous le nom de « All Blacks ». Gallaher joua 26 matches pour Auckland et 36 pour les All Blacks. Il combattit durant la seconde guerre des Boers puis mentit sur son âge afin de servir durant la Première Guerre mondiale. Il combattit à Ypres mais fut mortellement touché durant l’offensive de Passchendaele, et mourut le 4 octobre 1917. Le monde du rugby le commémore à travers le bouclier Gallaher, le championnat provincial de rugby à XV d’Auckland, créé en 1922, et par le trophée Dave Gallaher que se disputent la Nouvelle-Zélande et la France depuis 2000.

 

Bibliographie

The Oxford Companion to New Zealand Military History, Dr Ian McGibbon, Oxford University Press, 2000
From the Uttermost Ends of the Earth, the New Zealand Division on the Western Front 1916-1918, John H Gray, Wilsonscott Publishing, 2010.
Official Histories of New Zealand in the Great War, Volume 1 Gallipoli, Major Fred Waite, Whitcombe & Tombes Limited, 1919
Official Histories of New Zealand in the Great War, Volume 2 France: the New Zealand Division 1916-1919, Colonel H. Stewart, Whitcombe & Tombes Limited, 1921
New Zealand Artillery in the Field, Lieutenant J R Byrne, Whitcombe & Tombes Limited, 1922
New Zealand’s Great War, John Crawford and Ian McGibbon, Exisle Publications, 2007
The Day We Won the War, Charles Messenger, Weidenfeld & Nicholson, 2008