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Le tourisme de mémoire dans la Marne

Monument Navarin aux Morts des Armées de Champagne
© Carmen Moya
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

La Marne a donné son nom à deux batailles décisives de la Grande Guerre. Ce territoire témoigne aujourd’hui encore de l’âpreté des combats qui s’y sont déroulés tout au long du conflit. Des monuments emblématiques et de nombreux cimetières jalonnent le tracé de l’ancien front. Une multitude de nationalités sont ici présentes et le sol marnais recueille avec respect le plus grand nombre de sépultures militaires de tous les départements français avec 164 145 tombes de soldats.

Un front spécifique et décisif

À la fin de l’été 1914, le mouvement offensif allemand est stoppé sur la Marne et la plaine de Champagne va devenir l’enjeu de la première bataille de la Marne depuis les marais de Saint-Gond jusqu’à la vallée de la Saulx. Mais cette victoire n’est qu’un répit, le front se fixe et passe au nord du département. Une certaine égalité du feu s’établit et les belligérants se retrouvent face à face, pour une tragique guerre de position. Pour la première fois dans l’histoire, on assiste à la formation d’un front continu traversant tout le département : du Chemin des Dames jusqu’en Argonne, les affrontements vont torturer les paysages, pulvériser les arbres, détruire des villages entiers et faire un nombre effroyable de victimes.

Le monument national de la victoire de la Marne, érigé à Mondement en 1938, perpétue le souvenir des soldats de la première bataille de la Marne, du 5 au 12 septembre 1914. Il prend la forme d’un monolithe de 35m de hauteur dédié « A tous ceux qui sur notre terre du plus lointain des âges dressèrent la borne contre l'envahisseur ».

Le musée d’histoire en contrebas du monument rappelle ces combats et présente de nombreux objets et documents qui permettent de mieux appréhender le conflit.

Toute l’année 1915 va être marquée d’une suite d’offensives françaises (en Champagne) et allemandes (en Argonne) entraînant la destruction totale et à tout jamais des cinq villages de Tahure, Ripont, Hurlus, Perthes-les-Hurlus et Mesnil-les-Hurlus.

La Main de Massiges est une colline dont la forme évoque une main gauche posée à plat, dont chaque doigt forme un bastion. Elle marque la limite Est du front de Champagne à la jonction du front de l'Argonne. Dès leur repli en septembre 1914, les Allemands se sont retranchés sur cette hauteur naturelle dont chaque doigt forme un bastion de cette forteresse naturelle. C'est sur cet obstacle que butent dès le 13 septembre 1914 les troupes du Corps d'Armée colonial de la 4e Armée française, qui participent à la contre-offensive succédant à la première bataille de la Marne.
Elle fait l'objet d'attaques incessantes, surtout au cours des années 1914 et 1915, mais malgré la bravoure des Marsouins, elle n'a jamais été totalement investie.

Son point culminant, le Mont Têtu, que les Allemands appellent Kanonenberg, est truffé de formidables défenses, sans cesse renforcées. Il n'est définitivement pris que lors de la contre-offensive victorieuse de 1918.

On peut aujourd’hui voir sur le terrain la forme très particulière de cette colline. Sur les parties non remises en culture, on retrouve les traces qu'ont laissées sur le sol les combats qui s’y sont déroulés pour la conquérir ou la défendre. De nombreux corps des disparus des deux camps y reposent pour toujours.

Un renfort venu du bout du monde

De 1916, on peut évoquer le calme relatif qui s’installe sur le front de Champagne. Dans le cadre des accords passés avec la Russie, deux brigades russes sont envoyées en Champagne. Elles prennent tour à tour position entre Suippes et Reims (ferme de l’Espérance, fort de la Pompelle, massif de Saint-Thierry). Au printemps 1917, la bataille des Monts de Champagne éclate avec celle du Chemin des Dames. Les Russes reprennent alors le village de Courcy mais trois nouveaux villages disparaissent : Nauroy, Moronvilliers, Sapigneul et le hameau de La Neuville sombrent à leur tour.

La chapelle orthodoxe, de style Novgorod, édifiée en 1937 à proximité du cimetière militaire de Saint-Hilaire-le-Grand, perpétue le souvenir des soldats russes tombés aux combats pendant la Première Guerre mondiale. 915 des 4 000 victimes du contingent russe qui a participé à partir de 1916 aux combats sur le sol français y reposent. Albert Alexandrovitch Benois, architecte russe de lointaine origine française, a signé ce monument qui offre à la vue ses murs blancs, son toit vert clair (symbole de la terre), son clocheton bleu (symbole du ciel) et son clocheton d'or dans le style caractéristique des églises Novgorod, dont la Cathédrale Sainte Sophie de Novgorod est le plus ancien fleuron.

Treize anciens soldats du corps expéditionnaire se sont depuis fait enterrer au nord de la chapelle aux côtés de leurs anciens camarades.

De la seconde bataille de la Marne vers la paix

En 1918, l’Allemagne veut en finir et lance plusieurs offensives au printemps. Une fois de plus c’est au cœur de la Marne que l’action décisive va se jouer. En juillet les Alliés contre-attaquent, les Allemands sont contraints au repli. La deuxième bataille de la Marne vient de se jouer et constituera le point de départ de la reconquête du territoire. A l’automne, le front s’éloigne vers les Ardennes et l’Armistice est enfin signée le 11 novembre.

Le Camp de la Vallée du Moreau, au cœur de l’Argonne, témoigne des conditions de vie des soldats durant la guerre. Ce camp servait de camp de repos au 83ème régiment de Landwehr. Il a été restauré et est aujourd’hui entretenu par le Comité Franco-Allemand de Souvenir et Sauvegarde des sites en Argonne. On peut y découvrir, lors de visites guidées, les cabanes en tôle dans lesquelles dormaient les soldats, les couloirs souterrains de ce « trou de renard » qui leur permettaient de s'abriter en cas de bombardements et les tranchées.

L’après-guerre

Après la guerre, un spectacle de désolation s’offre aux réfugiés. À leur retour, beaucoup ne reconnaissent pas leur terre. En plus des destructions, le sol regorge de munitions non explosées qui le rendent inculte et dangereux. Plus qu’ailleurs, le territoire de la Marne porte en son sol la genèse de la construction mémorielle : 52 nécropoles françaises et étrangères, huit villages disparus à tout jamais, des ossuaires et des monuments aux dimensions impressionnantes traduisent l’ampleur du désastre.

Le Mémorial national des batailles de la Marne à Dormans a ainsi été construit en 1921 sur un site choisi par le Maréchal Foch pour commémorer les deux Batailles de la Marne. Le Mémorial se compose d’une crypte, d’une chapelle, d’un cloître, d’un ossuaire rassemblant les restes de 1 500 soldats inconnus, et depuis peu d’un espace muséographique. Le Mémorial accueille plus de 17 000 visiteurs par an. L'accès à un chemin de ronde, par un escalier d'une centaine de marches, offre une vue imprenable sur toute la vallée de la Marne. Deux salles ont été récemment aménagées en espace muséographique avec artisanat de tranchées, armement et tenues de la Grande Guerre.

Le Monument de Navarin édifié entre Souain et Sommepy-Tahure constitue un autre exemple de cette construction mémorielle. Réalisé par le sculpteur Real dal Sarte,  il fut inauguré le 28 septembre 1924 avec la participation du maréchal Joffre et du général Gouraud. Ce monument imposant prend la forme d’une pyramide surmontée d’un groupe de statues représentant des soldats engagés au combat. Il abrite plus de 1 000 plaques commémoratives déposées par les familles des disparus. On retrouve dans la crypte des cuves funéraires avec les restes de 10 000 soldats, la plupart anonymes, tués au cours des combats en Champagne.

Les nations étrangères, elles aussi, ont tenu à rendre hommage à leurs soldats morts sur le sol de Champagne. Le Monument Américain du Blanc Mont en est un bel exemple. Entourée de vestiges de la guerre, cette tour de pierre calcaire jaune doré, dont la plate-forme au sommet offre un panorama sur de nombreux champs de bataille, rend hommage aux 70 000 soldats américains dans la région sur l’emplacement même du site qu’ils ont libéré.

Ce n’est donc pas un hasard si la Marne a vu naître l’idée d’un concept de paix mondiale durable, porté par Léon Bourgeois, Marnais de cœur, père de la Société des Nations et prix Nobel de la paix en 1920.

Dans le même temps, par son passé emblématique de ville martyre, Reims est devenu le symbole de la réconciliation franco-allemande et de la paix entre les peuples.

Aujourd’hui encore, la Marne témoigne de son attachement à ne pas oublier son histoire au travers de son patrimoine mémoriel imposant et singulier. De nombreux sites sont à découvrir et permettent de mieux comprendre notre passé.

Parmi eux, évoquons le musée du Fort de la Pompelle. Ce fort fut construit entre 1880 et 1883 pour compléter la ceinture fortifiée de Reims, conçue par le Général Séré de Rivière après la guerre de 1870. C’est le seul fort, haut lieu de la Résistance rémoise durant la Première Guerre mondiale. Il abrite aujourd’hui un musée dédié à la Grande Guerre, remarquable pour son exceptionnelle collection de coiffures et casques de l’armée impériale allemande comprenant 560 modèles.

Créé en 2006, le Centre d’interprétation Marne 14/18 à Suippes permet également une découverte du conflit à la fois didactique et chargée d’émotion. Placé sur le front de Champagne au carrefour des sites de Verdun et du Chemin des Dames, le Centre d’interprétation Marne 14/18 offre une présentation de la guerre et un aperçu du quotidien des soldats et des civils à travers de  nombreux témoignages, une collection iconographique fournie et une muséographie innovante.