« Les prisonniers allemands en Corse pendent la Grande Guerre », collège Pascal Paoli - Académie de Corse

« Les prisonniers allemands en Corse pendent la Grande Guerre », collège Pascal Paoli - Académie de Corse

Liste des prisonnier de guerre allemand en Corse
© Collège Pascal Paoli
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Le collège Pascal Paoli revient sur l'histoire des prisonniers de guerre allemands en Corse et le rapprochement franco-allemand autour du centenaire de la bataille de Verdun.

La Corse dans la Grande Guerre

L'année 2016 marque le centenaire de la bataille de Verdun, parfait reflet de ce qu'a été la Première Guerre Mondiale. Suite à l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand, l'engrenage des alliances entre les différents États européens mène l'Europe, et même le monde entier, dans un conflit sans précédent . Cette guerre, au moyen de nouvelles technologies, va générer des massacres sans équivalent sur une durée de 4 ans et un déferlement de violence de masse, terme très souvent utilisé par les historiens. Le bilan en est à ce titre éloquent : dix millions de morts et des millions de mutilés et d'invalides.

Il ne faut pas omettre d'y adjoindre le sort des prisonniers de guerre, détenus par les belligérants, qui furent au nombre de 4000 en Corse jusqu'à la fin de la guerre. Beaucoup d'entre eux moururent sur place et pour certains leur sépultures furent oubliées.

La découverte récente de documents, aux archives départementales d'Ajaccio, a permis de mettre au jour le cas dont nous avons fait notre mission du souvenir avec le désir de tisser un lien nouveau entre la Corse et la nation allemande tout en nous interrogeant:

En quoi la découverte de dix sépultures de soldats allemands, cent ans presque jour pour jour après Verdun, œuvre-t-elle au travail de mémoire et au renforcement de l'amitié franco-allemande ?

La découverte des sépultures

Au travers des archives retrouvées apparaît une lettre faisant mention d'une délégation d'officiers du Reich qui se rend, en 1940, en Corse afin de vérifier l'état des sépultures des soldats allemands de la Première Guerre mondiale. Un problème se pose : plus personne n'est capable, sur la commune d'Aléria, de s'en rappeler l'emplacement. Le Préfet de la Corse diligente une enquête permettant de localiser des tombes dans le cimetière de Casabianda. Après le déplacement d'un commissaire de Police sur place, la situation semble plus claire. Dix tombes sont formellement identifiées grâce aux documents datés de 1937 et enregistrés au Service des Sépultures allemandes.

Une phrase du Préfet lui-même interpelle : « Il est regrettable qu'on n'ait pas inhumé, tout de suite, ou fait transférer ultérieurement, dans la nécropole communale, les restes des prisonniers allemands qui ne seraient sans doute pas restés ainsi abandonnés, confondus avec d'autres et sur la conservation et le souvenir desquels les autorités françaises auraient pu veiller plus facilement ».

C'est ainsi qu'en écho à cette année du centenaire de Verdun, élèves et professeurs se sont déplacés sur le terrain afin de localiser ces sépultures et de les sortir de l'oubli dans lequel elles étaient encore aujourd'hui.

Le rapprochement franco-allemand 

Son impulsion naît quelques années après la guerre pour clore politiquement et durablement le conflit entre les deux pays.

En 1963, le président De Gaulle signe le traité de l'Elysée avec le Chancelier Adenauer pour une coopération franco-allemande. Elle se verra confortée par la poignée de main entre François Mitterrand et Helmut Kohl en 1984, à l'ossuaire de Douaumont. Un nouveau pas se dessine entre François Hollande et Angela Merkel pour les commémorations du Centenaire de Verdun, où se réaffirme, avec un esprit de réconciliation totale, l'amitié franco-allemande.

Dans ce même but, il a semblé légitime et nécessaire de contribuer à ce lien, en marquant notre volonté de rendre l'identité, la dignité et la reconnaissance à ces jeunes allemands, par le transfert des restes au cimetière allemand de Bastia.

La mémoire

Pour se remémorer les souffrances endurées par les soldats tombés au combat, les survivants et les familles se sont regroupés, d'abord dans des associations comme « Ceux de Verdun », puis dans le Comité National du Souvenir de Verdun, mobilisant sous l'impulsion de Maurice Genevoix les fonds nécessaires à l'édification du Mémorial, inauguré en 1967. Ce lieu permet d'ajouter à l'émotion suscitée par les croix innombrables du paysage, le témoignage persistant des événements que relaient les écrits, les photos, les films et tous les objets retrouvés et à l'authenticité préservée, de cette jeunesse sacrifiée. La démarche du collège s'inscrit dans la volonté de perpétuer la mémoire pour toutes les générations à venir, vers la construction d'une paix pérenne et d'un avenir bâtisseur car « La mémoire se transmet, l'espoir se donne » (Citation des Bleuets de France, association d'anciens combattants de la Première Guerre mondiale).