Les Musiciennes dans la Grande Guerre par l'Ensemble Calliopée

Les Musiciennes dans la Grande Guerre par l'Ensemble Calliopée

Média (élément appelé depuis la médiathèque)

Autour de cinq figures emblématiques, ce programme nous fait redécouvrir quelques-unes de ces grandes personnalités de femmes musiciennes. Il aborde, ainsi les thèmes de la muse, de l’interprète endeuillée, de la musicienne combattante, de la mère de l’artiste soldat et de la créatrice foudroyée.

La muse : Emma Bardac-Debussy

Le cycle des Six sonates pour divers instruments de Claude Debussy, dont trois seulement seront achevées, est dédiée à Emma Bardac, sa seconde épouse. Marguerite Long disait d’elle : « Je ne me sers pas souvent du mot génie mais elle était géniale, elle avait l’intuition de la musique à un point extraordinaire ». Fauré, dont elle a été la compagne et pour qui il écrit La bonne chanson, la considère comme son interprète la plus émouvante.

La grande interprète endeuillée : Marguerite Long

Écrit entre 1914 et 1918, Le Tombeau de Couperin fait référence à un passé que Ravel imagine plus apaisé. Chaque mouvement est dédicacé à un ami cher, mort au combat… Le sixième, la Toccata, est dédié à Joseph de Marliave, musicologue, tombé dès 1914. Sa femme, la célèbre pianiste Marguerite Long, crée en 1919 cette œuvre qui correspond bien à ses préoccupations. « Ce n’était pas seulement l’immensité de la perte qui ravageait Marguerite Long ; c’était aussi l’absence de signes tangibles de cette disparition… face à un énorme vide, sans une tombe à visiter ou une dernière image à évoquer. »

La musicienne combattante : Nelly Martyl

Nelly Martyl, avant-guerre chanteuse de l’Opéra comique, a épousé un peintre, correspondant de guerre de L’Illustration. Dès le début de la guerre, elle s’engage comme infirmière et obtient bientôt le titre d’infirmière major et de sergent. Elle est appréciée pour « [son] intelligence remarquable, [son] dévouement absolu, [sa] résistance physique au-dessus de la moyenne » et sa capacité à maintenir le moral des troupes, par son action et par son chant. Elle a des états de service extraordinaires : 2 fois gazée, 3 fois blessée, 4 croix de guerre et 5 citations, elle reçoit, en 1920, la légion d’honneur. Après guerre, elle continue dans cette voie avec la création de la Fondation Nelly Martyl.

La mère de l’artiste au front : Louise Durosoir

Lorsque la guerre éclate, Lucien Durosoir a 36 ans. Violoniste virtuose, il prépare en août 1914 sa prochaine tournée internationale. Mais il est mobilisé, et ne sera libéré qu’après 4 ans et demi passés au front. Il renoncera à sa carrière de violoniste et se consacrera à la composition. Pendant le conflit, Lucien écrit presque chaque jour à sa mère, Louise, partageant avec elle ses souffrances, mais aussi les rencontres, notamment celles avec le compositeur André Caplet et le violoncelliste Maurice Maréchal. Cette correspondance donne sur ce terrible conflit le point de vue particulier d’un artiste, et souligne l’importance de son interlocuteur féminin, qui lui permet de maintenir le dialogue et la confiance en l’avenir.

La créatrice foudroyée et l’artiste engagée : Lili et Nadia Boulanger

Première femme Grand Prix de Rome de composition en 1913, Lili Boulanger doit renoncer au séjour de deux ans à la Villa Médicis lorsque la guerre éclate. Son état de santé ne lui laisse que quelques années à vivre et elle compose avec une ardeur soutenue, une “hâte fiévreuse”. Lorsque la faiblesse l’empêche d’écrire, elle dicte à sa sœur sa dernière composition, le Pie Jesu. À partir de 1915, Lili et sa sœur aînée, Nadia, compositrice également, participent très activement à l’effort de la Nation en créant la Comité franco-américain du Conservatoire qui a pour but de venir en aide aux musiciens soldats. Gabriel Fauré en est le directeur. Elles fondent également la Gazette du conservatoire, tribune ouverte aux musiciens, constituée d’extraits de lettres, où ils racontent leur sort. « Grâce à elle nous voici réunis, la musique se reprend à chanter et la vie musicale évoquée en quelques pages, accomplit un miracle en faisant naître parmi tant de désolation le désir violent des lendemains… »

Programme musical

1. La muse : Emma Bardac-Debussy
Gabriel Fauré (1845-1924) - La Bonne Chanson pour soprano, quatuor à cordes et piano (1892)
Claude Debussy (1862-1918) - Sonate pour violoncelle et piano (1915), 2e mouvement (Sérénade)
2. La grande interprète endeuillée : Marguerite Long
Maurice Ravel (1875-1937) - Tombeau de Couperin pour piano (1914-1918)
3. La musicienne combattante : Nelly Martyl
Isabelle Aboulker (née en 1938) - Je t'aime, mélodie pour voix et piano (1990)
4. La mère de l’artiste au front : Louise Durosoir
Lucien Durosoir (1878-1955) - Aquarelles pour violon et piano (1920) - Quintette pour piano et cordes (1925)
5. La créatrice foudroyée et l’artiste engagée : Lili et Nadia Boulanger
Lili Boulanger (1893-1918) - Pie Jesu pour soprano, quatuor à cordes et piano (1918)

Version spectacle (avec projection d'images d'archives)
Version concert (présenté et commenté)
Grand public ou scolaires
Intervenants
Shigeko Hata, soprano
Amaury Coeytaux et Maud Lovett, violons
Karine Lethiec, alto et direction artistique
Florent Audibert, violoncelle
Frédéric Lagarde, piano