Le projet pédagogique du collège Condorcet de Nailloux - Académie de Toulouse

Le projet pédagogique du collège Condorcet de Nailloux - Académie de Toulouse

Visuel « Paysages de guerre »
© Collège de Nailloux
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Le collège Condorcet de Nailloux (31) s’est engagé dès 2013 dans plusieurs projets interdisciplinaires sur la Première Guerre mondiale.

Chacun d’eux a reçu le label de la Mission du Centenaire, qu’il s’agisse de la sculpture en bronze située à l’entrée du collège (2013-2014), des photomontages réalisés dans le cadre de l’appel à projet « La Photographie du centenaire » (2014-2015) ou du travail mené cette année par les classes de troisième autour de l’expérience sensorielle du champ de bataille dans le cadre d’un dispositif expérimental : les enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI). De septembre à décembre, à raison d’une heure par semaine, les élèves ont mené un travail sur l’histoire, la mémoire et la représentation de la Grande Guerre.

Ils ont d’abord travaillé sur une large sélection d’extraits du carnet de guerre d’un combattant, Charles Delvert. Il s’agissait d’appréhender une expérience combattante à hauteur d’homme, en s’attachant aux éléments factuels et en portant une attention particulière aux sens : la vue (paysages mutilés, villages détruits, univers des tranchées, spectacle des corps blessés ou abandonnés), l’odorat (les odeurs de boue, du corps des morts, de ceux des vivants,…), l’ouïe (le bruit sourd des explosions, de plus en plus nets à mesure que l’on monte vers les premières lignes, le sifflement ou le fracas des obus, le claquement d’une mitrailleuse,…), le goût et le toucher (le rapport au corps et à l’environnement direct).

Les élèves ont ensuite essayé de transcrire cette expérience sensorielle en réalisant des gravures. Il s’agissait de prendre conscience de la difficulté à représenter la Grande Guerre avant de prendre connaissance des réponses que plusieurs artistes (Vallotton, Dix, Leroux, Severini) ont proposés : comment « mettre en image » une guerre qui rompt l’imaginaire traditionnel des combats, écrasé sous l’effet des armes modernes qui bouleverse les paysages et obligea les hommes à s’enterrer ?

Cette réflexion historique et artistique s’est poursuivie dans un projet centré sur la photographie. Les élèves ont ainsi pu s’initier aux enjeux et techniques de cette pratique artistique (cadrage, double exposition,…) et se familiariser avec plusieurs logiciels de retouches d’images. Il s’agissait ainsi de faire dialoguer leurs photographies et celles produites un siècle plus tôt par des combattants de la Grande Guerre afin d’aboutir à une exposition en juin 2016, organisée autour de trois axes qui explorent les liens entre le passé et le présent :

  • « Paysages de guerre » : des photographies de paysages prises aux abords du collège ont été insérées dans les vues de divers champs de bataille du front de l’ouest, permettant aux élèves de comprendre que l’imaginaire du conflit n’est pas cantonné aux sites marqués par les combats. Une ligne d’horizon, un terrain agricole, un sentier à l’orée d’un bois ou une ferme abandonnée peuvent évoquer la Grande Guerre, même dans une région éloignée du front, pourvu qu’on explicite ce lien.
     
  • « Objets de guerre » : les élèves ont été invités à mettre en relation des photographies montrant des objets utilisés par les soldats au quotidien (casques, bidons, quart, masque à gaz, appareil photographique, bougeoir, etc.) et ces mêmes objets « muséifiés », qu’ils ont pu manipuler grâce au prêt d’une mallette pédagogique de Canopé Toulouse. Ils ont ainsi tenté de saisir par la photographie le passage du temps (aspérités, rouilles, bosses, craquelures,…) en jouant sur l’ombre et la lumière.
     
  • « Les mémoires de Verdun » : comment les mémoires de cet événement se sont-elles incarnées autour de lieux emblématiques (Ossuaire de Douaumont, village de Fleury, Mémorial de Douaumont), de discours et de gestes symboliques (du discours de Charles De Gaulle à l’occasion du cinquantième anniversaire de la bataille à la poignée de main de F. Mitterrand et H. Kohl en 1984). Cette réflexion constitue le troisième volet de l’exposition et permet de souligner les différentes appropriations et interprétations de la bataille, enregistrées par la photographie tout au long du siècle : la mémoire officielle des années 1920 mettant en avant la victoire laisse peu de place à l’expérience du front ; celle des combattants qui s’impose dans les années 1930 est résolument pacifiste ; l’instrumentalisation du souvenir de Verdun par le régime nazi est également abordé ; on souligne également le désir d’unité nationale en France dans les cérémonie d’après-guerre, en particulier autour de la figure de Pétain ; ce travail se termine sur la réconciliation et l’amitié franco-allemande scellées par de multiples gestes et discours. Qu’une telle réflexion se termine à Douaumont par cette participation au centenaire de la bataille de Verdun fait sens. Cela permettra à la classe sélectionnée de prendre la mesure de cet événement à la lumière de leur travail : aux photographies célèbres prises un siècle durant s’ajouteront celles qu’ils prendront à l’occasion de ce centenaire.