Le projet « Parcours des poilus » par le collège René Cassin - Académie de Lille

Le projet « Parcours des poilus » par le collège René Cassin - Académie de Lille

Poilus au cantonnement, conversation dans une cuisine, entre 1914 - 1918
© Bibliothèque de documentation internationale contemporaine
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Il n’y avait pas, jusqu’à la rentrée scolaire 2015-2016, de projet au collège René Cassin de Wizernes s’associant aux travaux portant sur la commémoration de la Grande Guerre. Il s'agissait de comber cette attente grâce à la mise en place du projet pédagogique « Parcours des poilus », devenu pluridisciplinaire. 

Le projet initial

Le point de départ de cette « aventure pédagogique » résidait dans un constat : il n’y avait pas, jusqu’à la dernière rentrée scolaire, de projet au collège René Cassin de Wizernes s’associant aux travaux portant sur la commémoration de la Grande Guerre. Ce constat se doublait d’une prise de conscience de notre part : certains élèves semblaient frustrés de ne pouvoir passer plus de temps sur cette partie du programme. Les impératifs horaires rendent par ailleurs délicates les analyses précises des évènements à l’échelle locale. Aussi avons-nous proposé, en septembre dernier, aux élèves de troisième du collège de participer à un club qui aurait pour mission de combler ces attentes…

25 élèves ont répondu positivement. Ces collégiens avaient, à la base, pour mission de faire des recherches numériques sur les Poilus dont les noms figurent sur le monument aux morts de Wizernes (via Memoire des Pierre et le Wiki Pas-de-Calais), ville où est situé le collège. 111 profils de soldats sont ainsi concernés. A nos yeux, ce travail pouvait « donner de la chair à l’histoire » c’est-à dire rendre plus concrets les aspects de la première guerre mondiale en se basant sur l’histoire locale. Cette vocation, par l’engagement des élèves, fait aussi d’eux des « passeurs de mémoire » en les responsabilisant. Par ailleurs, une des finalités consiste à initier les élèves aux démarches de recherches historiques en s’appuyant sur des sources locales.

La démarche

Un diaporama montre visuellement la démarche entreprise. Les recherches, même si elles peuvent paraitre rébarbatives, ont été l’objet d’une attention particulière et d’un engouement persistant de la part des élèves. Il faut reconnaitre que certains profils de Poilus ont intrigué ou ont permis de revenir sur certains aspects du conflit peu étudiés en classe : les cas d’Eugène Cornuel (professeur d’histoire, tombé au combat mais dont le nom figure au Panthéon) ou de Paul Fournier (soldat au 1er groupe d’aérostation, décédé des suites d’un traumatisme crânien provoqué par une chute lors d’une mission d’observation) ont  permis par exemple d’entreprendre des discussions sur les lieux de mémoire et les symboles républicains pour l’un, les évolutions des méthodes de combat et l’importance des observations aériennes pour l’autre.

Afin de rendre plus contemporaine la présentation de chacun de ces profils, les élèves ont souhaité créer pour chacun d’eux une fiche de synthèse de tous les renseignements collectés sous la forme d’une page de type réseau social intitulé Warbook. L’idée est de rendre individuellement hommage à chaque Poilu tout en prenant en considération la dimension collective du sacrifice…

Un projet devenu pluridisciplinaire

Les effets dans la réflexion des élèves sont multiples : au-delà du devoir de mémoire, du sens de l’engagement et de la sensibilité (EMC), c’est bien une meilleure connaissance des différents aspects de la première guerre mondiale qui s’est développée : analyse des causes des morts des soldats, de leur origine sociale, de leur niveau d’instruction d’avant-guerre, des lieux et des dates de décès… La Meuse est ainsi le lieu de décès de 11 Wizernois entre mars 1915 et juillet 1916. Ces données permettront des études statistiques et la restitution sous forme de graphiques en mathématiques l’an prochain. Le projet s’inscrit en effet désormais sur plusieurs années car l’enthousiasme des élèves l’a fait évoluer.

Ainsi, pour l’instant, les recherches ne concernent que les soldats inscrits sur le monument aux morts de Wizernes alors que le collège recrute aussi sur les communes d’Helfaut, Blendecques et Hallines. Les perspectives prochaines semblent évidentes...

Mais l’évolution du projet initial prend aussi une autre forme : les collégiens ont spontanément discuté avec leurs familles des découvertes réalisées. Certains ont amené des documents familiaux portant sur des Poilus étudiés : photos, correspondance, faire-part de décès… En cours de français, afin de rendre vie aux soldats l’espace de quelques lettres, ils ont imaginé une correspondance entre « leur » Poilu et sa famille.

L’évolution du projet

La quête s’est poursuivie par des documents d’archives (issus des quatre villes de recrutement de l’établissement) que nous avons présentés aux élèves. Dès lors, il ne s’agissait plus seulement de se concentrer sur les individus mais aussi de s’intéresser aux lieux. Nos communes se trouvent dans une région qui a souffert des combats mais elles étaient situées à distance de la zone de front. Les documents collectés permettent néanmoins de saisir les conséquences de cette proximité géographique : la peur de l’adversaire, les réquisitions nombreuses, les camps d’entrainements et centre de commandement britanniques ainsi que les innovations technologiques dans l’armement et dans l’aviation (l’aérodrome des Bruyères se trouve juste derrière notre collège) sont devenus de nouveaux sujets d’étude pour nos jeunes historiens…