Le nationaliste Paul Déroulède disparaît

Le nationaliste Paul Déroulède disparaît

Trois semaines avant sa mort à Champigny, Déroulède en pleine allocution devant la Ligue des patriotes.
© Bibliothèque nationale de France
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Chant du cygne

Cela se passe à Champigny, lors de la commémoration annuelle par la Ligue des patriotes des soldats morts en 1870. C’est le sujet préféré du président de la Ligue, le vieux nationaliste Paul Déroulède, qui prêche depuis trente ans la revanche sur l’Allemagne et la reconquête de l’Alsace-Lorraine. Au centre, trois hommes toisent calmement le photographe. À la tribune, Paul Déroulède, âgé de soixante-huit ans et gravement malade, n’est pas calme du tout. Dans l’opinion de 1914, les propos du « sonneur de clairon », agressifs et ringards, résonnent un peu dans le vide. En attendant, Déroulède harangue fébrilement ce qui lui reste d’auditoire.

Déroulède l'intrépide

Paul Déroulède cède plusieurs fois à ses impulsions. En 1870 par exemple, il se porte volontaire à la guerre. Blessé, fait prisonnier, évadé, il vit les événements comme des exploits héroïques. Il dérive ensuite vers un nationalisme agressif et la tentation d’un régime autoritaire. En 1899, il tente de prendre le pouvoir. Il est arrêté et condamné à dix ans de bannissement. Il en passe cinq en Espagne, revient en France après son amnistie en 1905. Il y reste jusqu'à sa mort, alors que le rêve de sa vie s'apprête à être exaucé! En mourant brutalement, Paul Déroulède laisse en état de somnolence ce qui fut l’œuvre de sa vie : la Ligue des patriotes, fondée en 1882. Dans un premier temps, elle attira plus de 100 000 adhérents. Mais en 1914, son action est affaiblie, et concurrencée par le succès d’autres leaders nationalistes, comme Maurice Barrès ou Charles Maurras.