Le drapeau des fusiliers marins

Le drapeau des fusiliers marins

Le drapeau des fusiliers marins (Le Goffic Charles, Un chapitre de l'histoire des fusiliers marins, Paris, Plon-Nourrit et Cie, 1915), détail.
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Fait remarquable, la brigade ne possède pas d'emblème. Mais l'action des fusiliers à Dixmude a un large retentissement en France, surtout dans les ports.

« Le drapeau que nos fusiliers marins n'ont pas encore » titre d'un article de Pierre Loti -alias Louis, Marie, Julien, Viaud, capitaine de vaisseau,- publié dans L'Illustration du 12 décembre 1914, se fait le relai de l'opinion publique qui demande à la Marine de doter les héros de Dixmude d'un drapeau. En conclusion, Loti écrit « Mon Dieu, qu'on leur donne, à nos fusiliers marins, leur drapeau ! Et même, avant de le leur donner, on pourrait bien, il me semble, y attacher la croix ! ».

Le 1er janvier 1915, Jean-Victor Augagneur, ministre de la Marine, signe l'arrêté officialisant l'attribution d'un drapeau : « Il est institué, pour les formations de marins à terre, un drapeau portant l'inscription Régiment de Marins. Pendant les hostilités, l'une des formations de marins à terre, que le ministre désigne suivant les circonstances, est chargé de la garde du drapeau. En temps de paix, cet emblème est confié à l'Ecole des Apprentis Fusiliers de Lorient ». C'est ainsi que la ville de Lorient obtient le privilège de commander le drapeau à la maison Arthus-Bertrand puis de l’apporter à Paris ; une délégation du conseil municipal emmenée par le maire Pierre-Louis Esvelin est chargée de cette mission. Le drapeau est brodé d'ancres d'or à ses angles et porte sur une de ses faces la devise des marins Honneur et Patrie, et sur l'autre, République Française Régiment de marins.

Le 11 janvier, à Saint-Pol-sur-Mer près de Dunkerque, la brigade de marins, massée sur un terrain vague, est passée en revue par Raymond Poincaré, président de la République, accompagné du ministre de la Marine. Ronarc'h écrit : « Le président me remet solennellement le drapeau des fusiliers marins, dont je confie la garde au deuxième régiment. Aussitôt après, la brigade défile en bon ordre, et je suis très satisfait que la cérémonie n'ait comporté aucun accroc. »

Le 19 novembre 1915, la brigade est dissoute. La Marine la réclame pour armer de nombreux petits bâtiments qu'il est temps d'opposer aux sous-marins allemands dont les ravages deviennent très inquiétants. Mais, écrit Ronarc'h, « Il reste cependant la question de sentiment, c'est à dire celle du drapeau qu'il serait vraiment très douloureux de ramener à Lorient en pleine guerre ». Ainsi, pour maintenir la tradition des marins, le ministre décide finalement de laisser à Nieuport un bataillon complet, avec le drapeau, une compagnie de pontonniers et huit sections de mitrailleuses, soit environ 1 300 hommes.