La filière avicole en France en 1914

La filière avicole en France en 1914

Le petit élevage familial cèdera-t-il sa place à l'aviculture industrielle?
© Bibliothèque nationale de France
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Plat du dimanche

C’est une conséquence inattendue de l’urbanisation : on n’élève plus de poules chez soi. À la campagne, heureux sont les propriétaires de basses-cours, qui n’ont qu’à tendre le bras pour manger une volaille. Mais à la ville, on n’a pas d’autre choix que de l’acheter, et chère! Une poule de Houdan, race fine et dodue très recherchée à Paris, peut coûter jusqu’à 16 francs.

À chacun son poulet

Cela se passe encore massivement à l’échelle locale. La Pavilly inonde les marchés de Rouen et de Normandie, la noire du Berry, ceux de Bourges et Châteauroux, la poule de Challans s’achète sur les marchés nantais. Depuis le milieu du XIXe siècle, on observe une spécialisation régionale de la production commerciale : les poulets de chair sont élevés dans les départements du Centre-Ouest, du Gers et surtout de la Bresse, et les oeufs sont produits dans le Bassin aquitain, l'Ouest et le Nord.

Désenclavement

Certaines races arrivent à franchir les frontières de leur région et à trouver des débouchés nationaux. C’est le cas des poules de Bresse, du Mans et de La Flèche. Au-delà de leur qualité intrinsèque, il y a plusieurs explications : le chemin de fer, depuis la seconde moitié du XIXe siècle, facilite le transport. Ensuite, des amateurs passionnés promeuvent leurs races via des clubs ou des sociétés avicoles. Enfin, foires, concours gastronomiques et cadeaux au personnel politique national font entrer les volailles dans l’ère du marketing.

En batterie

L’aviculture « industrielle » prend forme en Île-de-France grâce à la proximité de Paris et à ses débouchés rémunérateurs. En 1888, l'école de Gambais est créée en Seine-et-Oise. Elle forme des aviculteurs et diffuse des innovations marquantes, comme les couveuses artificielles permettant de produire à contre-saison. Des races américaines (Leghorn et Wyandotte) sont introduites. Enfin, une division du travail apparaît, notamment entre les éleveurs de « poussins du jour » et les exploitants qui produisent des poulets de chair et des oeufs.