La destruction des munitions chimiques après 1918 : l'exemple de Spincourt

La destruction des munitions chimiques après 1918 : l'exemple de Spincourt

« Pour en terminer avec cette guerre, il sera toutefois nécessaire d’ajouter un chapitre, celui d’éliminer les munitions » Francis Norman Pickett, dans « Mayfair », septembre 1921.

Nombreux sont les ouvrages et publications ayant pour sujet l’historiographie de la montée en puissance des complexes industrialo-militaires avant et durant la Grande Guerre, se traduisant au front par un changement radical dans l’art et la manière de conduire la guerre, devenue de façon inédite une guerre totale, de matériel. La Grande Guerre a été celle de l’artillerie. Son hyperbrutalité, son pouvoir d’attrition n’ont eu de cesse d’augmenter durant le conflit. Environ un milliard d’obus d’artillerie lourde et de campagne et autant pour l’artillerie de tranchée ont été tirés sur le front occidental1. Le « feu roulant » de préparation de l’offensive allemande de mars 1918 a concentré 3,5 millions d’obus en cinq heures.

Pourtant, peu d’écrit s’attachent à décrire comment dans l’immédiat après guerre, il fallut pour la toute première fois dans l’histoire de l’humanité, démobiliser et gérer un gigantesque arsenal résiduel, formé de projectiles, conventionnels ou à chargements spéciaux (chimiques, etc.), de toutes les nations. Les surplus ont été récemment estimés à plus de 1 700 000 tonnes2. Aux dépôts abandonnés par les armées se sont ajoutés les projectiles épars des arrières lignes et du champ de bataille, ainsi que les projectiles tirés mais non explosés remis à l’affleurement à la faveur des travaux de remise en état des sols vers 1919–1920, et de la reprise des labours. Les tonnages d’engins à rebuter dans l’entre-deux-guerres s’évaluent aux alentours de 2,5 à 3 millions de tonnes3.

Ce dossier ne vise pas à dresser l’histoire du désobusage aux termes de la Grande Guerre mais à donner un éclairage sur un épisode de cette histoire qui affecte un territoire déjà meurtri par la guerre, la région de Verdun, et dont les conséquences environnementales et socio-politique, presque centenaires résonnent encore aujourd’hui. Cette recherche s’appuie sur des sources archivistiques issues de fond internationaux (National Archive Washington D.C.), nationaux (Service Historique de la Défense), locaux (Archives départementales de la Meuse), mais aussi sur des sources originales, comme les coupures de presse (numérisées à la Bibliothèque nationale de France), voire inattendues en décloisonnant la discipline historique et l’ouvrant à celles d’autres domaines d’expertise comme les géosciences et la pyrotechnie qui apportent des informations que les archives, souvent lacunaires, n’apportent pas. L’histoire de la gestion des munitions résiduelles de l’après-guerre en Meuse est indissociable de l’histoire qui s’y est déroulée durant la Première Guerre mondiale.

Notes 

1 Prentniss, « Chemicals in War », p. 739.
2 Hubé, D. « Sur les traces d’un secret enfoui. Enquête sur l’héritage toxique de la Grande Guerre » Michalon Editeur. Juin 2016.
3 Hubé, D. « Industrial-scale destruction of old chemical ammunition near Verdun : a forgotten chapter of the Great War » The Journal of First World War Studies. December 2017.