La « brigade de fortune » (août 1914)

La « brigade de fortune » (août 1914)

Les fusiliers marins à Paris
© SHD Lorient
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Paris port d'attache des marins

Dès les premiers jours du conflit, le ministre de la guerre Adolphe Messimy décide de constituer un régiment de marins. Sa mission : maintenir l’ordre dans Paris et sa banlieue. Les effectifs sont apportés par les dépôts des équipages de la flotte de Brest (quatre compagnies), Cherbourg (une), Lorient (quatre) et Rochefort (une). Les compagnies de Cherbourg et Rochefort forment le premier bataillon, celles de Brest, le deuxième, celles de Lorient, le troisième. Brest est le premier détachement à rejoindre la capitale le 13 août. Suivent les autres à quelques jours d'intervalle. Ce régiment ainsi constitué de douze compagnies, soit 3 000 hommes, est placé sous le commandement du capitaine de vaisseau Joseph Delage. Par dépêches ministérielles des 16 et 25 août, le ministère de la guerre ordonne la création d'un second régiment. Brest fournit quatre compagnies, Cherbourg une, Lorient trois. Rochefort forme un troisième bataillon. Du 27 au 30 août, les différents détachements arrivent à Paris rejoints le 2 septembre par deux compagnies du troisième bataillon. Ce deuxième régiment commandé par le capitaine de vaisseau Georges Varney est affecté à la police de la banlieue. Il est complété le 30 août par un détachement de deux cents fusiliers marins brevetés, venus des compagnies de formation de Toulon. Ils sont commandés par des officiers de la mousqueterie et intègrent les différentes unités du régiment.

Les cadres des deux régiments sont des officiers et officiers-mariniers pourvus ou non du brevet de fusilier, mais surtout des réservistes dont beaucoup ont quitté le service depuis de longues années déjà, n'ayant guère appris du métier de soldat que le maniement des armes. Si les régiments participent au service de police de Paris, leur entraînement ne s'arrête pas et probablement jamais puisque la formation militaire des marins est activement poussée. « Pour mes hommes, écrit le lieutenant de vaisseau Jean Pinguet, capitaine de la 6e compagnie, je n'ai pas trouvé mieux, pour leur donner de l’assurance et de la cohésion, que la méthode Hébert1. Un tir de quelques balles, un peu de rang serré, des théories, et ce fut tout ». L'organisation des deux régiments est supervisée par le contre-amiral Ronarc'h, 49 ans, alors le plus jeune officier général de la Marine. Il en prend le commandement à partir du 22 août. Le chef de bataillon d'infanterie Georges Louis, conseiller technique, devient son chef d'état-major.

Les marins embrigadés

Une dépêche ministérielle du 28 août, compte tenu de la gravité de la situation, prescrit que les deux régiments de marins affectés à la place de Paris deviennent des régiments de marche : la brigade des fusiliers marins est née ; elle coopérera à la défense de la région Nord. Chaque régiment commandé par un capitaine de vaisseau est constitué de trois bataillons formé chacun de quatre compagnies de 250 hommes. Un bataillon est commandé par un capitaine de frégate secondé par un lieutenant de vaisseau, adjudant major ; une compagnie par un lieutenant de vaisseau ; une section par un enseigne de vaisseau de première classe, un officier des équipages ou bien un premier maître. Le régiment possède deux sections de mitrailleuses commandées par un enseigne de première classe et un officier des équipages. Enfin, il existe deux ambulances dirigées chacune par un médecin principal. L'effectif total comprend 170 officiers, et 6 415 officiers mariniers et marins dont la plupart sont réservistes. Les fusiliers véritables n’entrent dans ce total que pour 1 450 gradés ou matelots.

« Fais pour le mieux avec ce que tu as »

Dans ses mémoires, Ronarc’h écrit : « Nos camarades de l'armée comprendront mieux que personne les difficultés de notre situation, avec la perspective d'être engagés contre des troupes solides dont le moral est surchauffé par la certitude de la victoire. Enfin, nous ne pouvons faire l'impossible, et je reste fidèle à ma devise immuable : Fais pour le mieux avec ce que tu as ». Ronarc'h se démène afin que ses hommes soient correctement équipés. Ainsi, durant le mois de septembre, la mise en ordre de la brigade s'intensifie. Les efforts se portent sur l'équipement et l'habillement. Petit-Dutaillis se souvient : « Capotes bleues de biffins, dans lesquelles les marins se trouvent une drôle de touche mais qui leur seront très utiles ; des brodequins à clous, qu'ils enlèveront pour éviter les ampoules ; leurs bérets qu'ils garderont jusqu'à la fin et qui leur vaudront de la part des Allemands, le sobriquet de demoiselles au pompon rouge ; quelques pansements et des munitions pour quelques jours ». Les marins sont équipés du fusil Lebel à baïonnette qui peut tirer douze coups à la minute. Mais les efforts sont aussi axés sur la constitution des trains des équipages. Les magasins militaires parisiens fournissent le nécessaire pour compléter l'équipement initial, très insuffisant, en raison du manque de ressources locales dans les ports ayant procuré les détachements.

 

1 Georges Hébert, lieutenant de vaisseau, directeur de l’enseignement physique de la Marine, grand apôtre de la culture physique et directeur technique du collège des athlètes de Reims en avril 1913 -institut d’éducation physique fondé en 1912, avec l’appui du marquis Melchior de Polignac-. Hébert est blessé en Belgique le 19 octobre 1914.